Infidélité et enfants 2 : Hommes infidèles

Article : Infidélité et enfants 2 : Hommes infidèles
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28 septembre 2020

Infidélité et enfants 2 : Hommes infidèles

D’un enfant à son père – via Canva
L’infidélité des hommes a fait couler beaucoup d’encre tout au long des années. C’est LE secret de polichinelle par excellence. Ici à Lomé, c’est un fléau qui balaie la société comme le ressac d’une mer en furie. Dans les lignes qui suivent, je veux surtout m’intéresser aux enfants qui grandissent en étant confrontés à cette dure réalité.

Des crises de larmes dues à l’infidélité d’un compagnon tendrement aimé, j’en ai vu au fil des années au cours de ma pas-si-longue vie. Je n’écris rien de révolutionnaire. Mais il est rare que quiconque s’arrête sur le ressenti des enfants pris au piège de cette situation.

Même les parents ne font parfois pas grand cas de leurs enfants, qui se retrouvent pourtant enlisés dans la spirale nauséabonde de leur infidélité. En tout cas pas à Lomé.

Histoire d’un père aimant

Avez-vous des enfants ? Une belle et intelligente jeune fille que vous aimez par-dessus tout ? Un petit garçon tout mignon dont la vue fait gonfler votre cœur de fierté ? Vous rêvez de ce qu’il y a de mieux pour eux.

Quand votre fille chérie vous accueille avec un grand sourire et de l’admiration sans borne au fond des yeux, vous savez sans l’ombre d’un doute que vous lui offrirez le ciel, la terre, les mondes connus et inconnus s’ils étaient à votre portée.

Père - fille
Un père et sa fille se tenant par la main – par OpenClipart-Vectors de Pixabay

Quand ce grand jeune homme vous fait une accolade, vous sentez la fierté gonfler votre poitrine. Vous avez envie que le monde entier soit sien. Vous êtes très conscient de ce que vous êtes prêt à faire pour vos enfants. Le très grand, très mauve et très terrific Thanos ne serait qu’un vulgaire plaisantin comparé à vous.

Imaginons donc un instant que votre belle Adjoua se marie. Elle vient vous voir un jour, les yeux brillants de larmes retenus au prix d’un effort surhumain. Votre monde vacille sur son orbite. Que lui arrive-t-il ?

Affalée sur votre poitrine, elle vous parle de son foyer. Son mari est passé maitre dans l’art de l’infidélité depuis des années. Mais récemment, il a installé « l’autre femme » dans leur foyer. Votre fille n’a pas pu placer un mot. Il lui manque de respect devant tous les voisins. Tout Avépozo* sait. Il ne lui permet pas de s’exprimer. Pas même pour remettre « l’autre femme » à sa place. Ce qui serait somme toute, une réaction humaine. Il ne permet pas aux enfants de crier leur colère et leur désarroi.

 Au nom de l’amour que vous lui portez, vous dégainez votre sabre de samouraï prêt à laver par tous les moyens l’affront qu’on lui a fait subir. Votre fille vous retient, vous supplie. « Non papa, ne fais pas ça. Je l’aime tu sais. C’est le père de mes enfants. Je déteste juste qu’ils soient exposés si tôt à toute cette vilénie. »

Vous vous insurgez. C’est impensable. Pas votre fille. Pas vos petits-enfants adorés. Vous irez dire à ce salaud ce que vous pensez de son attitude. Vous reprendrez votre fille, la prunelle de vos yeux, la joie de votre vie.

Vous lui demandez pourquoi elle a mis autant de temps à venir vous en parler. Elle hésite, jette un coup d’œil à sa mère puis revient vers vous. Elle bafouille, secoue la tête et son regard se perd dans le vide.

A ce moment précis vous croisez le regard de votre femme. La femme par laquelle est venue cette superbe jeune femme que vous aimez tant. Le regard de votre femme est triste. Pas accusateur, ni plein de reproches. Juste débordant d’une mer saumâtre de tristesse.

Face à vous-même

Ce moment de flottement vous fait vous rendre compte de quelque chose de très important qui vous ravage quand cela perce la surface de votre conscience. Elle a tant tardé parce qu’elle n’était peut-être pas certaine que vous prendriez sa défense.

Et cela vous confronte à une vérité dont vous vous serez volontiers passé. Vous avez peut être fait pareil. Votre femme a supporté les mêmes choses une année après l’autre. Et elle ne s’en est pas plainte.

Mais ce qui vous chagrine à ce moment précis, c’est que vous n’avez pas protégé vos enfants de toute cette laideur. Tout le quartier savait. Tous vos amis savaient. Vous n’avez protégé ni votre Adjoua ni votre Komlan.

 Vous vous demandez alors combien de fois votre belle Adjoua vous a entendu défendre « l’autre femme » au détriment de sa mère. Parce que vous êtes tout à coup très conscient de l’avoir fait, oh oui.

Vous vous demandez ce que votre fille adorée a ressenti durant toutes ces années, où malgré l’amour que vous lui portiez, vous ne lui avez pas accordé assez de votre temps et de votre attention. Ces années où vous lui en avez trop demandé.

Vous vous remémorez ces jours où elle exsudait une tristesse qui faisait de la peine à voir. Ces jours où elle répondait invariablement « Je vais bien », alors qu’il était évident que non. Et vous avez détourné les yeux, consciemment ou non, pour ne pas avoir à examiner une vérité qui vous mettrait peut-être face à vous-même. Et alors que votre cœur se brise, une question vous trotte dans la tête :  « Suis-je en position ou même en droit de la défendre ? »

cœur - brisé - père
Cœur brisé – par OpenClipart-Vectors de Pixabay

D’un adulte à un autre

Je ne connais certes pas votre vie. Pas plus que les concours de circonstances et les raisons qui ont balisés votre chemin vers l’infidélité.

 De ma-pas-si-longue-vie (oui je sais, je l’ai déjà mentionné), j’ai appris une chose intéressante. J’ai compris que, pour hideux que ce soit, eh bien c’est la vie justement. Je parle de l’infidélité, suivez un peu.

Mais je pointe ici du doigt une réalité trop souvent écartée avec beaucoup de détachement par les « adultes ». Surtout dans la société togolaise où les enfants n’ont généralement pas le droit d’exprimer leur mal être.  

Peut-être que dans la confusion qui s’en suit dans votre foyer, vous ne voyez pas que vos enfants peuvent être affectés par tout ce qui se passe. Dans tous les cas sachez que vos actions ont des conséquences. L’infidélité est une équation complexe que vous avez mis en place.

L’infidélité, voyez-vous, est devenue «  légale ». Nous le savons tous. Vous le savez n’est-ce pas ? Un homme pris en flagrant délit d’infidélité ? On vous dira qu’il est un mâle alpha. Un genre tout particulier de mâle dominant dénaturé.

Ils sont fiers comme Artaban. En fait, c’est un « must » si on veut être perçu comme un « vrai » homme. Collectionner les femmes comme autant d’objets d’art. Dans ces conditions toutes les Adjoua et tous les Komlan savent à quoi s’en tenir concernant leurs parents, vu que les femmes ne s’en privent pas non plus.

Messieurs (oui, vous à qui ces lignes s’ajustent comme une tunique), je vous demande de vous arrêter une minute pour penser à ce que vos enfants ressentent. Et comme on ne peut décemment parler d’eux sans faire une petite référence à leur maman…

Mettez-vous à la place de votre compagne pendant 30 secondes. Ou plus probablement une heure, si vous devez vous arrêter sur chaque femme avec laquelle vous avez « fauté ».

Les larmes, la peine, le mépris. Le mépris parce que, oui les gens les méprisent. Vous n’y avez peut-être pas pensé.

Imaginez les jours où votre garçon avait besoin de vous, et où vous de votre côté n’aviez rien de plus pressé à faire que de passer du temps avec « l’autre ». Ou les « autres ». Vous pensez réellement que vos enfants sont aveugles au fait que vous prenez du temps que vous pourriez leur consacrer pour le donner à une autre personne ?

Pensez-vous que vos absences ne sont pas notées et consignées ? Oui, vos chers enfants se sentent probablement lésés. Et oui, même des enfants en bas âge perçoivent ces choses. Il serait grand temps de perdre vos illusions rassurantes.

Se remettre en question en toute honnêteté

Je vous invite maintenant à vous poser cette simple question : « Auriez-vous supporté à la place de votre femme ce qu’elle a enduré » ? Partons de là si vous le permettez.

 Si votre réponse est oui, oui je serais resté malgré tout. Oui je l’aurais laissée me tromper en s’excusant à chaque fois, mais quand même ! Oui, je l’aurais laissée exhiber ses amants en continuant à l’aimer.

Si tel est votre réponse, alors c’est très bien. Parce que dans la vie il est intéressant d’avoir un mantra. Que pensez-vous de celui-ci ? «  Essayer dans la mesure du possible de ne pas faire aux autres ce que je n’aimerais pas qu’on me fasse ».

Maintenant allons au cœur du sujet qui nous réunit aujourd’hui, avec cette deuxième question : Accepterez-vous qu’un homme lambda traite votre fille comme vous avez traité sa mère ? Que répondez-vous ? Vous n’apprécierez pas ? Ai-je bien entendu ? (Silence! Il ne s’agirait pas de perdre une miette de cette réponse).

Non, non. Vous devriez plutôt dire à votre fille de détourner les yeux et de taire sa souffrance. Vous devriez lui conseiller de ne pas exprimer sa colère et sa frustration, de peur d’indisposer l’autre femme, de peur de la blesser. Je n’en attends pas moins de vous et vraiment, vraiment c’est le moins que vous puissiez faire.

Vous devriez lui conseiller d’être amie avec l’autre femme. De l’accueillir à bras ouverts et de lui faire à manger. De l’introduire dans son intimité et de lui confier ses secrets. Et aussi n’oubliez pas de demander à vos petits enfants de se taire et s’y faire. Point.

J’espère que vous voyez l’étendu de votre propre non-sens sans que quiconque ait à le souligner.

Conséquences

Je le dis et le redis, vos actions ont des conséquences. C’est une dure leçon que la vie nous enseigne si nous sommes disposés à apprendre.

Il existe une possibilité réelle que votre fille bien-aimée épouse un homme qui fera de l’infidélité un mode de vie. En fait c’est plus qu’une possibilité, si on se base sur les faits.

Je me permets de supposer que vous ne pourrez que comprendre et accepter. Je me permets aussi de supposer que vous vous accommoderez avec l’idée qu’il ramène ses « femmes » à la maison au vu et au su de votre fille.

Vous accepterez sans rechigner qu’il installe « l’autre femme » dans sa maison, sans égards ni respect pour ses sentiments. Vous accepterez avec le sourire que vos petits enfants subissent cette situation.

Spirale infernale

Votre belle enfant versera peut-être des larmes amères, mais il y a de fortes chances qu’elle le laisse la traiter comme un paillasson. Oui, ne vous en déplaise cher monsieur. Parce qu’elle l’aime comme sa mère à elle vous a aimé.

Malheureusement elle a appris dès son  jeune âge que c’est acceptable que « l’autre femme » marche la tête haute, quand la légitime doit baisser la tête et subir. Elle a appris à courber l’échine. Tout supporter, tout endurer.

cœur - tristesse - infidélité
Coeur triste – par vishnu vijayan de Pixabay

Elle a intégré le fait qu’elle n’a d’autres recours que de se laisser faire. Elle a compris très jeune qu’être une femme signifie être bafouée dans sa dignité. Elle pense que le simple droit d’exprimer sa souffrance lui est refusé quand « l’autre » a tous les droits. Et c’est une leçon qu’elle  a appris à vos côtés.

Et votre fils ? Il perpétuera peut-être ce comportement. Il ira en société avec « l’autre femme » pendue à son bras, laissant la femme qu’il a épousé à la maison parce que devinez quoi ? C’est acceptable qu’il le fasse. Et vous direz peut-être « c’est mon fils ». Parce que c’est un homme et donc son infidélité est admissible.

Eh bien cher monsieur, ne montez pas sur vos grands chevaux pour défendre votre fille. Sa mère est aussi la fille de quelqu’un.

Dear you, papa

Il est important de mesurer les conséquences de nos choix et d’y faire face. Vivre dans l’infidélité, peut-être bien. Mais assurez-vous de préserver votre famille malgré tout. Ne permettez pas que vos « femmes » manquent de respect à votre femme dans sa propre maison et devant vos enfants.

Si vous pouvez faire ce que vous voulez avec qui vous voulez quand vous voulez, il serait quand même raisonnable de savoir vous tenir dans votre maison et sous le nez de vos enfants. Ne trouvez-vous pas ?

Mettre un voile de pudeur sur nos actions dans la mesure du possible est une bonne chose. Vos enfants aussi ont le droit d’éprouver des sentiments. Ils ont le droit de vous en vouloir et d’être en colère contre vous pour une chose que vous estimez ne pas les concerner directement.

Parce que les enfants voient et entendent. Evidemment. Ils sont sensibles à ces choses. Bien évidemment. Ils se remettront surement du fait que vous êtes un humain, donc faillible. Mais il est probable qu’ils avaleront un peu moins bien le fait que vous n’ayez pas fait grand-chose pour protéger leur mère et eux aussi par extension. Vous avez une obligation envers eux. Ne pensez-vous pas ?

Vous n’êtes peut être pas conscient du pouvoir potentiellement destructeur de vos actions. Peut-être. Si vos enfants vous aiment, ils souffriront de cet état de choses qu’ils soient ou non âgés.

Ils souffrent du regard des autres. Ils souffrent surtout de votre désinvolture par rapport à un sujet qui les blesse si profondément. Ils souffrent de voir « l’autre femme » se pavaner avec votre bénédiction.

 Ils se détacheront de vous et vous risquez fort de les perdre. Ils souffriront jusqu’à plus soif. Mais savez-vous quel est à mes yeux le pire du pire ? C’est le fait qu’ils vont peut-être reproduire le même schéma avec leurs propres enfants. Une spirale infernale à n’en plus finir dont vous êtes le centre.

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Spirale infernale – via Giphy

Si vous avez la possibilité de rectifier le tir, faites-le. S’il est trop tard, eh bien peut-être que ceci vous aidera à vous débarrasser de vos oeillères et à comprendre certaines petites choses.

Alors quel est votre point de vue sur cette question délicieusement épineuse ? Je serai fort aise d’entendre votre avis.

* Avépozo : Quartier de Lomé au Togo

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Commentaires

lordmartino28@gmail.com
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Hummm

Délivrance
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Milord :)

Anani
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Après le 1, le 2. Maintenant que c'est équilibré, on va dire que ce sont les enfants qui en pâtissent le plus. Le pire, comme tu l'as souligné, ils risquent de le reproduire à leurs tours.

Délivrance
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:) c'est vrai que de cette façon l'équilibre est respecté. Mdr
Pauvres enfants !