Délivrance

Hymne à la pluie

il pleut
Il pleut – via giphy
J’ai toujours aimé la pluie. Il n’y a presque rien de plus apaisant que d’écouter les gouttes d’eau s’écraser sur le sol. En tout cas à mes yeux.

Pourrais-je décrire la beauté saisissante d’un ciel gris délicatement perlé annonciateur de pluie à un aveugle ? Ou encore la magnificence ravageuse d’un ciel gris anthracite alors que la tempête fait rage ?


Pourrais-je espérer décrire le tonnerre à un mal entendant ? Ce grondement qui a la résonance sonore d’une armée s’écrasant dans un goulet d’étranglement ?


Saurais-je expliquer à une personne souffrant de dysfonctionnement olfactif la qualité exceptionnelle du vent qui annonce la pluie ? La richesse des odeurs qui montent du sol mouillé après son passage ?

Saurais-je décrire la beauté affolante de l’éclair à un non voyant ? La précision du zigzag majestueux de la foudre qui frappe la terre ?

la foudre s'abat sur la terre
La foudre – Crédit: Free-Photos de Pixabay

Je ne pense pas et je n’ai pas cette prétention. Mais je peux toujours exprimer ma passion pour ma superbe amie de toujours.

Amour immodéré

J’aime tout de la pluie. En fait j’aime les temps gris. Je ne trouve rien de plus beau et apaisant qu’un ciel sombre en pleine journée.

J’aime la façon dont les nuages s’amoncellent progressivement dans le ciel. Les premières gouttes de pluie qui tombent lascivement. Les suivantes qui s’écrasent de plus en plus violemment.

J’aime le bruit que fait la pluie en tombant. J’aime les odeurs qu’elle laisse dans son sillage. Je suis tout simplement amoureuse de la beauté fatale de son panache.

La pluie m’apaise. Quand elle s’invite, je m’octroie le droit, le plaisir de ralentir, voire de m’arrêter et de respirer. Juste respirer.

Regarder apaisante pluie en train de tomber
Regarder la pluie tomber – via Giphy

Alors je me pelotonne dans mon lit quand j’en ai l’occasion, et je rêvasse. Parfois je lis. D’autres fois je la laisse juste me bercer. Je me laisse aller à l’aimer encore plus.

Même quand j’ai des obligations, la pluie a ce don de créer un noyau de tranquillité au fond de mon être. Quand les éléments se déchaînent je trouve la paix au cœur de la tourmente. La pluie a ce côté profondément rassurant qui enveloppe mon esprit tel un duvet douillet.

Alors si vous prévoyez de me chercher des poux, faites-le par temps de pluie. Je serai certainement plus encline à passer l’éponge.

Paradoxalement, je ressens une grande excitation quand j’entends la pluie arriver. Elle gronde au loin et presque inévitablement mon émoi atteint des sommets inégalés. Des bulles pétillent dans mon esprit et je m’emballe.

Je redeviens cette enfant qui posait un regard plein d’étoiles sur la vie. Il est assez rare que par temps de pluie je ne sois pas gaie. Je me demande comment la toute puissante science explique ce phénomène. 

Et quand la pluie s’éloigne, mon excitation reflue tout doucement. Le petit nuage sur lequel je me trouve se dissous et je redescends sur terre, aussi légère qu’une plume.

Je ne m’en lasse jamais. Même quand elle me surprend dehors et me laisse grelotante et transie, je n’arrive toujours pas à ne pas l’aimer.

La pluie lave la noirceur de mes pensées. Elle éloigne les ombres qui rôdent dans mon esprit, alors comment pourrais-je ne pas l’aimer ?

En écrivant, je me rends compte que je ne peux pas réellement exprimer ce que la pluie me fait ressentir. La pureté du scintillement que cette eau cristalline suscite en moi. La force des émotions brutes que le vent qui se lève éveille dans mon cœur. Je ne peux qu’essayer de vous communiquer par de modestes mots mon ressenti. 

Je suis consciente que je pourrais passer pour une allumée. Une timbrée. Une givrée du ciboulot. Faites votre choix. Mais il se trouve que je ne peux rien contre ce que je ressens.

joie de patauger dans une flaque d'eau par temps de pluie
Pluie et gaieté – via Giphy

La prochaine fois que vous verrez les gouttes d’eau laver la crasse de la terre pour nous la restituer aussi propre qu’un sou neuf, essayez de ressentir autrement. Ouvrez votre perception. Peut-être y découvrirez-vous une beauté qui vous était jusque-là dissimulée.

J’ai rencontré dans ma vie bien peu de personnes qui apprécient à sa juste valeur l’éclat de la pluie. Si peu d’entre nous perçoivent ce chant mélodieux et ressentent cette attirance inexorable. Mais je me réjouis de savoir que je ne suis pas la seule dans le cas.

Vous avez dit pluviophile ? Je le suis certainement. Et je prévois de l’être longtemps encore. Oui, je suis dithyrambique sur le sujet mais je vous assure que je me retiens.

Vous ne me comprenez peut-être pas, mais je ne vous blâme pas pour cela. Pas par grandeur d’âme, non. Tout simplement parce qu’en mon for intérieur, je ne vous comprends pas non plus. J’avoue ne pas saisir cette hérésie qui est vôtre. Parce que oui, ne pas se pâmer devant cette splendeur relève de l’hérésie. Sauf votre respect.

Plus sérieusement je trouve désolant le fait de ne pas aimer la pluie. Mais en même temps je comprends que si tous les représentants de la race humaine étaient comme moi, la terre serait un bien triste endroit où vivre.

 Alors de quel bord êtes-vous ? Me trouvez-vous folle à lier, ou est-ce que ces mots trouvent un écho au fond de vous ? 

Ô pluie, pluie, pluie, belle pluie.


Le phénomène « chérie »

Depuis une dizaine d’années maintenant, un mal mystérieux au goût de gangrène s’est emparé de ma ville. Je vous parle de ce que j’appelle in petto, le phénomène « chérie ». Il n’y a pas moyen de faire un pas sans entendre ce mot. Et j’ai l’impression qu’à chaque jour qui passe, le fameux phénomène prend de l’ampleur.


Mémorandum-usage-du-mot-"chérie"
Mémo – Photo d’illustration réalisée via Canva

J’ai la conviction qu’un petit esprit malin habillé d’un tutu vert citron, s’est emparé de mon Lomé natal. Il est habillé de manière festive parce qu’à première vue il est inoffensif. Cet esprit s’appelle « Chérie ».

Petit exercice pour vous. Livrez-vous à cet exercice même si vous pensez ne pas donner du « chérie » à tout-va.

Ouvrez votre répertoire. Vous y êtes ?  Essayez de compter le nombre de personnes que vous surnommez « chérie » dans la totalité dudit répertoire, si vous pouvez vous en souvenir bien sûr. Quels liens y a-t-il entre elles ? Sont-ce toutes des membres de votre famille ? Des gens avec qui vous avez des liens émotionnels forts ? Un attachement spécial ? Ou sont-ce juste des personnes interchangeables, aussi éphémères dans votre vie que les lueurs rougeoyantes de ce crépuscule que j’ai admiré il y a sept ans de cela ?  Vous voyez où je veux en venir ?

Je vous signale que vous n’êtes pas censé donner des noms affectueux à des personnes qui sont pour vous de vagues connaissances, ou pire encore, des inconnus. Vous ne devez même pas le faire pour des amis à qui vous ne confiez pas vos secrets. Juste au cas où vous ne le savez pas, prenez note.  Comme ça vous saurez pour l’avenir. Vous ne pourrez plus vous réfugier derrière le dos, pas-si-musclé, de « je ne savais pas ». Et pour votre gouverne le dos de « je ne pensais pas à mal » n’est pas plus musclé. Dois-je souligner l’ironie ou la percevez-vous ?

Quand le mot « chérie » n’a plus de valeur

 Vous ne devriez vraiment pas donner ce nom affectueux à des personnes aisément remplaçables dans votre vie. Combien de personnes avez-vous appelé « chérie » aujourd’hui sans même y penser ? Faisons le compte ensemble voulez-vous ? La serveuse du bar. Amie 1 du répertoire. Afi. Vertu. Félicité. Délivrance. Ariane. Hortense. Elisabeth. La tanti qui vend des oranges. La caissière de la supérette. La fille à qui vous contez fleurette. On s’arrête là histoire de ne pas trop vous foutre la honte, quoique…

honte à vous
Honte à vous – via giphy

 Et vous rentrez chez vous le soir et vous dites : « Chérie, je suis rentré ! » Ai-je besoin de souligner le non-sens ?

N’allez surtout pas croire que j’absous les femmes. Loin de là. Avez-vous été au grand marché de Lomé récemment ? Ou dans n’importe quel marché de Lomé d’ailleurs. Il n’y a pas moyen de faire un pas sans que quelqu’un te serve du « chérie ». J’ai vraiment le sentiment qu’on sert du « chérie » au mm² dans mon coin du monde. « Tata chérie », ces deux mots me crèvent les tympans, et me donnent envie de distribuer des baffes.

Quelle place occupe dans votre cœur les personnes de qui vous êtes le plus proches ? Suivant ma logique, si l’inconnue croisée au marché est votre chérie, votre fille ne peut pas aussi l’être à vos yeux. Elle doit être infiniment plus. Si le monsieur à qui vous essayez de refourguer des dattes a droit à du « chéri », votre conjoint a droit, au minimum, à un trillion de fois plus. 

C’en est à un point où ce joli mot supposé exprimer des sentiments forts, beaux et nobles, est rabaissé au rang de dernier de la classe. Il peut tout aussi bien être le nom de famille de la race humaine.

Parlons du vrai sens du mot chérie

Le dictionnaire Larousse défini le mot chérie comme une personne tendrement aimée. Ou encore une personne préférée aux autres. Dans l’Encyclopédie Atypique Incorrecte nous découvrons avec ravissement celle belle phrase : «  Au-delà d’une affection profonde, d’un sentiment protecteur, d’un lien très fort, il porte en lui de manière implicite et intrinsèque, un « mon amour »,  un « c’est toi, je le sais au plus profond de moi » ».

Je peux même être magnanime et vous donner des synonymes, tirés de ce cher dictionnaire Larousse . Chère : qui occupe une place privilégiée. Bien-aimée : qui est l’objet d’une tendre affection.

A ce stade, pouvez-vous me dire en votre âme et conscience que ce sobriquet affectueux s’applique à chacune des personnes à qui vous le donnez ? Non ? Tant mieux. Nous pouvons progresser alors.

Je ne suis pas ta chérie

Ce que je trouve désopilant c’est que certaines personnes se vexent quand on leur fait remarquer l’absurdité de la chose. Parfois je baisse les bras parce que je n’en peux plus de me répéter. Mais en vrai, je ne suis pas ta chérie à toi monsieur n’importe qui. Je ne suis pas ta chérie à toi madame tout le monde. Je ne suis pas ta chérie à toi mademoiselle dont je viens de faire la connaissance.

Et je ne suis pas ta chérie à toi mon ami (e) avec petit « a ». Si tu te vexes je n’y puis rien. Nos échanges sont certes plaisants, mais je ne te confie pas mes peines et tu verses tes larmes à l’abri de mes regards inquisiteurs. Pourquoi m’appelles-tu « chérie » ? Mes parents ne m’ont pas prénommée Chérie. Où, diantre ! est passé votre bon sens ?

je ne suis pas ta chérie
Je ne suis pas ta chérie – Photo d’illustration réalisée via Canva

Ne me donnez pas ce nom affectueux galvaudé entre tous, en vous attendant à ce que je vous souris avec reconnaissance. Gardez-le pour vos bien-aimés, pour ceux qui le méritent. Ne leur portez pas injure en me plaçant au même rang qu’eux. Ne me portez pas injure en me rabaissant au même rang que la voisine avec qui vous échangez deux mots par an.

Si vous êtes de ceux qui emploient ce surnom à la légère, prenez le temps de la réflexion avant de le faire la prochaine fois.

Chérie à sa juste place

Chérie, une douceur à utiliser avec parcimonie pour lui rendre toute sa valeur. Appelez votre compagne « chérie », et votre conjoint « chéri ». Appelez vos enfants « chéris ». Prononcez ce mot avec amour et affection. Trouvez la ou les personnes, qui en valent la peine et attribuez leur ce mot doux. Oubliez tous les autres. Rendez à « chéri (e) » ce qui lui revient de droit.

Ce mot est avant tout un mot de l’intimité. Redonnez-lui son sens premier. Sortez-le, lavez-le, astiquez-le, bichonnez-le. Faites-le briller de mille feux. Et aussi apprenez à vos enfants dès leur plus jeune âge à lui payer son dû.

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Avec amour – via Giphy.com

Et vous ? Avez-vous remarqué ce phénomène dans votre milieu ? Le phénomène « chérie » est-il partout, ou a-t-il pris en otage ma seule ville ?


La lecture, les mots, l’imaginaire

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Livre ouvert touchant les nuages – Crédit Photo : Mystic Art Design de Pixabay
J’aime la lecture et j’aime les mots. J’aime que la lecture fasse appel au monde merveilleux de l’imaginaire. J’ai découvert qu’il n’y a rien de tel que la lecture pour vous faire visiter des contrées éloignées, où vous ne vous rendrez peut-être jamais. Parlons-en !

Aimez-vous lire ? Vous encourrez mon juste courroux si vous ne me répondez pas au minimum ceci : « Je lis jusqu’à des heures indues et je pique du nez le lendemain alors que j’ai du travail par-dessus la tête. » A-t-on idée de ne pas aimer la lecture ? Si vous êtes de ce bord vous devez y remédier au plus vite. Laissez-vous tenter. Commencez par mon blog tiens ! Vous verrez que ce n’est pas mal du tout…

Faites-vous plaisir et faites-moi plaisir. Remarquez que je fais passer votre plaisir avant le mien, juste histoire de vous faire rester un peu plus longtemps à mes côtés. Venez petit, petit. Venez faire un tour avec moi.

La magie des mots

C’est assez surprenant de voir tout ce que les mots peuvent véhiculer comme idées et émotions.

 Je trouve fascinant que le simple fait de lire le mot « jeunesse »  au détour d’une histoire, puisse nous renvoyer directement à une femme à la peau ferme et tonique. Dans mon esprit, sa démarche est souple. Ses yeux brillent du feu que seuls possèdent ceux qui ont l’espoir de longs jours remplis d’aventures devant eux. Remarquez, « jeunesse » m’a fait penser à une femme, mais peut-être que vous avez à l’esprit l’image d’un jeune homme fort et musclé à la poitrine velue.

C’est là toute la beauté que je trouve à la lecture. A mes yeux, cela relève presque de la magie. Je vous aurais mis une image, que la formidable machine qu’est votre imaginaire ne se serait pas mis en branle. Vous auriez pris pour pièces sonnantes et trébuchantes mon image à moi.

Petite virée avec une phrase banale

Je vous embarque avec moi pour une petite virée. Je vous prie de bien vouloir vous pencher avec moi sur cette phrase pendant un instant : « Ce jeune couple noir dégageait une joie de vivre contagieuse. »

La phrase la plus banale du rayon banalité. Que vous inspirent ces mots ? Avant même que vous ne passiez à la phrase suivante, vous vous êtes déjà créé une image mentale qui, je suis prête à le parier, n’a que peu à voir avec celle que j’ai en tête.

Je vous invite à regarder de près l’image que vous avez à l’esprit. « Jeune couple » vous a renvoyé à une tranche d’âge précise. Mais si à 18 ans on est jeune, on l’est tout autant à 25. Et pourtant un gouffre sépare les réalités des uns et des autres.

 Le mot « noir » vous renvoie à une nuance particulière du teint noir, je me trompe ? Peut-être celle avec laquelle vous avez été le plus en contact. Ou celle de la personne de teint noir qui vous a le plus marqué dans votre vie. Afrique de l’Ouest ? Afrique de l’Est ? Les Iles d’outre-mer ?

Si on parlait un peu des différents facteurs qui peuvent affecter le teint de personnes vivantes dans les mêmes régions géographiques ? Comme le style de vie, le milieu social, les gènes et j’en passe. A ce titre les Togolais et les Béninois par exemple, n’ont pas obligatoirement les mêmes couleurs de peau, tout en étant voisins voire cousins.

Contrairement à ce que s’imaginent certains, la race noire n’est pas composée que de visages interchangeables. Il existe plus d’une trentaine de nuances associées au teint noir. Dans une famille de six personnes, vous pouvez vous retrouver facilement avec six différentes nuances de teints.

Petit coup d’œil à votre image mentale. La maintenez-vous toujours ou y apportez-vous quelques petites modifications ?

Passons. Qu’en est-il de leurs tailles ? Grands voire très grands ? Ou plutôt de taille moyenne. Ou mieux encore, et c’est ce que je préfère, vous n’y avez pas pensé ! Avouez. (Applaudissements frénétiques).

Et leurs apparences physiques ? La femme est-elle gracile et l’homme enrobé ?

Plus loin encore, le détail de leurs traits. La lèvre du haut de la  femme est-elle plus pleine que celle du bas ? L’homme a-t-il de grands yeux de biche ourlés de longs cils ?

Avez-vous pensé à leurs cheveux ? A-t-elle de belles frisettes coiffées en twist out ou des cheveux raides ? A-t-il les cheveux coupés courts ou des dreadlocks ?

Sont-ils tous les deux beaux dans le genre gravure de mode, ou charmants comme le serait le commun des mortels ?

Sont-ils en train de rires aux éclats ? Ou leur joie est-elle plus subtile ?

Comment sont-ils habillés ? Parés de boubous traditionnels multicolores ? Ou les avez-vous imaginés avec un habillement plus moderne ? Jeans et chemises, ou costards et cravates.

Vous êtes toujours avec moi ? Comment se porte votre image mentale ?

Et c’est alors que j’ajoute un petit mot que j’ai, dirions-nous, omis d’écrire : « Ce jeune couple noir homosexuel dégageait une joie de vivre contagieuse . »

Un tout petit mot et tout est à refaire. Oups ! Un tout petit mot de rien du tout. Vous verrez que dans le travail de votre esprit pour donner vie à ce nouveau couple, beaucoup de paramètres entreront en jeu qui ne faisaient pas partie de l’ancienne équation. Par exemple l’image que vous avez des homosexuels sera grandement déterminante.

Mais ne m’en veuillez pas très chers. Que ce soit un couple d’hommes ou de femmes, dites-vous simplement que vous avez faits la moitié du chemin. Ou pas.

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Livre ouvert sur des mots prenants vie – Crédit Photo : Comfreak de Pixabay

La lecture nous permet de créer notre propre histoire

Voyez-vous jusqu’où une phrase, on ne peut plus ordinaire, nous a conduits? Un tas de variables interviennent dans la construction d’une image mentale. La plupart du temps nous ne sommes pas conscients du travail colossal que notre esprit abat.

Notre imaginaire se nourrit d’une infinité de choses : notre environnement, nos expériences, notre enfance, nos rêves, nos désirs et j’en passe. Nous synthétisons toutes ces données et en faisons quelque chose d’unique qui nous est propre.

Donc, quand nous lisons les mots couchés sur du papier ou sur un support numérique, tous ces mécanismes se mettent en branle et nous créons notre propre petit film sur grand écran. 

Chaque mot nous renvoie à une image. A chaque phrase nous sommes le réalisateur et nous avançons main dans la main avec l’auteur. Nous recréons et nous améliorons au fur et à mesure que nous progressons dans la lecture d’une histoire.

Permettez-moi de dire ceci : De la façon dont je vois les choses, la lecture nous permet de créer notre propre histoire, contrairement à un film où les images nous sont imposées.

Mettez votre imaginaire à l’épreuve et vous serez enchantés. Vous avez beau vous calfeutrer dans une chambre, croulant sous les entraves des contraintes et du devoir, l’imaginaire lui est libre de toutes chaines. Et il se trouve qu’il n’a de limites que celles que nous lui imposons. Si vous ne lui mettez pas une longe, il peut vous guider vers des cieux d’une splendeur insoupçonnée.

Laissez les mots vous séduire, vous ensorceler et vous bercer de leur tendre étreinte. Laissez la lecture vous entraîner dans une danse torride.

A vous qui vous reconnaissez dans mon délire, je vous invite à vous immerger avec moi dans les eaux pures, où la trame des rêves est constituée de la soie des mots. Ici et maintenant les rêves prennent vie.


Fiction sur le réchauffement climatique: note salée

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Crédit: Image par Pete Linforth de Pixabay
Ces dernières années, le phénomène du réchauffement climatique n’a fait que gagner de l’ampleur. Beaucoup de personnes s’imaginent qu’il s’agit tout au plus d’un avenir où les températures seront plus élevées. Cette fiction met en scène un futur où la nature présente sa note.

An de grâce 2100 et des poussières:

Le monde commence à vraiment intégrer le fait que la dégradation des conditions climatiques est irréversible.

Le symptôme psychologique que certains grands penseurs ont prédit est la panique. Panique collective, panique mondiale. Panique monstrueuse et hideuse.

Tout se passe comme si le monde s’est réveillé un matin pour se rendre compte que l’inévitable est à la porte. Un crash géant qu’on voit venir sans pour autant pouvoir l’éviter. Vous savez le truc de la scène du coup de pied retourné au ralenti digne de Hollywood? Quand le talon va rencontrer la pommette avec un grand bruit sourd? Oui, oui, celle-là même que vous visualisez en cet instant précis. Dans sa version la plus sanglante et la moins excitante.

Tous les excès sont alors permis. Quitte à avoir la certitude de ne plus pouvoir ne plus souffrir dans quelques années, autant se le permettre tant qu’on le peut n’est-ce-pas? Mangeons des mets raffinés tant que nous le pouvons. Abusons du poisson frais avant que nos amis à écailles disparaissent. Profitons de l’ivresse de lancer nos voitures à des vitesses indécentes. Tiens, prenons des selfies sur les calottes glaciaires avant qu’elles ne fondent entièrement. Vivons la débauche comme un art. La vie facile devient LA chose à faire. Vautrons-nous dans la luxure. Faisons le plein de la démesure. Buvons, mangeons, trinquons et recommençons, car qui sait? Peut-être demain nous réveillerons-nous en enfer!

Et alors le chaos

D’années en années c’est le désastre. La chaleur grimpe à une vitesse inégalée. L’état d’urgence s’installe. La mission S.R.H.E. (Sauver la Race Humaine de l’Extinction) est créée. La population mondiale se réduit drastiquement. Les plus faibles meurent. Qui eût cru qu’autant de belles gueules n’avaient pas les épaules pour survivre? Les politiciens véreux au service, non point de leurs peuples mais de leurs propres intérêts, meurent. Evidemment leurs vies ne les a pas préparés à la survie. Écrivons des odes pour célébrer les autoproclamés dieux déchus! Ironie du sort, certains adeptes de la loi du plus fort tombent parmi les premiers.

Les eaux montent, l’océan jubile d’une jubilation teintée d’amertume, parce que les poissons pleurent leurs morts. Des nations entières y passent.

Les grandes usines ferment leurs portes. Plus de voitures de courses racées. Les téléphones portables High-Tech? Inconnus au bataillon. Objectif n°1: survivre. Finies la frime et la futilité. Le culte de l’apparence meurt sous la chaleur étouffante. Les salles de gym tombent en décrépitude. Les youtubeurs Fitness tombent dans l’oubli.

Les survivants se réunissent sous l’égide de la mission S.R.H.E. Des abris sont battis sous la surface. Des grottes souterraines sont aménagées à toute vitesse. Toutes les mains sont mises à contribution. Les corps se façonnent sous l’intense travail physique et les muscles saillent mais qu’importe? Personne n’a le temps de s’y attarder.

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La terre sous perfusion – Crédit: Image par beccarenta de Pixabay

En surface ne restent que quelques laboratoires sous dômes de verres spéciaux conçus pour produire une nourriture fade et sans goût. Pas question de faire la fine bouche. Après tout il s’agit de rester en vie.

Le plus petit déchet jeté inconsidérément est passible de mort. Le message est clair. L’égalité des races reprend peu à peu son sens de part la disparition des castes privilégiés et du désir de se regrouper pour rester en vie. De toutes les façons les races mutent. La chaleur a un effet intéressant sur la couleur de la peau. Même la relative fraîcheur des abris souterrains n’y peut grand chose. Tout s’embrouille, tous se mélange.

Les naissances se réduisent considérablement. Quand il fait si chaud on supporte un peu moins les contacts d’autres humains. Mais ce n’est toujours pas assez quoique l’homosexualité soit vivement encouragé. Trop de nouvelles frimousses voient le jour alors qu’il y a si peu de moyens pour les entretenir.

La mission S.R.H.E. en est à vouloir rendre les humains qui se portent volontaires… moins fertiles disent-ils. Et des volontaires il y en a beaucoup. Aucune voix ne s’élève contre. C’est ça ou l’abstinence forcée. De deux maux toujours choisir le moindre. Pour une fois l’humanité se comprend. Les humains ne peuvent se priver des douteux plaisirs de la sexualité alors qu’ils ont déjà tant perdu.

Des solutions pour perpétuer la race

Parmi les rescapées les plus fortes et les plus intelligentes, un minimum de femmes sont volontaires pour perpétuer la race. Quelle importance si elles ne sont pas si volontaires que ça? Evidemment, il ne faudrait pas que la race d’Adam s’éteigne. Seuls des gènes triés sur le volet sont autorisés à se reproduire.

Tous espère et prie pour que la nouvelle génération apprenne des erreurs du passé et arrive à rebondir avec pour seul héritage une leçon si rude.