Au nom de l’amour

Article : Au nom de l’amour
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8 octobre 2020

Au nom de l’amour

Hôtel amour
Hôtel amour – via Giphy
Nous posons beaucoup d’actions vis-à-vis de nos bien-aimés, par amour disons-nous. Mais, notre amour nous donne-t-il tous les droits sur ces êtres aimés ?

En écrivant ce billet, plusieurs titres possibles me sont venus à l’esprit : « Amour castrateur », « L’amour, oui mais encore ? », « Sois heureuse à mes conditions ».

J’ai beaucoup tergiversé mais je me suis finalement décidée pour celui-ci. Il me rappelle les romans à l’eau de rose que je lisais quand j’étais plus jeune et affreusement ignorante de la réalité de la vie.

Ces romans faisaient la part belle à l’amour. Une tapisserie scintillante sans le moindre accroc. Un long fleuve indéfiniment tranquille, sans le plus infime remous pour en perturber la surface lisse.

Evidemment en grandissant, je me suis rendue compte de l’ineptie de cette vision de l’amour. L’amour en général n’est certes pas un long chemin pavé de roses, de lavandes et de lilas.

Par amour

Je ne pense pas trop m’avancer en supposant que nous avons tous dans nos vies une personne que nous aimons. Une ou plusieurs personnes. Une femme. Des enfants. Un mari. Un compagnon voire un(e) ami(e). Un parent. Peu importe, pourvu que nous puissions ranger cette ou ces personnes dans la catégorie « mes bien-aimés », dans un des compartiments secrets de notre cœur.

Donc nous aimons cette personne. Nous tenons à lui offrir tout ce dont elle a besoin pour être heureuse.

Nous lui construisons donc un palace en or. Les poignées des portes sont en diamant. Les rideaux sont faits de la soie la plus pure au monde. Le moindre meuble est incrusté de rubis chatoyants.  Nous lui offrons des penderies entières de vêtements des plus grandes marques. Des Louboutin à ne plus savoir où donner de la tête. Et bien évidemment, le garage n’a rien à envier à celui de Tony Stark.

Cela étant fait, nous contemplons notre œuvre avec une intense satisfaction, et nous nous félicitons en attendant que cette personne bien-aimée soit heureuse et reconnaissante.

Château construit avec amour
Château – par Donna Kirby de Pixabay

Et quand nous nous rendons compte que ce n’est pas le cas, nous ne comprenons pas. Parfois même nous nous énervons : « Des tas de personnes rêvent de ce que tu as, de ce que je t’offre. Et toi tu ne peux t’en satisfaire ? »

Amour castrateur

Il y a une chose que nous devons accepter. Chaque personne sur les plus-très-loin de 8 milliards d’habitants que nous sommes sur terre, a sa propre définition du bonheur. Nous avons tous nos propres besoins, nos propres désirs et nos propres sujets de joie. Ce n’est certes pas ce qui m’apporte de la joie qui vous en apporterait à vous.

Peut-être que le destinataire de notre amour, ne peut se contenter de ce nous lui offrons, parce que ce n’est tout simplement pas ce qu’il désire. Mais nous ne nous en rendons pas compte parce que nous estimons que nous lui en donnons assez pour la contenter.  Ce genre d’amour est ni plus ni moins castrateur. Un amour étouffant et suffocant. Un amour qui impose, limite et exige.

Cet amour ne laisse pas de la place au soleil à la personne aimée pour qu’elle puisse s’épanouir. Nous la voulons heureuse, certainement, mais dans notre ombre. Nous tenons absolument à être l’artisan de son bonheur.

Nous lui mettons une longe au cou et nous la gardons près de nous. Quand elle veut prendre son envol, nous raccourcissons la longe voulant égoïstement la garder dans le champ d’action de notre aura au nom de l’amour que nous lui portons.

Mais cet amour ne nous empêche pas de lui rappeler occasionnellement que c’est nous qui lui avons donné tout ce qu’elle possède. Et parfois même devant témoins. Elle ne peut échapper au fait qu’elle prend de nous. Que tout ce qu’elle possède, nous le lui avons offert. Par amour bien sûr.

De temps en temps nous l’obligeons à tendre la main, à demander pour nourrir notre sentiment de satisfaction propre : «  C’est moi qui prend soin d’elle. Par amour ». Et en retour nous attendons de la reconnaissance et une obéissance aveugle.

Ceci m’appartient en propre

 Voyez-vous parfois dans la vie, ce dont on a le plus besoin c’est de liberté. Oui. Parfois tout ce qu’on désire c’est une vieille baraque décrépite dont les lattes du plancher se dessoudent, certes. Le bois est certes pourri. Mais, en grands caractères sur le frontispice est écrit : « Ceci est à moi et uniquement à moi. Personne d’autre n’a de droit entre ces murs. Personne ne me l’a offert.»

Même une case en banco ferait l’affaire. Une case dans laquelle la voix de personne ne prévaudra sur la nôtre. Pas plus celle d’un père que d’une mère.

Parfois on préfère cette case à tous les châteaux qu’on pourrait nous offrir. Encore plus si on ne nous laisse pas oublier que cela nous a été offert.

« Ah, qu’est-ce que tu vis bien dans le palais que j’ai construit pour toi ! Tu profites de la Lamborghini que je t’ai permis de conduire ? N’est-ce pas la tablette que je t’ai achetée l’autre fois ? Que vois-je ? Ne serait-ce pas le laptop que je t’ai payé ? Le portable que je t’ai donné ? »

Parfois tout ce qu’on veut c’est une vieille Citroën BX des années 80 que personne ne nous a offert. Une Citroën qui arbore fièrement sur la plaque : «  C’est à moi ! J’en fais ce que je veux. »  On sait qu’on peut la peindre en jaune canari avec des bandes fuchsias sur un côté, vert fluo sur l’autre et un oiseau bleu ciel sur le capot sans avoir à s’en justifier.

Parfois il faut juste un vieux Motorola T720 bien à toi. Quelque chose que personne ne peut revendiquer. Une chose que personne ne peut se prévaloir de t’avoir offert.

Ciel bleu, sentiment de liberté
Liberté – via Giphy

On se contenterait volontiers d’une petite entreprise de rien du tout qui rapporte à peine de quoi vivre, mais dont on est certain que personne n’y a investi le plus petit franc. Même si c’est une personne aimée.  « C’est à moi. C’est pourri, ça tient à peine debout mais ça m’appartient. »

Tendre la main indéfiniment

On ne s’arrête généralement pas pour penser à certaines choses quand on est celui qui donne. Mais recevoir encore et toujours est rabaissant pour certaines personnes. Evidemment il y a certaines autres qui ne demandent que ça. Mais, pour ceux  à qui nous nous intéressons ici, tendre la main encore et encore est avilissant.

D’autant plus si nous soulignons ce que nous faisons pour eux d’un trait rouge bien épais en ajoutant : « C’est par amour ». Bien sûr. Ça leur transmet juste le message que nous leur donnons ce qu’ils sont incapables de s’offrir par eux-mêmes. Et c’est dégradant pour eux.

Main tendue pour quémander
Main d’un quémandeur – par OpenClipart-Vectors de Pixabay

Enfin, nous parlons bien évidemment de ceux qui désirent faire quelque chose d’eux-mêmes. Pour eux-mêmes. Par eux-mêmes. Ils veulent peut-être être en mesure de donner pour changer. Et pas de demander et de recevoir tout le temps se sentant misérables et plus bas que terre tout au long du processus.

Garder la tête haute quand on reçoit

Tendre la main nous place automatiquement en position d’infériorité peu importe de qui on reçoit. Recevoir nous muselle. On ne peut que dire « oui » et baisser la tête. Quand on reçoit, nos desiderata ne sont que fumée qui se dissipe aisément à la moindre brise.

La voix de celui qui donne ne peut que s’élever plus haut que la nôtre. Se sentir dominé est parfois douloureux.

Celui qui donne peut imposer constamment, indéfiniment. Celui qui reçoit ne peut que dire : « Oui monsieur, oui madame, oui papa, oui maman ». Oui, oui, oui. Même si chaque « oui » le tue intérieurement, il le dit quand même.

Par nature, le donneur peut se permettre de s’ériger en maitre absolu. L’amour humain peut faire ça aussi. En fait il le fait. L’amour humain ne permet pas toujours à l’objet de son attention de garder la tête haute.  

Il m’arrive d’être très cynique. Mais dans ce cas précis je ne pense pas l’être. J’expose juste la réalité de la vie si dure soit-elle.

Connaitre nos bien-aimés

Apprenons à connaître nos bien-aimés. Nous ne voyons pas pourquoi ce que nous leur offrons ne leur suffit pas. Mais, nous ne pouvons décider pour les autres. Même pas pour ceux que nous aimons. Surtout pas pour ceux que nous aimons. Nous ne pouvons les contraindre à être satisfaits de ce que nous leur donnons alors que leur cœur est ailleurs.

Nos bien-aimés ne sont pas des extensions de nous-mêmes. En tout cas pas littéralement.

Il arrive que nous ayons en main le pouvoir d’offrir à ces personnes tendrement aimées une partie de ce qu’elles désirent. Mais nous ne le faisons pas parce que nous ne les écoutons pas assez.

Certains veulent juste qu’on les défende. En public s’il vous plait. Devant témoins.

D’autres veulent juste s’entendre dire : « Je ne suis pas d’accord mais je te laisse faire quand-même ». D’autres encore veulent se sentir soutenus, aimés, désirés et acceptés.

Besoins d'amour mais pas que
Besoins – par John Hain de Pixabay

D’aucuns ont besoin qu’on tienne compte d’eux, que leur avis ait ne serait-ce qu’un brin de valeur. Certains veulent être assis sur le toit du monde et balancer les pieds en fredonnant doucement. Ça dépend de ce qui se cache dans les replis du cœur de tout un chacun.

Des fois on a besoin d’espace. De s’en aller au loin et d’être seul. De prendre ses propres décisions, de faire ses propres erreurs sans que qui que ce soit nous fasse nous sentir plus mal que nous ne nous sentons déjà.

On veut pouvoir dire ce qu’on pense sans se faire rabrouer comme un petit enfant simplet. On veut pouvoir donner son avis sans être traité de gamin. On veut pouvoir poser le regard qui nous plait sur la vie sans être constamment rappelé à l’ordre.

Si nous ne savons pas ce qu’une personne désire, nous ne pouvons même pas commencer à prétendre le lui offrir. Gardons à l’esprit que nous ne pouvons pas nous permettre de définir les paramètres selon lesquels quelqu’un doit sourire.

Désirs autres que l'amour
Désirs – Image par John Hain de Pixabay  

Essayer de faire accepter à autrui ce que nous estimons être bon pour lui, ne changera rien à son ressenti intérieur. Ça le fera tout au plus se braquer.

Nous avons peut-être de bonnes intentions en faisant ce que nous faisons. Il se pourrait même que nous ayons raison. Mais, n’oublions pas que le chemin de l’enfer est pavé d’intentions encore plus belles que les nôtres.

Ceci étant dit, le tout n’est pas de savoir si nous avons raison ou pas. Le tout est de savoir lâcher du lest, de donner une marge de manœuvre à la personne aimée. Même si nous sommes la main qui donne, laissons-la décider pour changer.

Apprenons à connaitre nos bien aimés, sinon ils s’en iront très loin de nous tout en étant peut-être encore physiquement à nos côtés.

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Commentaires

Anani
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L'amour! Ce grand mystère! Dans certains cas et au fil du temps, ça devient une affaire de possession. On pense ou on croit posséder l'autre. On estime qu'il ou elle nous appartient...

Délivrance
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Exactement. C'est une chose horrible je trouve. #Ceux que nous aimons ne sont pas des objets sans voix!

Mawulolo
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Hummm affaire d'amour hein...
Ce n'est pas facile deh...

Délivrance
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Du tout ! Difficile de trouver la bonne formule.
Merci Mawulolo!