À la femme noire

Article : À la femme noire
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1 novembre 2020

À la femme noire

Femme-noire
Femme noire souriante – by Famouz via Iwaria
Les lignes qui suivent chantent la beauté de la femme noire

Je vais être en retard. Je consulte frénétiquement ma montre, mais les aiguilles, ces coquines ne ralentissent pas. J’accélère le pas en croisant les doigts pour ne pas accuser un trop grand retard. 

Tout à coup, juste devant moi, un balancement gracieux et fort distrayant captive mon attention. Une femme noire tout aussi pressée que moi. Elle avance vite de cette démarche, qui dit : « J’ai une destination précise. Je ne fais pas que déambuler. »

Courbes affolantes

Mais sa démarche est toute particulière. Ses hanches sont larges et son déhanché est aguicheur. Il est de ceux qui peuvent créer des bouchons monstrueux. Et je n’exagère pas en disant ces mots. La vision qu’elle offre me laisse sans voix.


Du peu que je peux en voir alors qu’elle pivote à moitié pour traverser la rue, je sais qu’elle n’est plus toute jeune. Mais sa posture est impeccable. Je ne peux malheureusement discerner les traits de son visage. Je me fais la réflexion que la femme noire est vraiment un régal pour les yeux. 

Femme - noire - courbes
Femme noire – Crédit Photo : Délivrance Tse


Je regarde alors autour de moi et mon regard croise celui d’une jeune femme. Elle porte sur la tête un présentoir à pains dans lequel sont alignés des sandwichs. Machinalement je la parcours du regard. Ses pieds poussiéreux indiquent qu’elle a parcouru une longue distance avec son fardeau. Son pagne est élimé. Remarquant qu’elle se dirige vers moi je secoue la tête. Je ne veux rien acheter.

Noire comme l’ébène


 Mais elle ne s’arrête qu’à quelques pas de moi. Elle me dit : « Le pain est croustillant. Vous devriez vous laisser tenter. » Mais ses paroles se perdent dans le brouhaha des pensées qui s’entrechoquent violemment sous mon crâne. A présent, je peux discerner ces traits, je suis hébétée. 


Sa peau est noire et possède la pureté et la brillance de l’onyx. L’une des nuances les plus sombres que j’ai vue de ma vie. Son regard est franc. Ses cils sont scandaleusement longs. Ses joues sont pleines et ses pommettes hautes. Sa poitrine est agitée d’un doux mouvement sous son haut à bretelles. Ses lèvres sont ni plus ni moins qu’un appel au péché. Tout de suite et maintenant.


Il se dégage d’elle une impression générale d’assurance. Cette femme est vraiment, vraiment (et encore un vraiment !) très belle. Je lui souris. Elle me regarde avec une pointe de méfiance dans le regard.


 Pendant une seconde je me l’imagine si les dés du sort l’avaient fait naître dans une famille aisée. Vision de fraîcheur. Elle se détourne de moi. C’est aussi bien parce que ce serait impoli de ma part de rester là à la dévisager comme une idiote.


Je poursuis ma route en étant complètement distraite et retournée. Je me prends à regarder autour de moi, examinant discrètement les femmes que je croise. Toutes ces femmes noires. Je me rends compte que Lomé regorge de beautés affolantes.

Grande, mince et gracieuse

Je remarque une femme du genre qu’on appelle communément une grande perche. Pas vraiment le genre pourvue de courbes généreuses. Pas du tout le stéréotype de la femme noire toutes en rondeurs. Elle descend d’un Z* et se met à marcher après avoir réglé sa course.

Sa démarche a la fluidité de la soie. Chacun de ses gestes est empreint de grâce. Son mouvement de tête, sa gestuelle, la façon dont elle bouge ses mains alors qu’elle parle au téléphone. 


J’ai la tête qui tourne. J’ai la sensation que toutes les beautés de la race Noire ont organisé une parade à ma seule intention dans une rue poussiéreuse de Lomé. Je suis éblouie.

De l’or en fusion

Dans ma vision périphérique, un teint très clair accroche mon regard. Je me retourne carrément pour mieux la voir. Elle est terne, banale. Je n’ai pas d’autres mots pour la décrire. Ses lèvres sont banales. Son nez, ses yeux, sa posture.


Je ressens une pointe de déception. Mais alors que je la regarde, elle se met à rire. Et là, j’ai l’impression d’assister à un numéro de prestidigitation.


Tout en elle s’éclaire. Dans mon esprit, le mot « banalité » cède le pas à « ravissement » en un claquement de doigts. Elle est splendide. La chrysalide devient papillon sous mes yeux éblouis. Son sourire est de l’or en fusion. Chacun de ses traits est transformé par l’éclat de ce rire.

Le changement est si saisissant que ça en frise le ridicule. Je suis ébahie. Je la dévisage si fixement qu’elle sent la brûlure de mon regard. Elle regarde dans ma direction et fronce les sourcils. Elle dit quelques mots à son amie qui se retourne et me fusille du regard.


J’observe chaque femme que je croise. Je remarque les cuisses toniques et fuselées. Je me gorge des poitrines de toutes les formes et de toutes les tailles. Je prends le temps d’admirer chaque nuance de peau. Ebène. Noir clair. Noir foncé. 1 000 autres nuances que je ne saurais identifier. 

Femme - noire
Femme noire – par Free-Photos de Pixabay


Elles sont toutes pleines de charme et de… autre chose que je ne saurais décrire. Une pureté, un enchantement. Une sensualité qui leur colle à la peau. Telle une éponge, je me gorge de toute cette beauté.

J’admire la jeune fille aux cheveux coupés courts et à la dentition sans défaut.
 Je suis fascinée par la dame aux cheveux grisonnants qui a une chute de reins à se damner. Je m’imagine sans peine les coeurs brisés qu’elle a dû semer dans son sillage étant plus jeune.


 J’observe la jeune maman dont les frisettes denses auréolent le visage telle une couronne de magnificence. Je me laisse captiver par l’éclat d’un bijou passé dans un nombril percé ou dans un lobe délicatement façonné. Je traque avec avidité les perles qui dépassent parfois des pagnes noués aux reins.

J’admire les tresses savamment exécutées. Je me pâme devant les fossettes. Je tombe amoureuse des dents de bonheur, des nez épatés, des lèvres charnues, des cheveux crépus. Je me consume pour ses formes que certains jugent disgracieux, mais qui à mes yeux sont si attirantes.

Femme - noire - sourire
Femme noire – by barman47 via Iwaria


Perdue dans mon rêve éveillé, je bouscule une femme. Je me retourne pour m’excuser. « Babadé loo* » , lui dis-je. Elle hoche la tête et se détourne.  

Noire et splendide

Machinalement je pose la main sur son coude pour la retenir. Je veux parler mais les mots qui sortent de ma bouche sont à peine audible.


Si la perfection physique existe en ce bas monde, je la regarde certainement dans les yeux. Ces cils ne sont pas particulièrement longs. Mais ils sont denses. Ses lèvres sont pleines, mais la lèvre du haut est légèrement plus charnue que celle du bas. A cet instant précis, elle a un pli légèrement agacé, cette lèvre tentatrice.

Elle est assez petite. En tout cas plus que moi. Son nez légèrement épaté est un chef-d’œuvre d’harmonie. Elle a un teint uniforme, d’un noir lumineux. Son visage est vierge de tout maquillage et pourtant elle est radieuse. Sa peau resplendit. Des fossettes creusent ces joues pleines alors même qu’elle ne sourit pas. Des tresses au fil embellissent sa tête.

Je peux presque sentir la douceur de sa peau sous son vêtement. Je vois ses lèvres bouger et je sais qu’elle me parle mais je n’entends pas un traître mot de ce qu’elle dit. Je suis complètement subjuguée.

J’entraperçois des dents de bonheur. Son regard lumineux et attentif me fait chavirer. Je me sens comme une chaloupe emportée par un courant en furie. Le temps se fige pendant quelques battements de coeur.


J’ai la sensation qu’elle comprend parce qu’elle ne s’énerve pas. Elle me considère avec intérêt, et voyant que je ne dis toujours rien se dégage doucement. Je reprends mes esprits. Je l’interpelle : « Vous êtes belle ». Elle sourit et hoche la tête. Sa voix est légèrement basse quand elle me répond : « Merci ». 


J’ai la sensation d’avoir reçu un coup de marteau en plein front. Je me souviens de ce jour où étant petite je suis tombée alors que je faisais la course avec mon frère. Je suis saisie du même genre de vertige dans sa version agréable. Je vois le même genre d’étoiles colorées.


Je continue mon chemin en ayant complètement oublié mon retard. Je suis extatique. Mes soeurs noires, les femmes noires, elles sont belles. J’ai dit belles? Magnifiques. Splendides.


Je me sens petite devant cette splendeur qu’est la femme noire. Mais je me sens grande d’appartenir à ce peuple. Grande d’être une femme noire.

BEYONCE – Brown Skin Girl ( Cover BRYVN ft AYSAT )


*Z : Taxi-moto au Togo

*Babadé loo : Excusez-moi en dialecte Mina

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Commentaires

Didi
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Cool, j'ai aimé et surtout bonne continuation.

Peace a toi Deli

Délivrance
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Merci pour l'appréciation Didi! Et pour tout le reste :)

Parfait Shadrak
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j'ai envi de parler mais j'ai peur que mes mots sonnent moins audibles ...mais qu'elle harmonie...chapeau à toi ma ladyD.

Délivrance
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Hahaha. Lâche toi Parfait Shadrak. Je parie que tes mots feront beaucoup de bruit! Merci à toi

Hanou
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Woah on se sent emporter par tous ses agencement de mots pour décrire la beauté de la femme noire. Fière d'appartenir à ce peuple. Merci Lady Délivrance 😘😘

Délivrance
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My pleasure Hanou😉

Anani
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Waouh! Que c'est bien écrit. Je suis sans voix! Chapeau l'artiste...

Délivrance
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Merci Anani. Ton appréciation a toujours de la valeur😉

Dr K.
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A nous! Toutes ces beautés si joliment décrites. merci pour ton billet qui incite a rechercher la beauté en toutes.

Délivrance
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Nous sommes toutes si belles! Merci de t'identifier à ces lignes Dr K.!