Droit des femmes : le droit de dire non

Article : Droit des femmes : le droit de dire non
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25 mars 2021

Droit des femmes : le droit de dire non

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Femme répétant non, non et non – via giphy
Cri supersonique pour essayer de conscientiser les hommes sur l’absurdité de certains de leurs gestes envers les femmes. En ce jour ouvré de l’an de grâce 2021, je monte au créneau pour défendre le droit des femmes à dire non aux gestes et demandes déplacés.

Si j’étais mère, si j’avais porté pendant 9 mois dans mon sein un enfant mâle jusqu’à maturité, si j’avais un fils, je m’assurerais de lui apprendre ceci : « Demande toujours le consentement d’une femme avant de poser des gestes à caractère sexuel. Ne pose pas tes mains sur elle avant d’être certain de son accord. Et si elle te dit non, non ne me touche pas, respecte ses limites. Garde tes mains pour toi. Elle n’est pas un jouet » . Je lui dirai ces mots parce qu’ils sont importants. Ils doivent être dits mais pas que. Ils doivent être mis en pratique. Si jamais vous les entendez, ne laissez pas le vent les emporter au loin. Enregistrez-les sur votre disque dur interne. Le simple respect du droit d’une personne à dire « non » a son importance. N.O.N.

Je m’adresse à toi, homme de ton état, se figurant avoir tous les droits
.

 Tu me mets la main aux fesses sans mon consentement clair et formel et tu oses me dire que c’est de l’intérêt ? Il est grand temps d’arrêter ces conneries. Oui, j’ai employé le mot « conneries » à dessein. Et oui, j’enfile carrément mes gants de boxe et je monte sur le ring pour en découdre. Tu es un homme, oui. Tes attributs extérieurs le prouvent (Ou pas). Je suis une femme, oui. Mais ça ne te donne pas tous les droits. Ca ne m’oblige en rien à te laisser me toucher comme bon te semble. Je ne suis pas un vulgaire objet. No sir. (Crochet du droit)

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 Je suis un être humain et j’ai le droit de dire non. Non à ton toucher qui m’horripile. Non à ta demande déplacée de voir ma poitrine. Tu demandes à voir mes seins, cette partie de mon corps que j’estime hautement intime. Et tu as le culot de me regarder dans les yeux et de me dire, je cite : « C’est de l’intérêt ». Ah. Je ne savais pas. Excusez du peu. Quel genre d’intérêt malsain est-ce ? Je n’en ai rien à fiche que d’autres femmes à ma place le feraient sans rechigner. Adresse-toi à elles. Prompto.

 Si tu me mets la main aux fesses sans mon consentement, il se passera possiblement trois choses : 

  1. Si je suis d’humeur hautement magnanime, je te dirai en privé (en admettant que tu sois assez frappadingue pour me faire un truc du genre devant témoins), de ne plus jamais, jamais le refaire.
  2. Je frapperai cette main laide et avilissante peu importe qui nous regarde. Ce serait mon humeur moyenne. 
  3. Mais si jamais mon humeur du jour est un juste reflet de ma mentalité, je te giflerai. Oui ! T’en coller une pour ôter de ton visage ce sale rictus de conquérant. 

J’ai le droit de dire non ! Je revendique le droit de le dire. Je le revendique haut et fort. Vous n’apprécierez pas qu’un homme mette la main aux fesses de votre fille en public. Déjà que juste le fait de l’imaginer faire en privé vous traumatise hautement ! ( Ne mentez pas. Ça ne vous va pas au teint). Je suis prête à parier que même si cet homme est son mari, vous n’apprécierez pas qu’il le fasse là où tout le monde pourrait le voir. Surtout pas à Lomé. Alors tenez-vous ! Bridez vos bas instincts. Mais peut-être n’avez vous pas d’enfants, et manquant cruellement d’empathie vous ne comprenez pas. 

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Seul un oui clairement énoncé est un oui – Image par Gerd Altmann de Pixabay

Depuis que je foule cette terre, j’ai rencontré des hommes bien-comme-il-faut sous toutes les coutures. Et plus spécifiquement en termes de beauté physique. Moi la première, je me suis étonnée en me rendant compte qu’ils ne m’attiraient en rien. J’y ai regardé de plus près, rien à faire. J’ai regardé une troisième fois. Je ne comprenais pas moi-même. Les abdos ciselés du sportif accompli étaient au rendez-vous. Visages dignes de la couverture des plus grands magazines de la section beauté. Grands, bien habillés, charismatiques et tout le toutim. Mais je ne voulais pas de leurs mains sur moi. Oui, l’être humain est complexe. Je peux aimer le toucher de personnes dites « moches» et être dégoûtée, rebutée, révulsée par le toucher de mister « Je suis beau, pété de tunes et intéressé » .

Si nous naissons égaux, pourquoi me refuses-tu le droit de te dire non ? Non, ne me touche pas. Non ! Le sens du mot « non » a-t-il changé sans que je ne reçoive de notification ? Comme je dis, celui qui ne s’arrête pas à un non, celui qui persiste à imposer son toucher là où il est clairement indésiré, a une mentalité de violeur. Oui, oui. Rien à fiche si vous n’êtes pas du même avis que moi. Tu te crois si irrésistible que personne ne puisse se refuser à toi ? Soit. Un jour, il se pourrait fort bien que tu t’imposes tout court. Après tout tu es irrésistible. Après tout, tu es un homme et tu as tous les droits. Qu’elle se taise donc. Au final, ne sommes-nous pas toutes des « chéries » à tes yeux ?

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Balance de la justice illustrant ici l’égalité de droit entre homme et femme – par Ezequiel Octaviano de Pixabay


Nous vivons malheureusement dans une société qui protège clairement ce genre d’incartades. Une société qui cautionne ces petits gestes prétendument anodins. Petits gestes mal placés du quotidien qui deviennent grands, monstrueux. J’ai grandi dans une société qui rend la femme craintive. Qui la pousse à accepter des attentions non-désirées. Et qui par derrière la muselle. Elle n’ose pas dire non. 3 lettres pour 3 milliards de monde. De peur de s’entendre dire « olé djra »*.

Dans son cœur, le rouge de la honte lui brûle les vaisseaux sanguins. Mais elle se laisse faire. Elle sourit même. Un grand sourire factice est plaqué sur ses lèvres parce qu’elle pense qu’elle n’a pas le choix. Elle pense que c’est comme ça que les choses fonctionnent. Elle ne sait même plus qu’elle a le droit de refuser si elle ne veut pas.

Il se trouvera quelqu’un qui lira ces lignes et qui pensera : « Elle abuse, la Délivrance » . Ou encore : « Encore une féministe de mes deux ». J’ai envie de dire, viens me le dire en face. Mais allez toucher à sa fille, qu’il vous surprenne à mettre la main aux fesses de sa femme et il vous coupera la main pour votre inconscience.



Ma sœur m’a dit ceci une fois alors que nous discutions du débat autour du féminisme qui a tendance à perdre son sens premier : « Quel que soit le débat, moi je suis juste pour le droit des femmes » (Dear V., si ce ne sont pas tes mots exacts, je m’en excuse :)). Je me suis retrouvée dans ces mots. Le droit des femmes. Ici et maintenant le droit de dire non.

Le droit. Que signifie ce mot d’ailleurs ? D’une façon générale, ce qui est juste, équitable, honnête. Est-ce juste de s’imposer ? En quoi est-ce équitable de ne pas prendre un « non » pour ce qu’il est ?

Il ne me viendrait pas à l’idée de défendre le droit des hommes dans un contexte du genre. Parce qu’il est rare que ce type de … mésaventures arrivent à un homme. Dans le cas des femmes, dans mon cas à moi, ça arrive souvent. Trop souvent. Les phrases du genre : « Quand me montreras-tu ta culotte Délivrance ? ». Ou encore : « Toi aussi, après toutes ces années tu ne trouves pas que tu abuses ? ». Inconcevable pour moi après un, deux, quatre, dix « non » distinctement prononcés. Apparemment légitime pour lui si profondément enlisé dans la culture de l’insistance. Tenez, lisez ceci, c’est cadeau. Ces phrases me poussent à la violence.

Je plante ici un décor précis. Soyez observateur impartial et non parti pris. Demandez-vous toujours si la fille à qui vous touchez les fesses est intéressée. Ne le faites jamais sans son consentement. Ce sont des valeurs que je tâcherai d’inculquer à mon fils, si jamais fils il y a.

Nous ne sommes pas parfaits. Je ne le suis pas et je ne vous reproche pas de ne pas l’être. Mais j’éprouve une haine viscérale pour cette désinvolture avec laquelle certains hommes traitent les femmes. Je ne suis pas un homme. Mais je ne pense pas que vous apprécierez que cette femme qui ne fait vibrer aucune de vos cellules, vous touche les parties génitales en public. Et même si elle fait vibrer toutes les bonnes cordes en vous, ça m’étonnerait que vous acceptiez un geste aussi déplacé en public (Enfin, j’ai dit ça, mais toutes sortes de désirs sont lâchés dans le coin). Ne me dites pas que ce n’est pas la même chose. Ayez le courage de vous remettre en question. Pensez que c’est votre fille en face de vous. Et re.ssai.sissez-vous.

Quelque part dans un hall spacieux illuminé par la tendre lueur du soleil couchant, ou derrière une échoppe à l’aspect miteux en plein midi, un homme se comporte de la même manière envers votre fille. Et elle sourit.

Imparfaitement vôtre, Délivrance.

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Illustration du droit de la femme de dire oui ou non – par mohamed Hassan de Pixabay

*En mina (dialecte de mon chez moi Lomé-Togo, Afrique de l’ouest), Olé djra n’dé veut dire littéralement faire la publicité de quelque chose. Et selon le contexte, exagérer la valeur de quelque chose. Dans ce contexte en particulier, le sens en langage familier donne « tu fais trop quelque chose ».

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