Délivrance

Sons & musique : coups de cœur

Sons : bruit harmonieux produit par un instrument de musique, caractérisé par un timbre et représenté par une note.

La diversité des sons, musiques, et arias qui existent est un régal pour qui s’y intéresse. Tellement de goûts, de genre et de style sont dans la nature qu’assurément, à un coin de rue ou au croisement de deux boulevards, chaque humain trouvera son bonheur, pourvu qu’il y regarde de près. En ce qui me concerne, j’ai des goûts musicaux assez éclectiques. Je suis, en fait, le genre de personne qui écoutera un son, l’adorera, et ne sera même pas en mesure de dire de quel genre musical il s’agit. Je suis certes un peu honteuse, mais passons.

Harpe, instrument de musique, sons
Une harpe – Image par paulagarance0 de Pixabay

Tout compte fait, je me contente d’aimer ce que j’entends, et voilà. Il faut dire que mon père est un grand adepte de bonnes musiques. De très bonnes musiques. Mais comme de bien entendu, j’admets qu’il s’agit d’une question de point de vue. Vous pourrez trouver ses goûts tout pourris. Personnellement, je les adore.

Du coup, mon enfance a été bercée par une ambiance dans laquelle les sons s’enroulaient dans mon esprit et m’habitaient. Ce faisant, j’ai développé une oreille musicale qui m’est propre. C’est pourquoi, permettez que je partage avec vous quatre sons dont je raffole. Peut-être trouverez-vous votre bonheur !

Ocean blue d’Al Green

Je mets ce titre en tout premier lieu, puisqu’il s’agit d’un des sons qui ont rythmé mon enfance. Autrement dit, je l’adore. C’est ce que j’appelle un vieux classique indémodable, paru en 1983. Par ailleurs, c’est de la soul gospel. (Oui, je frime tout à fait parce que pour les besoins de la rédaction de ce billet, j’étais bien obligée de me documenter sur les genres musicaux :))

Al Green – Ocean blue

La musique frise la perfection. De toute évidence, Al Green, comme la majorité des chanteurs de sa génération, embrasse le chant d’une façon particulière.

Stand up de Cynthia Erivo

Tout d’abord, il faut dire que j’ai découvert ce son à la fin du film Harriet qui est un biopic  (genre cinématographique, sous forme romancée, qui retrace la vie ou le parcours d’un personnage qui a réellement existé).

Cynthia Erivo – Stand up

En un mot, Harriet Tubman échappe à sa condition d’esclave, puis risque sa vie pour libérer d’autres compagnons d’infortune. La première fois que je l’ai écouté, j’étais totalement bouleversée à la fois par la justesse des paroles, la voix de la chanteuse et la mélodie.

Reprise de la Symphonie n°40 et du titre Enter sandman par Mozart Heroes

Ici, c’est une reprise des sons : la symphonie n° 40 du célèbre Mozart, et du morceau Enter Sandman du non moins célèbre groupe Metallica. Cette reprise que mon frère m’a fait découvrir est plus précisément, celle du groupe Mozart Heroes.

Mozart Heroes – Mozart-Metallica : symphonie n°40-Enter sandman

De toute évidence, j’ai été conquise par la manière dont les belles notes classiques se fondent harmonieusement dans l’appel à une chevauchée sauvage du Metal.

Le Boléro de Maurice Ravel

Pour conclure ma miniliste, je mets un son de Maurice Ravel. Il fait sans contexte partie de ces choses qui me donnent le sourire. Il s’agit d’un de mes morceaux préférés de la musique classique. Par conséquent, c’est pour moi un indétrônable et un incontournable. En effet, la construction progressive de l’orchestre est un régal, un crescendo qui relève du génie. D’abord, j’ai choisi de partager un court extrait de 5 minutes du Boléro co-interprétée en langue Mina (de chez moi please!) par Angélique Kidjo, sachant que la version originale dure environ 16 minutes.

Vincent Niclo & Angélique kidjo «Le Boléro de Ravel»

N’est-ce pas grandiose la manière dont ce délicieux mina lyrique enlace la superbe musique ? Voici d’ailleurs, la version intégrale du Boléro interprétée par l’Orchestre philharmonique de Radio France, si vous êtes intéressés (par pitié, soyez intéressés !). Je n’ai pas mis le son original dans un souci de clarté, vu que l’original a été enregistré en 1930. Du pur génie, je vous le dis ! C’est pourquoi je sais que vous m’en direz des nouvelles.

Ravel : Boléro (Orchestre philharmonique de Radio France / Lionel Bringuier)

Alors, que pensez-vous de ces sons ?

Votre compositrice en devenir,

Délivrance


Maman

Maman : Nom donné à la mère par son enfant (y compris à l’âge adulte), pour la désigner affectueusement.
 tendresse
carte de tendresse pour maman – via canva

Notre maman

Nous avons tous une maman. Certains ont perdu la leur, ce sein tendre qui éponge nos larmes. Cependant, je ne pense pas me tromper en disant qu’ils gardent les effluves de son parfum dans les battements de leurs cœurs. En plus des mamans dans les seins desquelles nous nous sommes un jour blottis, nous en avons d’autres. Que ce soit des tantes, des femmes dont nous sommes proches, ou des dames sur lesquelles nous savons pouvoir compter.

Une maman, des mamans

Ce mot, nous le prononçons à une fréquence relativement élevée ici au Togo. Toute femme qui est en âge approximatif d’être notre génitrice est presque automatiquement « maman ». En plus de cela, beaucoup appelleront « maman » une jeune femme qui a un enfant accroché à ses jupes/son pagne ou son pantalon… ? 🙂 C’est souvent une marque de respect d’appeler une personne maman.

Maman, superhéroïne
une maman en costume de superhéroine – Image par Марина Сиротинина de Pixabay

Comment le prononcez-vous ?

Beaucoup d’entre nous prononce « manman » assez fréquemment. Mais la prononciation correcte est « maman ». Il y a quelques semaines de cela, j’étais avec la petite fille bilingue âgée de trois ans d’une amie. Du fait de son bilinguisme, son parler est ce que je qualifie de tout à fait charmant. Chaque mot est un mélange de deux langues (voire trois lorsque par moments, elle y ajoute le Mina). Alors, il est assez rare de l’entendre s’exprimer dans un français limpide et distinct. Quelques semaines en arrière donc, elle parlait dans son joli langage qui lui est propre. Et puis, elle s’est adressée à sa mère en prononçant « maman ». Elle a détaché très clairement le « a » de maman. Je ne saurais dire en quoi c’était rafraîchissant, mais ça l’était.

Prendre le temps d’articuler correctement

J’ai eu l’impression de n’avoir jamais entendu ce mot être dit. Depuis, je me surprends à prêter l’oreille lorsque quelqu’un le prononce, lorsque je le prononce moi-même. Maman. Ne trouvez-vous pas que cela sonne comme un joli carillon ? Je me suis rendue compte que je ne le prononce pas toujours de la façon dont cela doit être prononcé : en mettant d’abord bien en évidence le « a » et ensuite le « an ». Quand ces deux sonorités sont mises à leur juste place, ce mot est simplement de toute beauté. La bonne prononciation, annonce toute la douceur et la tendresse qu’on peut espérer et attendre d’une mère.

carillon
un carillon à vent – Image par Luisella Planeta LOVE PEACE 💛💙 de Pixabay

Un si beau mot pour de si belles personnes.

À nos mamans (dites-le de la bonne manière :)), que nous soyons ou non sortis de votre sein, parler de vous emplit nos cœurs d’une douce joie. Même le mot qui conjure votre image est de toute beauté.

Alors, êtes-vous team maman ou manman ?

Délivrance


Ennui : quand le vide s’installe

Ennui : Lassitude, langueur temporaire causée par une occupation dépourvue d’intérêt, monotone, déplaisante ou trop prolongée, ou par le désœuvrement.

Fille, ennui
Crédit : Piyapong Saydaung de Pixabay

Dans son roman l’Identité, Milan Kundera a écrit ces mots : « ll y a trois catégories d’ennui : l’ennui passif : la jeune fille qui danse et bâille ; l’ennui actif : les amateurs de cerfs-volants ; et l’ennui en révolte : la jeunesse qui brûle les voitures et casse les vitrines. »

En cet instant précis, il se questionne : où se positionne-t-il dans cette classification ?

Une série télévisée antispleen

Écran, télévision
Crédit : Kalila Kal de Pixabay

Allongé de tout son long en travers de son lit, il goûte une saveur âcre. Le cadran lumineux de l’horloge mural affiche 1:10 du tout petit matin. Pour tout dire, le sommeil l’a déserté. Il est las de sa couche trop dure. En conséquence, il essaye de regarder une série télévisée. Les acteurs sont fades et leurs jeux insipides. Dans l’ensemble le script est foireux. La musique est creuse. C’est ainsi que le désagrément a posé ses bagages. Tout ça est d’un ennui !

Lire pour contrer l’ennui

Agatha Christie ne trouve pas grâce à ses yeux, pas plus qu’Alexandre Dumas. Ensuite, Ayi Dossavi et Théo Ananissoh, ces auteurs togolais dépositaires d’un grand talent, tous se heurtent à un mur de granit. Au fond, les mots s’enroulent dans le vent et échappent à sa vigilance.

Livres pour éloigner l'ennui
Crédit : Wolfgang Eckert de Pixabay

Après quoi, il écume la toile à la recherche de mots accrocheurs. Rien. En vérité, tout est source de mécontentement, désespérément ennuyant. Il se tourne vers ses propres écrits. A-t-il un jour aligné des mots formant des textes aussi insipides ? Tout cela est d’un de ces ennuis !

Scroller

Les réseaux sociaux, quant à eux, sont la vitrine d’une neurasthénie qui afflige son cœur. De ce fait, Facebook, TikTok, Instagram sont tous sans vie. Inertes. Des histoires de réussite et d’échecs. Autant de pans de vies de personnes qui l’indiffèrent totalement. Des humains qui, par ailleurs, partagent d’eux-mêmes plus qu’ils n’en ont conscience. Ils livrent, à son sens, des facettes entières de leur être en pâture à d’autres êtres avides et désireux de fourrer leurs petits nez dans les affaires d’autrui. Si seulement ces personnes partagent leurs informations personnelles en ayant réellement conscience des tenants et des aboutissants. Mais quel ennui !

Scroller, trompe ennui
Crédit : Edar de Pixabay

Écouter de la musique pour déjouer l’attention de l’ennui

Pour ce qui est des sonorités qui d’habitude le tirent de la fosse des Mariannes*, elles le laissent aujourd’hui froid et glacé dans sa solitude ennuyeuse. Ainsi, Mozart, Bach, Cynthia Erivo, et Al green échouent tous au test. De même que Meiway et Foly Nédy la chanteuse d’opéra togolaise qu’il affectionne particulièrement par temps clairs. L’ennui leur tient à eux tous, la dragée haute.

Contempler la nuit pour exorciser l’ennui

Se tenant devant son immense porte fenêtre, il en est réduit à observer un moment la grosse mangue qui orne le manguier siégeant dans la cour. À vrai dire, rien d’inspirant ne lui vient à l’esprit. Plus loin, les tamarins noirs ou attitoè*, dans son dialecte, sont en train de sécher sur leur arbre, atteignant le niveau de maturation requis pour être consommés.

Femme, fenêtre, nuit étoilée
Crédit : Pheladi Shai de Pixabay

En outre, le vent est silencieux. Il s’est tu, gardant pour lui les secrets qu’il porte d’habitude sur ses ailes. Tout songeur, il se rend compte que ce soir, même le zéphyr ne lui confie pas les murmures qu’il a entendu bruisser au loin, dans les souks du Maroc.

Souk, citrons, Maroc
Crédit : Bernd de Pixabay

Pour tout dire, même les feuilles des arbres sombrent dans l’ennui de cette nuit sans étoiles. En plus, la chaleur étouffante qui règne sans partage apporte une contribution non sollicitée. Finalement, il soupire et se détourne de la fenêtre.

Du reste, il a envie de prendre l’ennui par le col de sa chemise élimée, et de le secouer jusqu’à ce qu’il lui fasse lâcher la prise qu’il a sur lui. Et l’ennui de le toiser, goguenard, plein d’une hautaine condescendance.

C’est ainsi que s’emparant d’un stylo et d’un feuillet…

… il se met à écrire ces mots. Au bout d’un moment, il s’aperçoit que la poigne de fer de l’ennui s’est relâchée. Il esquisse un sourire en se remémorant les mots d’un certain Miguel de Unamuno qu’il a lu il y a bien longtemps de cela : « C’est l’ennui qui a inventé les jeux, les distractions, les romans et l’amour ». Certes.

Ecrire, ennui
Crédit : Bruno de Pixabay

Peut-être que de son ennui, naîtra un roman.

Et vous ? Que faites-vous pour empêcher l’ennui de flairer votre piste ?

Après avoir passé une journée empli d’un euphorisant ennui,

Délivrance.

*attitoè : venant du Mina, dialecte parlé dans le sud du Togo.

*La fosse des Mariannes est la fosse océanique la plus profonde connue à ce jour, c’est en conséquence l’endroit le plus profond de la croûte terrestre.


Un regard sur les relations humaines

Relations : Ensemble des rapports et des liens existant entre personnes qui se rencontrent, se fréquentent, communiquent entre elles

Image par Bob Dmyt de Pixabay

Les relations que les individus entretiennent les uns avec les autres me fascinent. Les interactions sociales me passionnent d’autant plus. Voilà pourquoi, je me plais à observer mes semblables. C’est ainsi que me basant sur leurs échanges, je m’efforce de jauger leur niveau d’intimité et le type de relation qu’ils ont.

Relations humaines
complicité – Image par Chu Viết Đôn de Pixabay

Ainsi que Christelle Thoulouze le fait dire à son personnage Charlotte dans son livre « train de vies »- je paraphrase – : » j’aime regarder les gens, les étudier, imaginer ce qu’ils sont : leur caractère, leur vie. Alors, je joue à observer mes semblables, je joue aux devinettes »

La relation qui lie deux personnes, transparaît au travers de différents actes ou par l’absence de ceux-ci. En général, la posture et la gestuelle fournissent plus de renseignements sur une personne qu’elle ne se le figure. Tout compte fait, il suffit de prêter attention à ceux qui nous entourent.

Les relations au travers des non-actes

couple, coucher de soleil
Un couple qui regarde le soleil couchant sur l’océan – Image par Foundry Co de Pixabay

Point n’est besoin qu’on me dise que ces deux personnes sur qui mon attention s’est portée, entament une valse vers la quête d’une plus grande intimité dans leur relation. Elles ont cette façon de s’effleurer sans créer un contact physique franc, qui ne laisse planer que peu de doutes. Du reste, leurs gestes à moitié esquissés me disent tout ce que j’ai besoin de savoir quant à la relation qu’ils entretiennent. De sorte que, si je devais me prononcer, je dirais qu’il s’agit de deux cœurs qui se sont trouvés il y a peu. Ils n’ont, de surcroît, pas encore la fluidité inconsciente que l’on acquiert avec son conjoint après avoir franchi plusieurs paliers clés dans la relation. À mon sens, leurs pas de danse sont prudents.

La relation au travers des actes

Relations Frère et sœur
Frère et sœur – Image par Janko Ferlic de Pixabay

Un deuxième couple capte mon attention. Ces deux personnes ont sans doute une connexion affective étroite. Au vu de leur maintien et de leur langage corporel, je dirais que leur relation a un caractère fraternel. Frère-sœur. À la rigueur cousins ou une relation rentrant dans la même catégorie. En passant, il dépose une bise gentillette sur la joue de la femme, agrémentée d’une légère tape à l’arrière du crâne. Il faut le dire, cela ne fait que me conforter dans ma première impression, si on suppose que peu de personnes investies dans une relation amoureuse se risquerait à ainsi décoiffer une femme, qui plus est dans un lieu public. En effet, même les amis ont tendance à éviter sauf grande intimité.

La relation au travers de la qualité du silence

Relations complice femmes
trois femmes enlacées en toute quiétude – Image par Мария Ткачук de Pixabay

Les deux suivants sur lesquels mon regard se pose ont atteint un niveau d’intimité que je ne retrouve d’ordinaire que chez les « vieux couples ». Ils sont juste assis là, sans échanger un seul mot. Aucun des deux n’a le nez plongé dans son téléphone. Pour changer. Ils se sourient de temps en temps. De là d’où j’observe la scène, je ne perçois aucune onde gênante dans ce silence. Cette paix est juste là, semblable à une couette moelleuse dans laquelle ils se sont tous les deux confortablement blottis. Je tergiverse. Un couple fusionnel et complice ? Ou encore une amitié profonde ! Le champ des possibles est vaste. Je ne saurai jamais laquelle des deux options est la vérité.

Et tellement d’autres relations

Mille autres relations chatouillent ma conscience. Mon regard glisse sur ces personnes dont l’énergie me fait supposer qu’elles sont en froid. Certains autres envoient des signaux fascinants. Ils sont si contradictoires qu’il me faudrait les observer pendant un temps assez long pour me forger une opinion. Sans parler de cette personne en communication téléphonique dont je trouve le calme apparent peu convaincant, une fois qu’on s’intéresse aux vibrations glaciales qu’elle émet. Et voici que les ondes délicieusement compliquées que ces deux hommes dégagent, tirent sur le fil de ma curiosité. Mais je me détourne.

Je sais d’ores et déjà, qu’une prochaine fois, je continuerai à mener une discrète incursion dans la vie des autres, confortablement retranchée derrière un masque placide. Aujourd’hui par contre, je me contrains à en rester là, raccourcissant la laisse de mon esprit… fureteur 🙂 Cependant, je trouve toujours fascinant de me prêter à cet exercice.

Hibou curieux
Image par No-longer-here de Pixabay

Avez-vous déjà songé au fait que quelqu’un pourrait vous observer et être intéressé par ce qu’il voit ou ne voit pas ? À moins que vous aussi n’ayez ce léger penchant que je me plais à insérer dans la catégorie curiosité sociale ?

Ceci étant, il est tout à fait possible que vous soyez une moitié du couple que je viens de passer au scan. Vous me direz si vous vous êtes reconnus.

Votre curieuse,

Délivrance


Les yeux vairons, une belle anomalie génétique

Yeux vairons : Qualifie deux yeux qui n’ont pas la même couleur. Par extension, qualifie une personne ou un animal dont les yeux sont de couleurs changeantes.

Les yeux vairons, ce sont des yeux que l’on n’attend pas. Je veux dire que d’une façon générale, lorsque nous rencontrons une personne, nous ne sommes pas préparés à voir les iris qui croisent les nôtres être de deux couleurs différentes. Étant donné que nous sommes — et ma désolation est absolument grande de devoir le dire — coutumier de la « banalité » de deux iris de couleurs identiques. Bon d’accord, je n’y suis pas habituée.

Homme et chien tous deux avec des yeux vairons – de Gendarmerie Nationale

Oui, vous me direz que des iris bleus, vert pâle mouchetés d’or et de poussières d’étoiles, voire violacés sont tout sauf banals. Pour fascinants que soient des yeux au subtil dégradé de violet, il n’empêche que ce sont malgré tout, deux iris de couleur identique qui nous fixent. Il convient de ne pas oublier que la norme chez les humains et même chez les animaux est d’avoir deux yeux de la même couleur. (Écrire « deux yeux » m’arrache un sourire, parce qu’à moins d’être Ten Shin Han et exception faite d’événement fâcheux, nous avons tous, deux yeux justement. Ha !)

Imaginez une première rencontre

C’est la première fois que je rencontre Deb. Je la vois de loin et notre connaissance commune – B – me la désigne du menton. Elle est habillée de vêtements coupés dans un tissu multicolore aux reflets saisissants, mais avec une coupe étonnamment sobre par contraste.

Alors que nous arrivons à son niveau, B touche son coude. Lorsqu’elle se retourne, son regard est baissé sur un chat qui folâtre avec ses mollets. Je vois son sourire avant de voir ses yeux. Elle lève les paupières et là, des ondes de choc se propagent dans mon corps. En réalité, je ne m’attendais pas du tout à ça. De sorte que j’ai l’impression d’être frappée en plein front par un marteau de légende. À l’instar de celui de Thor. Des yeux vairons. Son œil gauche est marron. Le marron si raisonnablement passe-partout qui est propre à la majorité des personnes noires que je connais. Mais le second, mes aïeux !

yeux vairons
femme blanche aux yeux vairons – Photo de Alonso Reyes sur Unsplash

Ses iris sont bleu-vert. La moitié supérieure de son œil est d’un bleu tendre moucheté de splendides reflets irisés. L’autre moitié est d’un joli vert d’eau. Des yeux vairons. Je n’en avais jamais vu autre part qu’en photo. Dire que c’est renversant relèverait de l’euphémisme. Jamais n’ai-je vu regard plus époustouflant. Ni plus magnétique. Ses yeux sourient, mais je perçois une certaine retenue.

Stupéfiant exotisme

Je me rends compte avec un temps de retard que je regarde fixement cette femme noire tout à la fois renversante et improbable. En sachant que certaines personnes superstitieuses ont tendance à voir dans ces yeux déroutants le signe du mauvais œil, je comprends sa prudence face à mon silence. Des yeux vairons. Superbes. Déroutants. Fascinants. Ces yeux vairons lui donnent un air exotique, surtout en les associant à son superbe teint noir. Je suis au bord de l’émerveillement. Au bord ? Que dis-je ? J’ai plongé dans le gouffre de l’émerveillement sans m’être au préalable assurée que je pourrais me réceptionner convenablement. Que ne suis-je venue en ce monde avec des yeux si… uniques ? Particuliers ? Distinctifs ? La manière dont j’aligne les adjectifs dans mon esprit me fait m’esclaffer. De superbes yeux vairons inattendus viennent de me couper la chique et d’ensoleiller ma journée.

fille, hétérochromie
Petite fille atteinte d’hétéchromie – Photo de Karl Fredrickson sur Unsplash

Et toutes les rencontres après la première

Mon coup de cœur et ma minute de silence ne se sont pas arrêtés à cette première rencontre. À chaque fois que je suis en sa présence, je perçois son premier battement de paupières comme une gifle. Une gifle parce que je me sens étourdie à chaque fois. Je n’arrive pas à me faire à la singulière beauté de son regard. Je n’y arrive pas. À vrai dire, je ne le veux pas non plus. Point n’est question pour moi de devenir blasée au point où des yeux vairons ne me mettent plus en émoi.

Je ne puis me résoudre à trouver conventionnel ces yeux changeants. En réalité, j’aime à me laisser aller à un silencieux hoquet de surprise chaque fois que je la vois. Des yeux vairons, tu parles d’une beauté !

Explication biologique

À ce propos, je suis presque déçue qu’il y ait une explication rationnelle à l’existence des yeux vairons. Du moins une explication scientifique. Le terme médical pour désigner les yeux vairons est l’hétérochromie. C’est une anomalie de la pigmentation qui se traduit par des yeux de couleurs différentes. Comprendre des yeux de deux couleurs différentes ou la coexistence de deux ou plusieurs colorations dans un même œil. Une explosion de couleurs au sein d’un même iris.

Ce phénomène est dû à un défaut de production de mélanine qui est le pigment responsable de la couleur de nos yeux, mais aussi de notre peau et de nos cheveux.

Émilie, une beauté aux yeux vairons | BIE Youtube

À ce jour, cette anomalie génétique est très rare. Certaines maladies, évidemment rarissimes, peuvent en être la cause comme le syndrome de Waardenburg dont parle la vidéo ci-dessus. Elle touche environ 0,6% de la population. Soit pas loin d’un demi-million de personnes sont concernées dans le monde. Je ne raffole pas particulièrement de ce terme :  » anomalie ». Du reste, il a une connotation plutôt négative. Comment une chose si belle que les yeux vairons peut-elle être étiquetée « contraire aux règles qui paraissent régir notre espèce » ? En ce qui me concerne, il s’agit d’une différence qui vaut son pesant d’or.

Triste de ne pas connaître Deb et ses yeux vairons

En fin de compte, je suis au regret de confesser qu’aucune de mes connaissances ne dispose d’yeux vairons dans son arsenal de séduction. Parce que oui, en ce qui me concerne, les yeux vairons évoquent une irrésistible attirance. Par contre, j’ai connu un chat avec des yeux vairons à Kpémé*, localité célèbre au Togo pour l’exploitation de phosphate. Je goûte encore à l’émerveillement qui s’est saisi de mon être. J’ai appris plus tard que le pauvre chat a disparu.

chat, yeux vairons
Chat aux yeux vairons – Image par Miguel Angel Irisson Arcos de Pixabay

Suite aux rumeurs qui ont circulées sur le fait de laisser un tel animal se promener librement dans le voisinage, je crains fort que sa disparition ne soit pas fortuite. Il s’ensuit que j’ai envie de me couvrir le visage de la main face à cette ineptie. Pour autant que je puisse en juger, les humains sont, en vérité, vraiment très étranges.

J’adorerais rencontrer une personne avec des yeux vairons

Comme on peut s’y attendre, j’adorerais me perdre dans de tels yeux. Juste admirer ce regard… inattendu. Outre cela, me pâmer devant pareille joliesse, avant que l’émerveillement fouette mes veines de son scintillement. Je pourrai alors me dire que la création est décidément faite de choses plus saisissantes les unes que les autres. Connaissez-vous une personne aux yeux vairons ? Ou mieux encore, avez-vous des yeux vairons ? Quel est votre ressenti par rapport à cette différence ?

En tout cas, j’aimerais vous rencontrer. Songez d’ores et déjà à m’envoyer un message, s’il vous plaît ! Je serai votre obligée.

Certains pensent que c’est le mauvais œil. Quant à moi, il me semble que c’est une différence hors norme qui pare la personne qui l’a d’une aura d’exception.

Une dédicace aux yeux vairons, des yeux pas comme les autres,

À mon corps défendant, je suis tout éblouie.

Et vous ? Que vous inspirent les yeux vairons ?

Délivrance

*Kpémé : Localité au Sud-Est de Lomé qui ouvre sur la mer, et où l’extraction et le traitement du phosphate se font au Togo.


Ne crie pas sur moi

« Ne crie pas sur moi ». Ces mots sont un maelström de coloris mal assortis qui ravagent mes pensées, alors que la personne en face de moi élève le ton. Non point « ne me crie pas dessus», mais ne crie pas sur moi. Ça tourne encore et encore dans ma tête, jusqu’à ce que je ne puisse plus m’entendre penser.

Femme Crie
Image par Tumisu de Pixabay

Quand il s’agit du mental, même les éraflures les plus insignifiantes laissent des séquelles redoutablement acérées. Ceci est un épisode que j’ai réellement vécu. J’agonisais au moment où les faits se produisaient. Néanmoins, je prenais des notes mentales dans le but d’en parler.

Elle crie parce que j’ai pensé, mais je n’ai pas réfléchi*

Jeu d'échecs, réflexion
Jeu d’échecs symbolisant la réflexion – Image par Steve Buissinne de Pixabay

Dans le but de faire valoir son point de vue, elle crie. Avant tout, il s’agit de spécifier que je navigue dans un brouillard mental épais. Ou plutôt non. Permettez que j’apporte un léger rectificatif. En effet, dire cela, relève d’un abus qui me donne à moi-même, l’impression de me trouver des excuses pour ce qui suit. Pour être tout à fait juste, il faut tenir compte du fait que depuis peu, je commence à émerger tout doucement de ma léthargie mentale.

C’est la raison pour laquelle, je dirais plutôt que je suis dans un état de flottement mental. Je ne sais pas comment le décrire autrement. Je roule sur ma batterie de secours, là où il y a quelque temps encore, je roulais sur la batterie de secours, de la batterie de secours, de ma batterie de secours. Tout ça pour dire qu’il y a une nette amélioration à prendre en compte. Mais, je suis toujours un être pas encore totalement enraciné dans le réel. Évanescent plutôt qu’inexistant. Je vois sans regarder. Je pense sans réfléchir. J’agis parce que eh bien, il faut que cela soit fait.

Infime inattention

Une fraction de seconde d’inattention, ou plutôt de non-attention, me conduit à ce moment. Insignifiant à l’échelle des centaines d’autres vies empêtrées dans leurs propres souffrances, qui se bousculent à la périphérie de ma perception. Gigantesque à l’échelle de ma vie, dans cette période trouble que je traverse.

Paysage troublé – Image par Pexels de Pixabay

Elle élève la voix : « Je t’avais dit ce qu’il fallait faire ! Rends-toi ici, et puis là-bas. C’est pourtant simple. Prends tel papier et reviens vers moi, avant de débourser ! Tu as fait n’importe quoi ! C’est seulement à ce niveau que je peux t’aider ! » Et, elle avait raison. Ce qu’elle m’a demandé de faire était d’une simplicité enfantine.

Elle crie, je bredouille

Femme qui crie
Image par Engin Akyurt de Pixabay

Pourtant, me voici en train de bafouiller. Afin que vous compreniez de quoi il en retourne, je vous emmène là où tout a commencé. Un être cher vient de se faire percuter de plein fouet par un bolide. Rouler à tombeau ouvert a pris tout son sens. Comme si on embrayait de plus en plus vite, de crainte de rater le passage de la faucheuse. J’ai retrouvé cette personne qui est un des pivots de mon existence, le visage en sang dans une ambulance. Ses lunettes étaient réduites en fine poussière sur l’asphalte. Son regard était flou, et il était incapable de bouger ses auriculaire, annulaire et majeur de la main droite. Sa diction était lente, précautionneuse, maladroite.

Assise dans l’ambulance, j’effleurais avec un certain détachement, l’idée que pour la première fois de ma vie, je me retrouve à bord de cet engin qui pour moi est synonyme de : « Quelque chose ne va pas. Et en même temps, tout peut s’empirer le temps pour moi de cligner des paupières. » Je regarde mon frère sans parvenir à croiser son regard. Au fur et à mesure de notre avancée, des micro-nœuds se forment partout dans mon corps. Mon cœur bat à un rythme effréné. Ma respiration est superficielle. Si bien que, lorsque je me retrouve en face de cette personne et qu’elle élève la voix, je me sens comme une enfant prise en faute. Mes lèvres laissent échapper des paroles confuses et inaudibles. Je suis incapable de me défendre, de lui expliquer.

Hôpital : endroit que j’exècre entre tous

Image par chandan bagh de Pixabay

Je me suis retrouvée catapultée au CHU Sylvanus Olympio. Cet endroit que j’abhorre en tous. Cet hôpital dans lequel j’ai passé de longues heures assise sur un banc inconfortable, en ayant une vue plongeante sur la misère humaine. J’attendais de consulter mon endocrinologue, en accueillant les douces énergies cumulées que ma sœur et mon frère m’envoyaient, et en consolidant mes défenses mentales, afin d’encaisser l’impuissance habilement dissimulée et la compassion de mon médecin.

À l’hôpital, il a fallu faire vite. Aussi vite que le système et le laxisme du personnel le permet. Aussi vite que mes jambes lourdes et mon corps pataud me le permettaient. Prendre des bons. Passer par la caisse. Faire parvenir les échantillons de sang dans des laboratoires à différents endroits. Guère évident vu que nous sommes un samedi. À ce titre, la grande majorité du personnel soignant s’est octroyé le droit de déserter son poste. Certaines réalités sont propres à Lomé.

Elle, c’est une connaissance. Une personne très serviable qui œuvre dans le social. Elle devait m’aider. Bien des fois, au cours des derniers mois, elle l’a fait. Avec cœur, je le souligne d’un trait bien gras. Aujourd’hui, je suis juste un peu dans le cirage. Un peu sous le choc aussi – je l’avoue – de devoir affronter une crasse de plus.

J’ai failli à être omniprésente : les conséquences

Crie silencieux
Image par A3DigitalStudio de Pixabay

Pendant une nano-tierce, j’étais… ailleurs. Un ailleurs où le désir que ça aille vite, le désir de ne plus voir souffrir mon frère, ou du moins que quelque chose soit entrepris dans ce sens, a primé sur tout le reste. L’envie farouche de ne plus le voir allongé sur le sol dans cet endroit qui n’a d’hôpital que le nom, a joué le jeu de mon état mental déjà à la limite du vacillant.

Toutes les autres considérations ont été écartées. Y compris la conscience profonde, que je me devais d’être dix fois plus présente, cent fois plus lucide que je ne l’ai été depuis que je suis née. Cent fois aujourd’hui, contre une fois avant que je ne tombe malade. Alors, j’ai fauté.

Stupide, intelligence
Le mot Stupide formé par un entrelac du mot intelligent : Image par Gordon Johnson de Pixabay

Ma lucidité qui commençait à peine à être retrouvée a été mouchée dans l’urgence. Je m’en suis rendue compte seulement après l’avoir fait. J’ai été à la caisse avant de passer par l’assistance sociale, qui m’aurait garanti, il faut le dire, une remise assez conséquente. Ne crie pas sur moi ! Ne me fais pas me sentir ridicule. Stupide. Idiote. Lente d’esprit. Parce que je ne suis ni les uns ni les autres. Je suis moi. Redoutablement intelligente, mais un peu larguée.

Une bavure sur une toile de maître

Toutefois, en cet instant précis, je suis telle une peinture faite par un maître peintre, dont la main aurait ripé sur la touche finale. Une légère bavure qu’il a gardée, considérant que cela en fait un chef-d’œuvre. Le tranchant de ma capacité de réflexion est juste émoussé. Alors, ne crie pas sur moi. Cette micro-seconde d’inattention m’a coûté à moi, mais pas à toi.

Peinture
Image par Aida KHubaeva de Pixabay

Oui, tu veux aider. Oui, j’ai commis une bourde. Mais, je n’ai pas en ma possession un remonteur de temps, afin de défaire ce qui a été fait. Je ne peux tisser une nouvelle trame à l’histoire. Alors s’il te plaît, ne crie pas sur moi.

J’étais pleine de bonnes intentions qui m’ont conduite là. À toi qui cries sur moi. Le chemin de l’enfer est réellement pavé de bonnes intentions.

J’ai très mal vécu cet épisode de quelques secondes. Je ne me suis pas effondrée. Je ne me suis pas roulée en boule pour hurler à la lune. Mais en réalité, j’ai accusé le coup. C’est la raison pour laquelle, je viens à nous tous, porteuse de ce message : Ne crions pas pour faire valoir notre point de vue. S’il vous plait. En tout cas, faisons au mieux. Les répercussions de notre manque d’empathie sont réelles. Ceci est aussi valable pour moi. Nous ne savons pas ce par quoi les autres passent.

Prenez soin de votre santé mentale.

Délivrance

* J’estime que la pensée est libre. Je pense sans fournir aucun effort. Mais la réflexion est consciente et demande un certain niveau d’exercice mental.

Enfant triste – Image par Sibeal Artworks de Pixabay


Jeux olympiques : souvenirs et autres

Les Jeux olympiques sont assurément un incontournable dans le monde du sport. Ces muscles qui se contractent à l’unisson. Cette sueur qui coule dans le but de gagner des trophées, de faire la fierté de la terre de ces ancêtres. Une poignante symphonie de grâce, d’adresse, de souplesse, de force brute, de vitesse, d’endurance. Je partage avec vous mes souvenirs impérissables des Jeux olympiques.


Anneaux olympiques, jeux olympiques
Anneaux olympiques – Image par dan onaca de Pixabay

Jeux olympiques, le Togo & Benjamin Boukpeti

Il serait de bon ton de dire, pour commencer, que le Togo n’a jamais été un pays qui a été massivement représenté aux Jeux olympiques. Non point que nous n’ayons le potentiel qui fait le genre d’athlètes qui écrivent l’histoire. Je pense que c’est juste parce que nous rencontrons encore des bugs dans la mise en place de structures qui favoriseraient l’émergence et le polissement des talents latents (comme ces deux mots s’emboîtent joliment l’un dans l’autre ! :)).

J’aime en effet à penser que le Togo regorge de talents qui n’attendent que de se laisser dénicher. Des diamants bruts qui se languissent d’être découverts et ensuite de se laisser polir, avant d’éblouir le monde, tandis que les Togolais, fiers, se rengorgent.

C’est la raison pour laquelle Benjamin Boukpeti a été une bouffée d’oxygène d’une originalité sans pareille. Une belle surprise que nul n’attendait. J’étais une adolescente à l’époque. Alors que j’essaye de me remémorer ces temps révolus, je découvre mes souvenirs étrangement embrumés. Néanmoins, je vais tâcher de faire revivre le frémissement qui subsiste dans mon subconscient.


Le kayakiste togolais Benjamin Boukpéti au JO de Londres en 2012 – © REUTERS/Lucy Nicholson

Pour ceux d’entre vous qui l’ignorent, je rappelle que Benjamin Boukpeti a une double nationalité. Togolais par son père et français par sa mère. Néanmoins, il est né et a grandi en France.

Je me souviens m’être demandée pourquoi

Pourquoi a-t-il choisi de compétir pour un pays avec lequel, somme toute, il n’avait en apparence aucun attachement fort ? Mais, le fait est qu’il a fait ce choix en 2003. Aussi, je suppose que contrairement aux apparences, il avait bel et bien un attachement en acier pour le Togo.

Il s’ensuivit qu’il a décroché pour le Togo sa toute première médaille olympique aux Jeux olympiques de Pékin en 2008. A ce jour, cette médaille est l’unique gravée au nom du Togo. Nous parlons d’un bronze joliment lustré. C’est la raison pour laquelle je peux dire, qu’il a écrit l’histoire avec panache. Cela, le monde entier le sait. Par contre, il aurait fallu être au Togo pour savoir qu’à cette époque, la sortie inattendue du Togo du bac à sable a été un sujet de conversations comme s’il en pleuvait. D’ailleurs, je me souviens par bribes de certaines de ces discussions enflammées.


Bronze, romain
Plaque de bronze – Image par Siggy Nowak de Pixabay

D’abord, il y avait les extatiques

Comme on pouvait s’y attendre, une partie de la population a porté Boukpeti aux nues : Ah ! Le Togo ! Vous vous imaginez pareille merveille ? Le petit Togo en finale d’une discipline sportive aux Jeux olympiques ? Dieu bénisse Boukpeti ! Ce cher jeune homme dont le cœur est rempli de la fougue que seule donne la terre de nos aïeux ! Que sa descendance soit prospère et que son nom, jamais, ne soit effacé en dessous des cieux ! Boukpeti un jour, Boukpeti toujours !


Joie collective, coucher de soleil
Liesse – Image par Jill Wellington de Pixabay

En passant, cette catégorie de personnes a gentiment occulté le fait que, le Togo en lui-même n’avait pas contribué des masses à cette victoire.

Puis les théoriciens du complot

Et puis, il y a ceux qui disaient que Boukpeti n’était qu’une personne de plus à avoir trouvé dans le Togo un filon afin de s’enrichir vite et bien. Parce qu’il faut bien dire que les kayakistes, ce n’est pas ce qui manque à la France. Par conséquent, la compétition y est rude. Se démarquer est ardu au possible. Alors qu’au Togo où il n’y a aucune concurrence, briller est chose on ne peut plus aisée. Se faire encenser est un objectif relativement facile à atteindre.


Questionnement, homme noir
Homme noir en questionnement – Image par Tumisu de Pixabay

Dans cet esprit, cette catégorie considérait le cas Boukpeti, comment dirais-je, avec scepticisme. Ils gardaient le battage médiatique qui entourait le retour de ce fils prodigue dans leur vision périphérique, tout en faisant preuve d’un intérêt plus grand qu’il n’y paraissait. Ils pestaient contre celui qui, ainsi, accaparait des feux des projecteurs qui auraient dû mettre en lumière un vrai fils du pays.

Et enfin, il y avait les indifférents

Kayak ? De qui est-ce le nom ? Benjamin Boukpeti ? Et puis quoi encore ? Nous avons autre chose à faire. Étant donné que ce n’est certainement pas un objet circulaire qui danse au bout d’une lanière, qui mettra de la nourriture dans les assiettes de nos enfants, que nous importe sa victoire ?


Indifférent
Image par Gerd Altmann de Pixabay

Par ailleurs, cette médaille a été rapportée par un jeune homme qui ne sait rien de nos réalités, de nos luttes, qui ignore la couleur du sang qui coule dans les veines des braves Togolais. Grand bien leur fasse s’ils se plaisent à l’introniser en souverain. Et la dame du marché de rétorquer :« Fovi va plé yébéssé laa!*». Et le monsieur qui tire sa charrette débordante d’ail de renchérir : « ayôooooo!*».

Qu’importe tout ce qui s’est dit, voici Boukpeti

Mais le fait indéniable est qu’aujourd’hui, Benjamin Boukpeti symbolise toujours une belle victoire. Il ne faut pas oublier que son nom sera sujet de fierté pour le Togo, aussi longtemps que ce pays subsistera sous les cieux et dans les cœurs. Sans contredit, Boukpeti a associé le nom de mon pays avec une chose belle et convoitée : une médaille olympique.


https://twitter.com/republicoftogo/status/768067451670130689

Je n’y avais jamais réfléchi avant d’écrire ce billet, mais j’aimerais avoir un jour l’occasion de lui parler en personne. De le regarder dans les yeux, et de lui demander quel a été le réel carburant de sa motivation à représenter le Togo, alors qu’il n’y était allé qu’une fois lorsqu’il était « tout bébé », au moment où il a pris cette décision majeure. Je ne peux me défaire de la curiosité qui a planté son dard dans mon esprit. Peu m’importe le nombre astronomique de fois où il a déjà répondu à cette question. Je veux pouvoir me faire une idée par moi-même, et non point me fier aux ressentis des autres, ainsi qu’aux écrans qui dissimulent si habilement certaines choses et en façonnent d’autres.

De surcroît, je lui demanderai ce qu’il ressent à voir son nom inscrit dans les annales du sport Togolais, et ce qu’il éprouve à être une représentation unique dans le genre, pour une jeunesse qui pourrait aspirer à suivre ses traces. Si vous passez par là, cher monsieur Boukpeti, j’aimerais réellement que se fasse ce tête-à-tête. Je prendrai plaisir à écrire un texte intitulé : « Benjamin Boukpeti, comme jamais vous ne l’avez connu »!

Comment le Togolais lambda vit l’imminence des JO de Paris

Mais revenons à l’actualité. J’ai un peu regardé autour de moi. La majorité de ceux avec qui je me suis entretenue n’ont aucun intérêt pour les Jeux olympiques qui se dérouleront sous peu à Paris.


Flamme olympique, jeux olympiques
Flamme olympique – Image par PublicDomainPictures de Pixabay

Dans les grandes lignes, la classe moyenne de la population togolaise est engluée jusqu’aux narines dans les problèmes du quotidien. Autrement dit, ils n’ont pas de temps à consacrer aux Jeux olympiques. Ils n’ont pas d’énergie à investir en envoyant des ondes positives aux sportifs. Ceci étant dit, il est possible que je n’ai pas interrogé les « bonnes personnes ».

Un certain nombre d’entre eux a malgré tout suivi la flamme olympique. Leurs cœurs ont battu d’anticipation en la voyant laisser des luminaires dans son sillage, à cause de leur amour pour le sport sous toutes ses formes.

Jeux olympiques et émotions fortes

Je marque une courte pause avec les informations en provenance du Togo, pour parler des émotions liées aux Jeux olympiques. Les Jeux olympiques sont intrinsèquement liés aux émotions. S’il y a bien un évènement qui évoque pour moi des émotions brutes de décoffrage, sans fioritures, des émotions qui ne sont pas « trafiquées » pour bien rendre à la caméra, ce sont bien les Jeux olympiques.


Femme, émotions
Femme sous le coup de l’émotion – Image par Thangphan de Pixabay

La Joie

Faites passer au ralenti la déchirante déferlante de joie qui écrase les coureurs après une course aux relais par exemple. Cela fait presque mal aux yeux de voir le « déchirement » de l’ivresse. La jubilation d’avoir réussi. L’exaltation de voir les espoirs les plus fous qui ont motivé chaque séance d’entraînement, chaque effort fourni, chaque larme versée, se concrétiser. Une joie sans pareille.

La Tension

Les Jeux olympiques sont aussi synonymes de tensions. Avez-vous vu l’intensité des regards des coureurs, des nageurs et autres compétiteurs alors qu’ils sont positionnés sur la ligne de départ ? L’atmosphère est à ce point chargée d’électricité que l’on a presque envie de détourner les yeux. Presque. Les poils se hérissent à cause de l’anticipation.


Course
Coureuses – Image par Thomas Wolter de Pixabay

J’ai rarement vu tant de crispation électrique dans des yeux, tant d’acuité dans des regards. Les épaules raidissent sous le fardeau des attentes. Ils portent le poids des espoirs. Leur propre espoir pour commencer. Ensuite ceux de leurs familles, de leurs proches. Et pour finir, ceux d’un peuple tout entier. Sans compter les espoirs de ceux qui les admirent, bien que ne faisant partie ni de l’une ni de l’autre catégorie.

La rage de vaincre

Vaincre : surpasser lorsqu’il y a une sorte d’émulation entre les personnes, surmonter un obstacle.

Commençons par examiner toute l’énergie de cette formidable machine qu’est le corps humain, mobilisée en prévision de la mêlée, au détriment de tous les processus physiologiques non essentiels. Un vrai shot énergisant. Des corps animés par, non pas juste un désir, mais un besoin irrépressible de parvenir au but qu’ils se sont fixé.

Patinage artistique
Patineurs artistiques en pleine performance – Image par WikimediaImages de Pixabay

En réalité, les Jeux olympiques sont aussi avoir un mental en acier. Être bon, voire excellent ne garantit pas la victoire si le mental est en lambeaux. En tout cas, je ne le pense pas. Il s’agit de surpasser les concurrents, mais aussi de se surpasser soi-même. D’aller plus loin, plus haut, plus fort, plus vite. De ne pas flancher en cours de route même si tout semble perdu. Tout donner dans l’espoir de tout rafler, ou du moins de s’en aller sans médaille, mais avec l’impérieuse certitude de s’être livré sans restriction. D’avoir réussi pour soi-même.

Tout va très vite. Que ce soit le triomphe ou la défaite. Qu’il s’agisse de désespoir et de tristesse. Qu’il soit question de dynamisme, de chaleur, des ovations, du partage, de la fraternité. Ou encore des rires mais aussi des larmes. Des montagnes russes émotionnelles qui se lisent sur les visages des compétiteurs. Les larmes tant de joie que de détresse sont d’une bouleversante authenticité. Et nos cœurs à nous spectateurs, bondissent avec les leurs. Nous pleurons et nous rions avec eux. Pour eux.

Les grands noms des Jeux olympiques qui ont bercés mon adolescence


Saut de haies
Course de haies – Image par Whitney Gibbens de Pixabay

  • Marion Jones, américaine de son état et impressionnante athlète sur le 100 m, le 200 m, et le saut en longueur. Malgré le fait qu’elle ait perdu une partie de ses médailles suite à ses aveux de dopage, elle reste une des athlètes qui m’ont marquée.
  • Dayron Robles est un athlète cubain, ancien détenteur du record du monde du 110 mètres haies en 12 s 87. Le voir sauter ces haies était tout un spectacle !
  • Yelena Isinbayeva est une athlète russe pratiquant le saut à la perche. Elle est l’actuelle détentrice du record du monde du saut à la perche féminin, avec 5,06 mètres. Sérieusement ?

  • Et pour terminer en beauté, je me tourne vers les athlètes de l’Éthiopie et du Kenya pour leurs formidables et indétrônables prestations dès lors qu’il est question d’endurance.

Et à tous ces grands noms que je ne pourrai mentionner ici, vos prouesses ont impacté mon esprit et m’ont fait rêver.

A l’intention des porte-étendards du Togo à Paris


Drapeau Togo, jeux olympiques , victoire
Drapeau du Togo – Image par David Peterson de Pixabay

En tout cas, mes bons vœux accompagnent les cinq athlètes qui feront onduler les couleurs du Togo dans les cieux. Trois femmes (qu’est-ce que je suis contente qu’il y ait des femmes !) et deux hommes défendront « l’or de l’humanité »* aka le Togo, lors de ces olympiades : Akoko Komlanvi à l’aviron, Naomi Akakpo à l’athlétisme, Eloi Adjavon au Triathlon, Jordano Daou et Adèle Gaïtou à la natation.

Donnez vos tripes et vos cœurs. Pour la terre que nous avons reçue en partage. Nous n’en demandons pas plus.

Vous l’ai-je dit ? Vous nous rendez fiers,

Délivrance


* Fovi va plé yébéssé laa : Du mina. Tonton ou jeune homme, viens acheter du piment

* ayôooooo : ail en mina.

* Togo chéri, l’or de l’humanité : Confère le couplet 2 de l’hymne national du Togo


Ma sœur, mon amie

Ma sœur s’appelle Vertu. Un fort joli prénom me direz-vous. Et, je serai totalement de votre avis. Accessoirement, elle est aussi l’une de mes deux meilleurs amis. Le second étant Jean-Michel, mon frère. Elle est l’une des seules personnes sur qui je sais pouvoir compter, sans qu’il n’y ait de contrepartie exigée. Dans ce monde intéressé où nous vivons, ça n’a pas de prix.

Ma sœur, sa positivité à toute épreuve

Ma sœur a ce peps, ces bulles qui me font si cruellement défaut. Toujours à voir le verre à moitié plein. Pendant ce temps, je suis décidée à ne contempler que l’immense désolation, de cette moitié de verre dépourvue d’eau. Ses parois en sont si sèches, qu’elles sont dénuées de la plus infime buée.

Chaussures
Chaussures à talons

Ma sœur a toujours eu les mots pour m’aider à ne pas sombrer. Toujours disposée à voler à mon secours. Constamment présente pour m’épauler. Ses bons mots ont en partie fait de moi, la personne que je suis aujourd’hui. Elle est le genre de personne qui te dira : « Oui, c’est gris. Mais pas gris anthracite, voyons! Disons plutôt gris perle ». Cet entêtement à ne voir que le bon côté des choses, est par moment hautement agaçant. Parfois, lorsque je suis submergée par l’envie d’être négative, elle me saoule. Je l’avoue (avec une toute petite voix)

Elle est l’une des personnes de qui j’ai le plus appris. Aussi bien dans les petites choses que dans les grandes. C’est en la regardant se bichonner, que l’enfant que j’étais, s’est inconsciemment mise à avoir des petits gestes, qui se sont avérés fort utiles au quotidien. C’est en l’écoutant, que j’ai appris à fixer mes limites, à les maintenir, et à taper sur les doigts qui se hasardent à les brouiller.

Ma sœur, joyau esthétique

Sœur
Vue de derrière

Alors que j’étais une adolescente et au début de l’âge adulte, ma sœur avait ce « don » de susciter en moi une foultitude de sentiments mitigés ( Que lise entre les lignes qui a la capacité de le faire 🙂 ). Malgré ce léger décalage dirons-nous, j’aimais cela. Parce que la présenter comme étant ma sœur, me rendait fière.

Peu s’en est fallu qu’elle ne soit tout ce que je désirais être. Nous avons hérité, il faut bien le reconnaître, de superbes gènes. Il n’empêche qu’elle sait mieux que personne sublimer ce qui lui a été donné en offrande. Son nez se retrousse joliment, quand elle laisse tonner un rire, qui est tout l’opposé des légendaires rires tintinnabulants que déclament les beaux papyrus. Mais, il porte en lui ce qu’il y a de plus joyeux sur terre.

Elle a ce si joli tic qui lui fait parfois porter la main à ses lèvres, dissimulant ainsi en partie son sourire. Son unique fossette sur la joue droite attire irrépressiblement les regards. Un tel vice ! Un affront à mes joues dépourvues de fossettes, que cette unique joliesse qui me nargue avec un charme tel, que je n’ai que le courage de la trouver superbe.

Sœur, Vertu, rire, fossette
Ma sœur, sa fossette, son rire

Une sœur, aux talents multiples

Vous avez dit une femme extrêmement douée ? Elle l’est sans aucun doute. Je le dis non point parce qu’il s’agit de ma sœur, mais j’énonce juste un fait. J’ai pour habitude de penser que son esprit est acéré, ses réflexions sont profondes. Elle a une capacité d’analyse effarante doublée d’une remarquable polyvalence.

Un exemple frappant est celui de la machine industrielle. Elle a plongé ses mains dans le cambouis, pour réparer cette machine que tout le monde lui a déconseillé de seulement toucher, parce qu’elle pourrait l’endommager. Au final, elle maîtrise la machine presque aussi bien que le technicien en charge.

La curiosité de ma sœur est insatiable. Elle couvre des sujets sans liens les uns avec les autres. En conséquence, elle prend le temps de s’y intéresser, de se documenter jusqu’à devenir experte sur la question. Tout ça en appréciant chaque seconde du processus.

Je suis convaincue qu’elle pourrait se faire tirer un siège au sommet du monde si tel était son vœu. Mais, son cœur est autre part. Certains jours comme aujourd’hui, je le regrette. (Le toupet qui me fait regretter des choix qui ne sont pas miens :))

crédit photo moi

L’exemple des piqûres illustre très bien la diversité de ses centres d’intérêts. Elle a appris par des tutoriels à faire des intraveineuses, des intramusculaires et des injections sous-cutanées. Juste parce que ça l’intriguait.

Quand le cortisol est en chute libre dans mon organisme, je fais appel à elle pour mes piqûres d’urgence. Sans compter que lorsqu’elle est elle-même le sujet d’une urgence de type piqûre, elle s’auto-soigne, pour peu qu’elle ne soit pas réduite à l’état de carpette. (Ne vous inquiétez pas. Un médecin a validé sa performance :)). D’autant plus admirable que l’on me chuchote dans l’oreillette, que certains docteurs font des crises de nerfs quand on en vient à la question des piqûres.

Personnalité tumultueuse

Je suis obligée de dire que ma sœur a un caractère … peu ragoûtant. Ses mauvaises humeurs sont légendaires.

Orageux, nature
Nature orageuse – Image par Vilius Kukanauskas de Pixabay

Ses colères sont telle la météo du moment à Lomé : volcanique. Ses sautes d’humeur sont infernales. Son silence est une barrière en acier trempé. Quand elle ne veut pas décrocher un mot, eh bien, elle ne décroche pas un mot. Débrouillez-vous avec.

Même si un cheval par quelques tours de passe-passe, se retrouve soudain doté du don de la parole et lui dit des mots gazouillants, elle ne bronche pas. Elle n’est pas facile à vivre, je le crains fort. Je me suis cassée les dents plus de fois que je ne saurais m’en souvenir. Je lui en veux parfois, souvent. Avec hargne.

Certaines fois, elle atteint un niveau ultime de son côté chiant. De temps en temps, ces périodes coïncident avec mes moments de réflexion intense sur divers projets. Leur viabilité ne laisse aucun doute dans mon esprit. Mais, je ne trouve que des portes closes quant au financement. Eh bien, dans ces moments-là, j’envisage très sérieusement de vendre ma sœur. Pour ensuite investir ce capital que j’imagine colossal, dans la réalisation de mes desseins. (Mesdames, messieurs, chers tous, notre prochain lot est une Vertu. Les enchères sont ouvertes! :)). Mesurez par vous-même son degré de chiance.

Mais au terminus, je l’aime d’amour. Et c’est ce qui prévaut. S’il avait fallu que je conçoive en personne le programme de la sœur qu’il me faut, le design qui en serait ressorti serait, sans aucun doute, elle. Enfin, à une ou deux choses près quand même.

Fragile mais résiliente

La vulnérabilité de ma sœur est bien cachée. Elle porte en elle des meurtrissures profondes mais bien planquées. Contrairement à moi, elle n’est pas expansive. La thérapie par la parole n’est pas son fort. Elle se tait, et trouve d’autres moyens pour évacuer son mal-être.

Les actes et les paroles de personnes qui auraient dû la protéger, mais la jette plutôt aux loups, la heurtent. Comme nous tous, j’imagine. Qui mieux que ceux à qui nous confions notre cœur nous font le plus souffrir ? N’est-ce pas ceux-là même vers qui notre organe nous guide, qui sont le plus susceptible de gracieusement nous le rendre piétiné, en miettes et contusionné au point d’en être méconnaissable ?

Et, du fait que nous sommes, elle et moi, des vases communicants, je l’entend souvent geindre dans le secret de son cœur.

Roseaux, crépuscule
Roseaux au crépuscule – Image par wal_172619 de Pixabay

Ses sentiments sont invalidés plus souvent qu’à leur tour. Ses accomplissements sont minimisés. Je ne saurai dire si c’est à cause de cette impression de frivolité – ô combien trompeuse! – qu’elle donne. Mais, je me rends compte qu’on ne la prend pas toujours au sérieux. Les humains ont décidément cette bien sale manie de juger sur les apparences.

En plus de cela, on ne lui reconnaît pas le droit de s’effondrer. De s’écrouler même. Peut-être parce que lorsqu’elle est au mieux de sa forme, elle communique aux autres de l’énergie, de la force, comme peu de personnes sont taillées pour ce faire. Un shot multivitaminé à l’état pur. Peut-être.

Et moi qui ne suis qu’une observatrice impuissante, je ressens une douleur fantôme, lorsqu’on la poignarde, elle. Je ressens sa peine pourtant si bien dissimulée. Je la perçois aussi sûrement que si nous fûmes forgées de mottes d’argile voisines.

Pourtant, elle réussit jour après jour à faire de cette fragilité une force. Elle la regarde dans les yeux et la contraint à devenir une arme. Sa force. Parfois, elle suréagit pour affronter certaines situations. Et puis, elle ajuste le tir. Ma sœur devient alors policée, donnant cette délicieuse impression que pour elle tout est facile. Pendant ce temps, le sable brûlant du Sahara brûle la plante de ses pieds non chaussés. Et, c’est dans ces moments-là qu’elle est le plus redoutable. C’est une battante. C’est une survivante.

Ma sœur, toujours là pour moi

Je peux dire sans craindre de verser dans la démesure, qu’elle a toujours été là pour me soutenir. Lorsque j’ai dû subir mes opérations des yeux, elle a tout lâché pour me prêter main forte. Lorsque mon mental – qui décidément n’aime pas le beau fixe -me jouait des tours pendables tout au long des années, elle a tenu ma main. Fermement.

Sœurs
Des sœurs – Image par GrumpyBeere de Pixabay

Plus récemment encore, elle a fait fie autant que faire se peut, de sa propre santé déclinante, pour se tenir debout à mon côté, dès l’instant où je suis tombée malade. Au cours de ces presque deux ans où j’ai quotidiennement affronté la maladie, je n’ai pas souvenir qu’elle m’ait ne serait-ce qu’une seule fois dit : «  Moi aussi je souffre. Tu en fais un peu trop ». Ou quelque chose d’approchant. Pour autant, sa santé s’effilochait plus sournoisement que la mienne. Son mental prenait l’eau et son corps la lâchait.

Je l’ai vu lutter pour garder la tête hors de l’eau. Puis prendre la tasse. Et finalement s’étouffer. Et pendant qu’elle inhalait de l’eau par ses orifices, elle n’hésitait pas à me pousser moi, hors de l’eau, pour que je puisse avaler cette goulée d’air salvatrice.

Elle est juste là, m’insufflant du courage. Parfois, elle est juste une présence silencieuse. Mais toujours constante et réconfortante. S’il lui est arrivé de flancher, je sais que c’est parce qu’elle était submergée.

Plaisante extravagance

Elle est aussi folle, ma sœur. Absolument et superbement. Une belle folie qui lui fait prendre plaisir dans les petites choses simples. Elle esquisse sans raison des pas de danse impromptus, que notre société idiote et rétrograde prétend ne plus être de son âge.

Vertu, sœur
Elle, de couleurs flamboyantes vêtues

De quelle abyssale bêtise cet environnement rabat-joie et en pleine disruption fait part ! ( Chuchotements au creux de votre oreille : parfois c’est son armure pour ne pas craquer. Ne le lui répétez pas )

Sœur & amie

La vie a malmené ma sœur. Mais elle est tel le roseau qui plie mais ne rompt pas. Elle est forte. Vertu, c’est ma sœur ainée. Elle est aussi ma plus proche amie.

Nous sommes elle et moi, les deux moitiés d’une même pièce. Nous finirons probablement par convoler en justes noces avec un même humain. Il reviendra un jour d’une de ses pérégrinations, pour trouver un tas de cendres à la place de notre foyer. Parce que ma sœur et moi y aurons mis le feu lors d’un de nos épisodes psychotiques de rage « sœurternel » , dont les retombées aggraveront le réchauffement climatique. Et au milieu des cendres, nous serons soit en train de nous fusiller du regard, soit au bord du fou rire.

L’encre de ma plume s’assèche, alors que je n’ai pas encore dit le quart de ce que je voudrais dire la concernant. Mais, je désirais partager avec vous cette belle personne. En espérant que vous aimerez mon amie, ma sœur, ma Vertu autant que moi je l’aime.

Jeunes Femmes
Jeunes femmes enlacées, vue de derrière – Image par Joel Harold Pardo Palomino de Pixabay

Et en croisant les doigts pour qu’elle esquisse un sourire en lisant ces mots. Pourvu qu’elle ne m’en veuille pas d’ainsi la partager avec vous ! Yé bé égnã mou kouna wo* 🙂

Un de ces matins, je vous présenterai le dernier élément de notre triumvirat : mon frère, mon Jean-Michel.

Avez-vous un frère ou une sœur qui sont aussi vos amis ? Ravissez-moi d’une anecdote de votre vie avec il/elle.

À vous, toutes les sœurs de sang ou non, que la vie nous a données, nous sommes reconnaissants de vous avoir.

Délivrance

*Yé bé égnã mou kouna wo : du mina. À peu de choses près : avec elle on ne sait jamais


Vitis vinifera : ton fruit, mon plaisir

Vitis vinifera*, ton fruit est un plaisir qui pour moi, se renouvelle à l’infini. 

Ô combien coupable d’aimer ton fruit vitis vinifera !

Le vitis vinifera enfante un fruit aux chaires tendres et lisses. Le plein de mes doigts perçoit autant son velouté que sa fermeté.

Fruits, raisins
Corbeilles de fruits – Image par Султан Малахмедов de Pixabay

Je sais que si j’y enfonce mes dents, ton fruit – vitis vinifera – cédera sans effort. Avec un imperceptible bruit de déchirure. Sa fragilité succombera sous l’assaut de mes canines. Je recueillerai alors un nectar nourrissant et source de vie. 

Mais, vois-tu vitis, je ne suis pas une sadique. Je résiste à la tentation. Pour l’instant.

Vigne, vitis vinifera
Vitis vinifera – Image par D.B. Pacini-Christensen de Pixabay

Il faut dire que j’aime prendre ton fruit entre mes lèvres. Son contact est … ravissant. Dans ma bouche, il est pulpeux et charnu. De surcroît, j’aime jouer avec sa douceur, avant de finalement recueillir son nectar. Certains jours, avec ravissement, je le découvre sucré. Là où d’autres jours, je le goûte acidulé. J’éprouve une réelle délectation à le cajoler.

Instant Plaisir 

Il n’empêche que je plaide coupable, d’éprouver un plaisir certain à martyriser sa chair. Délicatement.

Tout d’abord, je frémis en laissant sa douce surface taquiner ma langue. Je le laisse me découvrir au rythme de ses rebonds. De mon côté, j’explore avec délectation. Ensuite, je fais rouler encore et encore ton fruit, vitis vinifera, entre mon palais et l’intérieur de mes joues. La sensation de le savoir à moi – en moi – est exquise. Ton fuit charnu et gorgé de sève me rend gourmande. En fin de compte, mes dents éraflent sa chair presque à mon corps défendant. En conséquence, je me perd dans une brume de plaisir.

Café, gourmandise, plaisir
Façade d’un café – Image par inkflo de Pixabay

Parfois, souvent, je me risque à engloutir l’essence de sa force, même si proscrite par certaines personnes. C’est aller au-delà des convenances, disent-elles. Thérapeutique, me dit pourtant mon « moi » aventureux. Mais, elle n’est pas toujours en adéquation avec mon sens du goûter. Si bien que d’autres fois, je la recrache. Malgré tout, le plaisir que je prend avec ton fruit, demeure toujours inaltérable.

Satisfaction, Extase

Chat, contentement
Chat satisfait – Image par Jakob Strauß de Pixabay

Tout compte fait, je craque. Je plonge mes dents en lui. Un plaisir presque douloureux inonde mes sens au fur et à mesure que je déglutis. Un plaisir coupable. Je défaille de tant de douceur. Je frissonne de l’indescriptible contentement, de partager ce qui est si intimement sien : sa tendre peau, son goût licencieux, sa décadente texture. 

Voilà pourquoi mon cerveau m’envoie un message enfiévré, à tel point que le mot « Satisfaction », « Satisfaction », clignote follement dans mon esprit. Le contentement affleure partout dans mon être.

Solitaire au sein de la foule de Lomé, je refais à nouveau intimement connaissance avec ton fruit que j’aime tant ,ô ! vitis vinifera. Je m’attelle à me présenter une fois de plus au fruit de la vigne, au raisin. Je me gargarise de son suc, mais aussi du noyau de sa force ; ses graines.

Raisins rouges, vitis vinifera
Raisins rouges – Image par Kevin Urzal de Pixabay

Aimez-vous le raisin ? N’interférez pas avec mes songes. Laissez-moi inviter la pensée d’une humanité entière conquise par ce fruit-délice, à danser.

Depuis le vitis vinifera,

Délivrance

*Vitis vinifera : Nom scientifique de la vigne ou vigne cultivée. Il est l’ancêtre sauvage de la plupart des vignes cultivées. Communément cultivée pour ses fruits, le raisin.


Météo : chaleur étouffante

Depuis quelques semaines, il fait une chaleur oppressante ici à Lomé. Je n’ai jamais arpenté le Sahara. Mais, je suis disposée à parier l’ongle de mon auriculaire, qu’il y fait une chaleur du même acabit (vous remarquerez que ma mise n’est pas très élevée :)).

Météo, Lomé, chaleur
Capture d’écran de la météo affichée sur mon téléphone le lundi 22 avril 2024 à Lomé. Notez que la température ressentie est de 42°

Si vous planifiez un séjour à Lomé au crépuscule de ce mois d’avril, je ne saurais trop vous recommander d’investir au minimum dans une ombrelle. Surtout dans le cas où, vous prévoyez de visiter la ville à la manière des nomades des temps anciens, c’est-à-dire à pieds. Il fait si chaud, que l’on a en permanence de la sueur là même où elle n’est nullement sollicitée. Je n’ai pas souvenir d’une année où il ait fait une chaleur semblable à celle-ci, depuis que j’ai été en âge de me rendre compte de ces choses. Tchoooo!!*.

Ombrelle, chaleur
Ombrelle en osier anti-chaleur : Image par G.C. de Pixabay

Tournez, pales de ventilateurs, tournez

Les ventilateurs s’épuisent à procurer un peu d’air frais. Mais, c’est en vain qu’ils s’y essaient. Parce qu’ils ne peuvent brasser que l’air qui est mis à leur disposition. Fort fâcheusement, cet air est à la limite du volcanique.

Bienheureux sont ceux à qui les appareils de climatisation offrent la faveur de s’emmitoufler ! Ah oui. J’oublie un détail. Pas si bienheureux que ça. Étant entendu que la vague de chaleur foudroyante, coïncide fort à propos avec une période de coupure d’électricité intensive.

À moins d’être équipés d’un groupe électrogène, ou de fonctionner à l’énergie solaire, tous sont plus ou moins logés à la même enseigne.

Comme du beurre au four

Est-ce donc ce que ressent le beurre quand on le fait fondre au bain-marie ? Sensation horrible entre toutes ! Par nature, je suis une personne qui ne sue pas des masses. Mais ces jours-ci, comment vous expliquer que je ne fais que ça ? Je suis passée en mode sudation ininterrompue.

Je suis en nage, pour peu que je ne fasse qu’envisager de me rendre d’une pièce à une autre. J’ai de la sueur jusque dans les globes oculaires (En passant, ça pique horriblement). Je fonds littéralement. Cette hypersudation à la limite du grotesque, a tôt fait d’étancher la soif inextinguible du soleil.

Une pensée pour les vendeurs ambulants

Vendeur ambulant
Vendeur ambulant – via iwaria https://iwaria.com/photo/NTYxMQ==

Et dire que sous cette cinglante chaleur, certaines personnes sont contraintes de sillonner la ville, marchandises sur la tête ou encombrants leurs bras, parfois bébé au dos, afin de gagner leur pitance ! Il est manifeste que si elles avaient eu le choix, elles s’en abstiendraient. J’aurais aimé jouir de la faculté d’améliorer leur quotidien. À défaut, je les salue bien bas.

Des douches à n’en plus finir

Combien de douches prenez-vous en une journée par ces temps de chaleur ? La seule réponse envisageable est la suivante : aussitôt une douche terminée, on ne fait que penser à la suivante, et ce jusqu’à ce que le jour ne s’éteigne.

Le fait que l’eau du robinet est elle-même « chaleur« , est assez révélateur. Rien d’étonnant à cela, étant donné que la tuyauterie est exposée à longueur de journée, à l’assaut de l’impitoyable soleil. Il ne nous reste plus qu’à mettre des glaçons dans les seaux, afin de tirer une vague sensation de fraîcheur de nos douches.

Vous avez dit laits corporels ?

Lait corporel
Lait corporel – Image par T Caesar de Pixabay

Je ne sais pas en ce qui vous concerne, mais mon auguste personne n’arrive tout simplement plus à trouver le courage de nourrir sa peau après la douche. A vous le jugement, à moi les conséquences.

J’ai essayé une fois. Je me suis retrouvée à en prendre une seconde, 15 minutes après la première. Et, ce fantasmagorique épisode s’est produit, une fois la nuit tombée, alors que la chaleur n’était plus à son summum. Vivement la fin de la canicule, pour que revive mon revêtement extérieur.

Le chic du mouchoir ou la commodité de la mini-serviette ?

Avant tout, je n’ai jamais adhéré à la pratique d’avoir recours à une serviette en public. Impeccable dans la vêture, ne saurait décemment être associé avec le fait de sortir une serviette, pour s’éponger le front. Merci, mais non merci. Toutefois, ces derniers jours me font considérer certaines actions à travers le prisme de la chaleur.

Chaleur, femme, désert
Femme sous la chaleur du désert : Image par Ivana Tomášková de Pixabay

Il faut dire que, lorsque l’on dégouline de partout, un mouchoir ne sert strictement à rien. Considérons que vos vêtements sont humides au point où la sueur trace des rigoles le long de vos jambes. De surcroît, cette sueur termine sa course en marre dans vos chaussures. Vous en êtes à vous demander à quel moment vous avez fait un plongeon dans une piscine à votre insu. Certainement que dans ces circonstances, un mouchoir ne vous sert strictement à rien. Quatre-vingt-dix-neuf mouchoirs, oui. Un seul relève d’une farce enfantine.

En fin de compte, je n’ai pas franchi le pas de la serviette. Néanmoins, je peux à présent contextualiser les mœurs de ceux dont le quotidien est fait de sudation excessive.

Quand fondent les bouteilles

Il y a quelques jours de cela, j’ai posé une bouteille d’eau vide sur le tableau de bord de la cabine d’un cargo. Pas de climatisation, mais les vitres étaient évidemment baissées. Quelle ne fut ma surprise de constater que la bouteille a en partie fondue quelques heures plus tard ! Vous vous rendez compte ? J’étais bouche bée. Peut-être en avez-vous déjà fait l’expérience. Moi pas. On en est là de chaleur.

Bouteille, chaleur
Bouteille fondue par la chaleur de Lomé – photo de moi

Inferno

Il fait réellement une chaleur infernale. Une amie m’a dit récemment, je cite : « Mais, qui a oublié de fermer la porte de l’enfer après y être entré ?« . Ça m’a littéralement fait partir en un rire hennissant. Infernale en effet.

De grâce, si vous connaissez cette personne, dites-lui que nous, population de Lomé, la conjurons genoux à terre, de refermer cette satanée porte ! Nous sommes prêts à y mettre le prix qu’il faut. Si rien n’est fait, cette chaleur aura notre peau.

Avez-vous des astuces pour rafraîchir nos journées et nos nuits ? Si oui, nous sommes preneurs.

Chaleur, eau, emoji, soif
Assoiffé sous une chaleur infernale : Image par Christian Dorn de Pixabay

Quant à moi, je bois des quantités astronomiques d’eau. Et, dès que j’aurai publié ce texte, j’irai planter une tente en bord de mer, de sorte à pouvoir piquer une tête à toute heure du jour comme de nuit. En sus de ces précautions, je fais circuler une pétition pour que soit refermée cette fichue porte. Signez-la lorsqu’elle passera par chez vous.

Pourvu que pour ceux d’entre vous qui vivez sous d’autres cieux, le soleil affiche un sourire moins carnassier.

PS : Ce matin, une pluie rafraîchissante a cinglé Lomé. Plaise au ciel que perdure sa fraîcheur !

Délivrance

Bain, femme
Une femme se baignant – via iwaria https://iwaria.com/photo/NjUzNQ==

* Tchoooo : interjection du mina (dialecte parlé à Lomé) pouvant exprimer toute une palette d’émotions en fonction du contexte. Ici, elle traduit la consternation.


Apprendre à aimer ce que j’aime déjà

Apprendre, continuer à apprendre. Jusqu’au point où il faille apprendre à aimer ce qu’on aime déjà.

Aujourd’hui, nous sommes le 27 février. Année de grâce 2024. Cela fera bientôt un an que je n’ai pas pris la plume. Ou du moins, que je n’ai pu rédiger un texte jusqu’à sa toute fin. Mon bloc-note est jonché de lambeaux de textes. Des textes commencés mais jamais achevés. Des bouts d’écrits naufragés qui gisent sur la grève, au milieu des galets chatoyants. Ces galets, voyez-vous, sont les vestiges du scintillement que fut mon intérieur, foisonnant d’une faune époustouflante d’idées et de mélismes en débauche.

Pour quelle raison ? Entre autres choses parce que je ne parviens plus à me concentrer. Mes pensées sont semblables à une poignée de sable, par une journée où le vent balaye une plaine en rafales impétueuses. Parfois, je leur cours après, essayant tant bien que mal, de les rabattre vers leur tanière. Mais, elles s’enfuient loin de moi, cravachant leur génie avec hargne. Tout, plutôt que me laisser les dompter.

Ce qu’il est advenu

Start, début, apprendre
Image par S K de Pixabay

Depuis un an et demi, je suis terriblement mal-en-point. J’ai fait la connaissance d’une maladie que rien ne me destinait à rencontrer. Cette superbe affliction m’a rendue méconnaissable en l’espace de trois mois. Si changée, que lorsque je me regarde dans un miroir, je me demande, non point qui je vois, mais ce que je vois. Je ne m’identifie pas à l’image que les surfaces réfléchissantes me renvoient. À l’intérieur de moi, je sais bien que c’est toujours moi. Moi, indéfiniment cabossée mais résiliente. Pourtant à l’extérieur, je passerai à côté de moi dans la rue, sans qu’une lueur de reconnaissance ne vienne illuminer mon regard.

Il se trouve que mon corps ne produit plus du cortisol. C’est une hormone produite par les glandes surrénales sous la guidance de l’hormone ACTH (Adrénocorticotrophine), elle-même produite par l’hypophyse située dans le cerveau. Peut-être la connaissez-vous sous l’appellation hormone du stress. Cette désignation est souvent usitée, parce qu’il rentre dans ses fonctions d’aider le corps à réguler le stress physique et émotionnel. Mais pas que.

Elle intervient dans énormément de fonctions vitales dans l’organisme. Notamment dans la régulation de la glycémie, dans le fonctionnement du système immunitaire, dans le métabolisme des graisses, dans le maintien des fonctions musculaires, et dans bien d’autres fonctions sur lesquelles je ne m’étendrai pas maintenant. Ailleurs, peut-être, possiblement, si j’y parviens un jour.

État clinique vs réalité biologique

Réalité clinique, réalité biologique
Image par Robin Higgins de Pixabay

Mon corps donc, ne produit plus du cortisol. Je souffre d’insuffisance surrénalienne. Biologiquement, je suis en hypocorticisme (Ou encore hypocortisolémie). Mais, contrairement à ce que la science en dit (du moins de ce que j’en sais), j’ai développé tous les symptômes d’une production excessive de cortisol, donc d’un hypercorticisme.

Comprenez que mes examens sanguins disent que je suis en hypocorticisme. Mais cliniquement, je suis frappée par la totalité des symptômes de l’hypercortisolémie. Dis simplement, cela signifie ceci : mon sang affirme que je suis dans le moins, là où mon physique et ma psychologie clament que je suis dans le plus. Cette partie de l’histoire est décoiffant de fond en comble.

Jusque là, aucun des médecins, docteurs, professeurs, et endocrinologues qui se sont penchés sur mon cas, n’ont été en mesure de me donner une explication claire et satisfaisante à cette troublante singularité.

Rare & tragique

Tragédie, questionnements
Image par John Hain de Pixabay

Je présente tous les symptômes du syndrôme de cushing à une ou deux exceptions près. Aussi bien les symptômes physiques que psychologiques. Nous parlons d’une maladie rare. De l’ordre de 1 à 10 nouveaux cas sur 1 million par an. J’ai touché le jackpot à plus d’un titre. Suivez le lien pour plus d’informations (pensez à faire le tour des onglets).

Nous sommes un réseau de nerfs et de cellules qui cohabitent ensemble. Dans les faits, ils sont conçus pour œuvrer simultanément. Mais, suite à une tragédie, la communication entre eux est coupée. Ils se retrouvent désœuvrés et esseulés, chacun essayant dans son coin de produire un résultat approximatif.

L’unique chose à faire est d’établir une communication médicamenteuse entre eux, en attendant le Miracle qui va les remettre en liaison. Et, comme espérer la simplicité est un vœu pieux, même ce pansement de fortune n’est pas exempt de complications. J’en parlerai peut-être.

Ce qui en a découlé

Conséquences
Image par Gerd Altmann de Pixabay

Le résultat de cette maladie, c’est que je me retrouve terriblement handicapée. Mon corps ne me reconnaît plus le droit de lui donner des ordres. Mon esprit lui, est semblable à un château qui émerge par intermittence des bras fantomatiques d’un brouillard épais.

J’ai voulu écrire une série de billets sur la question. Le comment, le pourquoi, le chambardement, les conséquences. J’ai fantasmé tirer la sonnette d’alarme, sensibiliser. J’ai désiré vous confier mon ressenti, mon corps à vif. Mon cœur déboussolé.

J’ai souhaité dire mon esprit en déroute dans un milieu où les faiblesses relatives à la psyché sont assimilées dans le meilleur des cas à un caprice, à une lubie. Ou encore à une excuse pour justifier la fainéantise. J’ai voulu donner voix à mon quotidien renversé. Dire les regards parfois intrusifs, mais le plus souvent fuyants, et l’incompréhension manifeste malgré les explications interminables.

En fin de compte, je ne suis parvenue à finaliser que deux billets. Et, en les relisant des mois après, j’ai vu l’emportement affleurer à chaque ligne. La causticité percer au détour de chaque ponctuation. Je ne m’en étais pas rendue compte en ce temps-là. Mais, maintenant que je prends du recul, ces deux textes exhalent des relents de sentiments secs et poussiéreux. L’effeuillage s’est avéré encore plus problématique que prévu. Je mets les liens ici, et encore ici.

Une période de transition

Apprendre, changement
Image par Gerd Altmann de Pixabay

Dans ma vie, il y a un avant 2022, et un après. Actuellement, je suis dans une période de transition. Je vais mieux. Je « désamplifie » tout doucement, et les maux infernaux, eux aussi refluent. Il y a quelques jours, je me suis réveillée en étant totalement lucide. Sur une échelle de 10, je me suis située autour de 8/8.5, là où je voguais dans les alentours de 0,5/2 sur 10.

Ceci étant dit, je ne m’étais pas rendue compte jusqu’à quel point j’étais dans le cirage durant ces derniers mois. Je n’avais pas évalué clairement le marasme dans lequel mon esprit végétait. Je peux à nouveau suivre avec une certaine précision le fil de mes pensées. Raisonner logiquement. Aligner plus de deux pensées qui ont du sens. J’émerge tout doucement de la léthargie et du déboussolement ; de l’apathie et de la confusion mentale ; de la prostration et de la grisaille qui ont été ma norme durant plus de 365 jours.

Si preuve il en faut, me voici en train de sculpter des lettres pour en faire des mots. Puis de ces mots, des phrases qui se veulent avoir un sens. Je l’espère du moins. Je n’évolue peut-être pas aussi vite que je le désire. Peut-être que mon esprit ne réagit pas vraiment au quart de tour. Il est possible que mon intellect soit sujet à plus d’un bug en essayant de suivre le tracé d’une réflexion. Il est probable que mon texte n’ait pas le panache de ceux auxquels j’ai auparavant donné le jour. Voire qu’il soit truffé de coquilles que mon esprit brumeux ne me permet pas de débusquer.

Mais, j’écris. J’écris ! Vous vous rendez compte ? J’écris. De toute évidence, ça m’avait manqué. D’aligner des mots juste pour le plaisir de me perdre dans leur ondoiement soyeux. Ça m’avait manqué. De laisser leur suavité caresser mon esprit. Et de vous convaincre de dévoyer votre for intérieur en ma compagnie. Vous m’avez manqué ! Et bien plus encore, je me suis manquée.

Apprendre à aimer

Livre, apprendre,
Livre ouvert – Image par Dariusz Sankowski de Pixabay

Dans les circonstances actuelles, j’en suis réduite à devoir apprendre à aimer ce que j’aime déjà. Il se pourrait que cette formulation soit pour le moins étrange. Mais, elle résume assez bien ma situation. En tout premier lieu, il me faut apprendre à aimer écrire. Acquérir à nouveau le désir de m’éblouir moi-même. Puis, m’atteler à vous courtiser avec empressement, à coup de saillies échevelées et d’envolées lyriques.

Ensuite, apprendre à aimer lire. Ça fait longtemps que je n’ai pu suivre le fil d’Ariane dans les méandres de l’esprit d’un bel écrivain. Tout au plus, me suis-je égarée dans l’antichambre de ses pensées. Lire, un des nombreux amours que j’ai temporairement perdus. Je suis aise d’avoir la grâce de pouvoir laisser « lire » me conquérir une fois de plus. Même si ça veut dire tout reprendre de zéro, et repasser par l’étape triviale du légendaire : « Quelle est ta couleur préférée ? »

En dernier lieu, apprendre à aimer la Moi qui se tiendra debout après que la poussière soit finalement retombée (Je vais t’aimer chérie. Je te le promets.)

PS : Si vous lisez ces lignes, c’est que j’ai réussi à poser un premier tout petit pas sur le chemin d’apprendre à aimer. Ça m’aura pris deux semaines. La date en début de texte sert à ça. Un repère.

Une féroce déferlante de soulagement me balaye de part en part. J’y suis arrivée.

De moi en pleine édification, à vous que j’espère solidement bâti, prenez soin de vous,

Délivrance.

Image par congerdesign de Pixabay


Dossier cortisol (2) : de l’autre côté du voile, leçons de vie

Des leçons se sont invitées dans le sillage de la prise de conscience que tout peut changer, et ce à une vitesse effarante. Ceux qui me connaissent un tant soit peu, ou qui m’ont approchée d’assez près, ceux qui prêtent l’oreille à mes divagations, vous diront ceci : J’ai l’habitude de dire que j’aime les situations d’urgence. (Si vous ne m’avez jamais entendu le dire, ne faites pas genre. Souvenez-vous-en avant de me faire un retour. Vous n’allez pas apprécier ma réponse). Rien de tel que ces moments pour être focus. Posons des bases sûres avant les gros bails. Hahaha.
Leçons
Leçons de vie – via canva

Focus, pas dispersée

Dans ces instants, je vois clair. Ma vision est nette, tranchante. Acérée. En d’autres termes, je ne m’éparpille pas. Je suis dans le moment. La version ultime de la concentration. Sans penser à rien d’autre. Que le monde s’effondre donc ! Je le dis toujours, c’est dans ces moments-là qu’on grandit. Que moi je grandis en tout cas. J’aimerais pouvoir vivre en situation d’urgence h24. C’est dire ! Oui, c’est usant. Cependant, ça n’a que du bon. (J’ai dit ça ? Le cortisol a bouffé ma cervelle. Clairement #Grimaces :)). On en ressort avec des tas de leçons plein sa besace.

Eh bien, en matière de situation d’urgence, j’ai été (et je suis) servie ! (#Double Grimaces anthracite). Impeccable le service avec ça en plus. Skinny m’a fait ça bien comme il faut. Héhéhé

Focus_guépard_leçons
Focus – Image par Nick de Pixabay

Premières leçons à l’intention d’une skinny qui a été (Mais, on se calme. Je reviens.)

Première d’une longue liste de leçons : ne jamais juger sans savoir. Sans aucun doute, les gens en surpoids ne sont pas que des gens en surpoids. Les gens en surpoids ne sont pas que des gens qui se laissent aller. Cette dame en surpoids n’est pas qu’une femme qui se néglige. Ce monsieur en surpoids n’est pas qu’un flemmard ou un bon viveur.

Les personnes avec un physique différent et/ou marqué ne sont pas que ça. Chaque personne a son histoire que vous -que nous- ne connaissons pas. Chaque vergeture, chaque zébrure, chaque bourrelet, chaque détail qui vous perturbe voire vous rebute sur un physique, raconte une histoire.

A défaut de nous être contée, elle nous échappe complètement. Et même là, nous naviguons en plein ouï-dire. On m’a dit que. C’est elle qui le dit. Il paraît que. Vous savez, le fameux Obé*. Éyé gbloin bé*. (Pourquoi ça me rappelle un bon yébésséssi* avec poissons fumés, une bonne pintade fondante qui dégage un fumet de feu de bois de huuummmmmmm, et un bon amã koumin* ? Je m’égare sévèrement là 🤣)

Leçons tome 2 à une skinny qui parlait sans savoir

Ne plus me laisser entraîner dans des discussions où on casse du sucre sur le dos de personnes en surpoids. Spécifiquement de personnes de mon âge. Parce qu’elles ne prennent prétendument pas assez soin d’elles-mêmes. Parce qu’avancer en âge n’est pas une excuse pour se négliger. Ah oui, je vous l’ai dit, des leçons en veux-tu, en voilà.

Ou pire encore, initier des conversations du genre. Faire étalage de non-savoir. Montrer toute l’étendue du je-parle-sans-savoir. Se vautrer dans une bêtise sans nom, en pensant être le must du must. Tenir des propos blessants en toute abêtissante bonne foi. En dépit de mes mots durs, ce n’en est pas moins une vérité que j’énonce.

Leçons_ se taire
Leçons, se taire – Image par Egonetix_xyz de Pixabay

Évidemment, l’intention du « plus jamais » est noble. Mais, je me connais. Je suis une humaine plus humaine que les humains. Eh oui. Même moi, je ne viens pas d’Alpha Centauri dit Alpha du Centaure. En conséquence, il reste à savoir si je vais m’y tenir. Il serait affligeant de redevenir skinny, et de replonger dans certains travers. On essaye au moins ? Certaines leçons apprises à coups de poings ne s’oublient heureusement pas si vite.

Autres leçons à une skinny en « re » devenir

Voir une personne en surpoids manger et se dire : elle mange encore ? Niet. Comprenez ceci : Parfois, l’énergie est tellement en roue libre qu’on est obligé de se sustenter. Je répète : Obligé. O-b-l-i-g-é. L’énergie est en mode cavalier solitaire. Elle se passe poliment, mais sèchement de compagnie. En ce moment même où je peaufine ce billet, j’ai la tête qui tourne et mes pensées sont dispersées comme pas permis. Mon énergie joue à un déroutant yoyo.

L’acte même de se nourrir te rebute. Pas dans un registre anorexie mentale. Plus dans celui Ma gba dounou kéa ? *. Mais, pas moyen de faire autrement. Pour avoir essayé, je parle en connaissance de cause. On perd absolument tout contrôle. Votre corps ne vous appartient plus. Votre esprit est en déroute. J’ai découvert que dans ces moments-là, ne pas manger, c’est planter un clou dans son cercueil. Un de plus, ai-je envie d’ajouter.

Je sais que vous ne pouvez pas réellement comprendre ce que je dis, à moins de l’avoir expérimenté. Néanmoins, je peux essayer de vous provoquer un début de réflexion profonde.

Quand ce cher corps n’en fait qu’à sa tête

Les émetteurs du corps transmettent des informations fausses. Mauvaises et dangereuses en plus de ça. Tu lui donnes à ce carissime corps de l’énergie qu’il ne dépense pas. Il se dépêche de stocker tout ce que tu lui offres de bon cœur, comme un immense Picsou du gras. Derrière, il se précipite pour te dire « Si tu ne m’en donnes pas plus tout de suite, je te lâche illico ».

Ce n’est pas une affaire de crâner en mode « je résiste ». Ici, on ne joue pas à qui pisse le plus loin. On n’exhibe pas ses biscoteaux. Le corps te lâche vraiment si tu oses. Ce n’est pas une menace. Il est juste convaincu du bien fondé de son action. Il le fait pour te venir en aide.

Ce bon vieux vaisseau dans lequel tu es confiné, t’avertit juste avant de passer à l’action. Mauvais stimuli, dysfonctionnement hormonal, dérèglement de ceci, mauvais fonctionnement de tels organes. Tant que le problème n’est pas réglé, vous êtes en plein statut quo.

Alors, cette personne que vos yeux identifient comme continuant de s’empiffrer alors qu’étant en surpoids évident, mange. Pour compenser le déficit énergétique. Et vous, eh bien vous condamnez.

Système endocrinien_santé
Système endocrinien – Image par Mary Pahlke de Pixabay

Ceci dit, en listant les dysfonctionnements, je ne prétends pas couvrir le champ des possibles. Je me cantonne à une situation précise. Ça peut être ça, comme ça peut être dix mille autres choses. Ça peut aussi vraiment être une personne qui ne prend pas soin d’elle.

Et puis, il y a ceux qui sont de bons viveurs. Ceux qui aiment leur corps tel qu’il est. Ils s’en contrefichent d’être skinny. On nous remercie bien pour nos avis et préférences. Mais, ils n’en ont rien à fiche. Alors dans le doute, s’abstenir de juger.

Skinny n’est pas toute la chose

Certaines personnes aiment avoir des rondeurs. Ce que d’aucuns qualifieraient de replis de chair superflus et peu esthétiques, voire disgracieux. Et pourtant, tant que ces personnes sont en bonne santé, il ne nous appartient pas de prononcer une sentence à propos de leur apparence physique. On.se.la.boucle.

Ce n’est pas parce que j’aime skinny, que je dois imposer ce diktat à la terre habitée toute entière. Mon droit de vouloir être skinny, son droit de ne pas vouloir l’être.

Guerrière_skinny_leçons
Magnifique guerrière pas skinny – Image par Kyra Starr de Pixabay

Attention ! Ça ne veut pas pour autant dire de nous laisser aller à faire n’importe quoi. Nous n’avons qu’un seul vaisseau avec lequel nous menons à bien notre mission terrestre. Ça aussi, je le répète souvent. On ne va pas le changer en cours de route, ce vaisseau.

So, on en prend soin. Oui, rien à fiche des autres. Skinny ou pas skinny, pourvu qu’on en prenne soin de ce corps cependant. Le surpoids, voire l’obésité, sans problème de santé sous-jacent, m’wè gobi o!*

Soyons très clair : je ne cautionne pas l’obésité gratuite ! Adipeux jusqu’à plus soif. C’est entre autres choses peu ragoûtantes, s’exposer à des problèmes dont on peut se passer en faisant un peu plus attention.

Voici ce que j’ai découvert : Skinny n’est pas toute la chose. Les formes qui affolent les sens et dérèglent les cervelles les mieux faites ne le sont pas. Les rondeurs gracieuses ou disgracieuses – selon le point de vue – ne le sont pas. Par contre la santé l’est. Définitivement. Toute la chose. Tu parles d’une découverte.

Santé_leçons
Danse symbole de santé – Image par Gerd Altmann de Pixabay

A vous, très empressées seigneuries

Si seulement tout ce délirant délire ne se résume qu’à une simple affaire de prise de poids, je m’estimerais carrément privilégiée, on va dire. Je m’en accommoderais au mieux. (On est d’accord que sur ce coup-ci, je mens comme une arracheuse de dents. Mais faites-moi la faveur de faire semblant de me croire :))

Il n’empêche que ce serait plus gérable. Qui l’eût cru ? Mais, oh si seulement ! Vous pensiez que si n’est-ce pas ? C’est juste une simple question de prise de poids voyons. Toujours prompts à sauter aux conclusions hâtives hein. (Maintenant, je vous autorise à prétendre vous leurrez en vous convainquant que vous me connaissez siiiii bien ! Bande de pieds nickelés, comme dirait mon père. Hahaha. Hey dad 😉 )

Eh bien, figurez-vous, s’il plaît à vos très empressées seigneuries de m’en laisser placer une, que non. En résumé, les manifestations physiques ne sont que la marque des doigts que vous voyez sur la joue de la femme que son mari a giflé. Entre autres, vous ne savez rien de la brûlure qu’elle ressent, ni des possibles dommages internes.

Oui, vous avez déjà reçu une gifle. Mais, j’ai sur les lèvres au moins dix vices de formes qui vous renverraient de suite dans les cordes. En plus, la détresse mentale vous échappe complètement.

Tout le bazar dans mon corps, tout ce que vos yeux ne peuvent percevoir, toute cette … Imaginez-moi faire des mouvements désordonnés et peu élégants avec mes mains…

Et ça ! On en parle. Go cortisol.

Leçons _santé
leçons sur la santé – canva

Et pour ne pas partir totalement paumé, lexique pour enrichir votre vocabulaire 🙂

*Ma gba dounou kéa ? : En mina, dialecte de Lomé-Togo, ça veut dire littéralement : Je vais encore manger ?

*M’wè gobi o ! : Argot from Lomé, qui veut dire : ça ne le fait pas du tout !

*Obé : Toujours du mina, comprendre : On a dit que. Ou encore : Il paraît que.

*Éyé gbloin bé : Encore du mina, C’est lui/elle qui l’a dit.

* yébésséssi : sauce Togo made, à base de tomates, oignons, piments + assaisonnements diverses.

* amã koumin : pâte à base de farine de maïs fermentée.


Dossier cortisol (1) : Être skinny, de l’autre côté du voile

J’ai toujours été ce qu’on appelle skinny. Avec le recul, je réalise que sans m’en rendre compte, j’étais d’une certaine manière, un peu obsédée par la minceur. Je souffrais possiblement d’une certaine forme de dysmorphophobie. Une forme mineure probablement. Mais quand même. Parce que ce n’était jamais assez. Je me trouvais toujours trop ceci. Ou pas assez cela. Et encore très ceci-cela.
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Femme noire skinny : Image par HANSUAN FABREGAS de Pixabay

Mais aujourd’hui, je pense pouvoir dire que j’étais vraiment skinny. J’aime être mince. Skinny est toute la chose. La société qui nous conditionne si allègrement, y est sûrement pour quelque chose. Mais, au-delà de ça, je trouve le rendu beau. Plus encore, ça me convient parfaitement.

Transiter de skinny vers moins skinny

Et puis il y a quelque temps, j’ai commencé à ne plus l’être, skinny. C’est venu tout doucement d’abord. J’ai commencé à avoir des joues. Rien de nouveau sous le soleil. La propension à prendre du gras dans ces régions-là, se trouve inscrit dans mon code génétique.

Comme de bien entendu, beaucoup de ces chers gens que ça ne regardait en rien, trouvait ça trop marrant. « Oh les jolies joues que voici ! ». Toutefois, je ne suis plus une enfant à qui on fait des poutous. Surpris hein. Vous m’entendez lever les yeux au ciel ?

Ces trucs m’ont toujours agacée comme jamais. Mais qu’est-ce que je leur en aurais collé une ! Je suis fort chagrin de reconnaître que je ne l’ai pas fait. A tous les coups, ça aurait été un défouloir des plus agréables.

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Fillette joufflue : Image par Angela Rose de Pixabay

Au fil des semaines, j’ai commencé à changer. Mes vêtements rapetissaient. Un mauvais garnement s’amusait à les repriser durant la nuit. Le lendemain, je me retrouvais avec des vêtements absolument importables. Rétrécis de 2 tailles. Mon physique était toujours assez … mignon, dirons-nous (le politiquement correct les amis, le politiquement correct peut vous sauver les miches en temps de crise ! ). Mais ça commençait à ne plus le faire.

Déjà que je ne suis définitivement pas une grosse mangeuse, je me suis mise à surveiller ma nourriture. A faire plus de sport. Les HIIT (High Intensity Interval Training ou Entraînements fractionnés de haute intensité) se sont invités avec une plus grande fougue dans mon quotidien. Rien n’y a fait. Skinny se dérobait telle une amante capricieuse. Ou une savonnette glissante. Faites votre choix.

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Sportive : Image par Iulian Mindrila de Pixabay

Gaffe à vos réflexions !

J’ai eu droit à florilège de réflexions désagréables. « Tu grossis hein ». Mine de rien, ces mots sont bourrés d’une malveillante jubilation. Ne vous-y trompez pas. La formulation se veut polissée. D’un autre côté, le tempo est insidieux. L’intention derrière est souvent détectable. (Souvent étant mis pour le bémol. Parfois, c’est juste une réflexion faite sans vraiment y penser. Ou une personne qui s’inquiète vraiment pour vous, mais d’une façon un peu maladroite).

Dans tous les cas, il est probable que votre vis-à-vis perçoive ces mots comme une agression. Tout est fonction de si cette prise de poids que vous soulignez si peu délicatement, est désirée ou non. Appréciée ou pas.

Je les ai ainsi perçus. « Maintenant, tu es plus grosse que moi ». « Mais, je ne fais que dire ce que je vois oo ». Ah. Évidemment, moi je ne vois pas. Donc, j’ai besoin de votre empressée contribution.

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Agacement : Image par Yadira Jimenez de Pixabay

Tout le monde a vu ce qu’il a bien voulu voir. Mon ressenti à moi, on n’en a rien à fiche.

Certains se réjouissaient. Si, si. Skinny-Del n’est plus. Vive Del ! D’autres m’en ont tenue pour personnellement responsable. Étant entendu que si elle grossit, c’est qu’elle n’en fait pas assez. En contraste, d’autres encore trouvaient ça trop génial, ma nouvelle forme. Et ils ont tous superbement manqué de voir que quelque chose allait de travers.

Cependant, j’essaie de ne pas trop leur en vouloir (En vrai, à ce stade, je ne leur en veux plus. Ça m’amuse d’observer leur gêne manifeste, et leur souffreteux repentir). Après tout, même moi, j’ai manqué l’éléphant maousse assis au milieu du corridor. Je ne m’étais pas rendue compte dans les 10 premières minutes, que c’est plus que ça : un simple passage de skinny à moins skinny.

Je le vivais mal, parbleu ! Bien évidemment que oui que je le vivais mal ! Néanmoins, le tout est de maîtriser l’art de savoir vivre planqué en public. De toute façon, je n’ai pas eu le choix. Les dés étaient pipés.

Je ne me suis pas gênée pour rabattre les caquets rabattables à tour de bras. J’ai composé avec les inrabattables. Et, j’ai continué mon bonhomme de vie. En outre, 2022 a été compliqué. Les répercussions étaient presque minimes en comparaison.

Des mots réconfortants

Mais, des fêlures dont je n’étais pas consciente se faisaient sûrement voir dans ma carapace. Une personne que j’affectionne éminemment, et qui ne ratait jamais l’occasion de me dire son affection pour mon tout nouveau physique, m’a un jour écrit : « Je te trouve très bien comme tu es. Mais je vois que tu en souffres. J’espère que tu vas retrouver la skinny-toi que tu aimes tant, et bien aller ». En gros. Les mots-clés étant « que tu en souffres« .

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Skinny en souffrance : Image par Myriam de Pixabay

Ce n’était pas encore de l’ordre du dramatique. Mais oui, j’en souffrais. Ça m’a touchée. Une personne autre que la Vert-dans-sa-verdure et J’aime (noms de code pour les deux autres moi qui arpentent la planète terre) voit ! Regarde au-delà des apparences. Il faut dire que j’étais quand même un peu catastrophée. Pas si opaque que ça finalement, la Délivrance.

Mais ça m’a touchée. Ça m’a réchauffée. Tout comme ces mots de mon neveu, en parlant des changements intervenus sur mon physique. « Ma tatie, de temps en temps, il est bien de changer de vêtements ». Ah ! Je vous souhaite vivement d’être entouré de ce type de personnes du genre humain.

Collision

Et puis, ça a dégénéré si vite que je me suis pris un vent épique. Un matin, je me suis vue dans un miroir, et je ne me suis plus reconnue. Skinny est à conjuguer au passé.

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Surpoids : Image par Clker-Free-Vector-Images de Pixabay

Imaginez-vous cette femme bien en chair dont la simple pensée vous fait vous contorsionner d’aise. Ça fait des semaines que vous n’avez pas serré son ample poitrine contre la vôtre. Maintenant, vous avez un problème. Elle est là. En train de foncer sur vous.

Vous êtes censé la réceptionner en plein vol, un peu comme dans les films romantiques. De l’amour que vous lui portez, point de doute à avoir. Mais vous avez peur de ce qui pourrait se produire, quand elle sera à portée de vos mains avides.

Eh bien moi, je n’en voulais pas de cette étreinte. Je ne l’aimais pas. J’abhorre tout ce gras. Je voulais skinny, alors peut-être ai-je joué à l’autruche ? Enlevant quelques tours de taille à ma dulcinée ? Il ne me semble pas. Je n’ai juste rien vu venir. Je me suis simplement retrouvée aplatie au sol par la dame, sans savoir comment je me suis retrouvée là.

Dégringolade

Qui est-ce, cette personne limite difforme qui me regarde ? Quelle est cette personne qui bouge quand je fais mouvoir mes membres ? Qui sourit quand je sens les encoignures de mes lèvres se plisser ? Moi ? Délivrance ? Non, pas moi. Cela ne se peut. Je suis skinny. Physiquement, ça m’a toujours définie en grande partie. Mais, il semblerait que je ne le sois plus. Tout s’est passé à une vitesse ahurissante. Ça a été, c’est, limite traumatisant.

Des tas de kilos de gras et d’interminables visites chez médecin, docteur, professeur, – et quelques rencontres avec des appareils rébarbatifs et peu sympathiques – plus tard, je viens raconter mon histoire. En cours de rédaction, et non encore achevée. L’histoire d’une « il était une fois skinny » qui a franchie le voile.

J’en reviens un pas après l’autre. Et comment que j’en reviens ! Je n’ai certes pas l’intention de faire de ces lointaines contrées une résidence permanente. Mais, je peux relater de première main ce qui se passe ailleurs. Pour y avoir été. Pour y être toujours, je mets bas les masques sur ce qui se passe sous le litsam.

Je suis partie pour une série de billets en fonction de là où l’inspiration me conduira. Plus important encore, de là où mon esprit coquet pourra survivre à un effeuillage qui s’annonce douloureux. A une mise à nue qui se profile lancinante.

Là où tout ce bazar a commencé ? Une hormone avec une fort jolie dénomination : le cortisol.


Joie

Joie étymologie : Du latin gaudia, pluriel de gaudium, pris pour un féminin singulier en latin populaire. goie. Sentiment de bonheur, de satisfaction vive et intense.
Joie synonymes : Contentement, aise, plaisir des sens, volupté, exaltation, ivresse, jubilation, ravissement.

Sa joie & Elle

Elle ressent un curieux chatouillis au creux de sa poitrine. Comme si mille papillons se sont brusquement mis à battre indolemment de leurs splendides ailes chamarrées, en une rythmique séculaire au son de quelques battements connus d’eux seuls. 

Leurs ailettes éthérées effleurent délicatement les flancs de son cœur, tel le déploiement d’un splendide ouvrage arachnéen. En une lente et douce caresse qui l’invite à s’ouvrir à plus. Qui la supplie de ne pas se fermer à cette invite discrète et pourtant si brillante.

Elle veut résister. Elle le veut vraiment. Elle résiste très fort. Ce n’est ni le lieu, ni le moment pour se livrer à de pareils débordements. Mais, ses lèvres s’ouvrent à leur corps défendant. Son rire cascade en déferlantes luxuriantes qui balaient tout sur leurs passages. 

Elle sait que son visage est transfiguré. Elle sait que les couinements que sa gorge laissent échapper, ne sont en rien comparables aux cloches cristallines, que vantent les écrits encensant la perfection de femmes, qui peut-être n’ont jamais foulé cette terre. Son esprit examine cette pensée un instant. Rire cristallin. Cela ne fait que la réjouir davantage.

Elle sait que si elle se tourne vers le hideux miroir qui trône dans l’entrée, elle tiendrait plus de la tant crainte Karaba que de la gracile Raiponce. Une joie vrombissante et sans fioritures. Une joie vraie et sans apprêt. Elle a conscience du regard curieux de ses vis-à-vis. Elle sait à quel point son accès de joie est déplacé.

Mais, elle ne peut la contenir. Cette joie qui comme mille cymbales harmoniques, s’échappent d’elle par vagues suffisamment puissantes, pour lever la grisaille de cette journée dédiée à la tristesse, à la conscience de notre mortalité et au repentir.

La joie lui fait cet effet. Étrange moment pour retrouver ce fourmillement euphorique. De la joie qui joue de son corps, comme d’une cornemuse aux accords de paradis.

Celui qui observe la joie

Je l’observe. A un battement de pouls près, je peux percevoir la tierce précise où son humeur change. Les visages graves autour d’elle ne semblent plus l’affecter ex abrupto. Ses yeux chagrins, moroses – ou plutôt revêtus du voile pudique de la morosité pour l’occasion – se sont mis à briller. Une mini supernova.

Je ne vois rien autour de nous qui puisse expliquer ce changement. Toujours est-il que d’une certaine manière, pour une certaine raison, ses yeux se sont mis à scintiller. Son visage se métamorphose. Je sens venir une catastrophe aux proportions épiques. Pas ici. Pas à la célébration, certes tristoune, d’une vie qui s’est consumée. Que peut-il y avoir de si hilarant qui fasse lâcher la bride à la retenue de mise en de pareilles circonstances ?

Ses lèvres s’ourlent d’un délicieux sourire. Ses cils battent une fois. Deux fois. Puis frénétiquement, comme si elle essayait à la fois de contenir l’ange qui lui chuchote de ne rien laisser ternir sa joie, et le démon qui ne demande qu’à examiner les dégâts que vont irrémédiablement causer ce qu’il l’incite à faire.

« Laisse la joie te marquer de son doux baiser », lui dit l’ange. « Lâche la bride à la douce folie qui te consume », lui dit le démon. Ses chances de résister à une telle association sont minces. Qui le pourrait ?

Sa poitrine se soulève fortement. Ses bras se couvrent de chair de poule. Et elle s’éparpille en un rire aux accents de clochettes. Aussi  racée que du nacre. Sa joie déborde en remous indisciplinés. Elle se tient le côté, tellement elle rit fort. Des larmes dégoulinent sur le vallonnement de ses joues. Son voilage de soie noir se met légèrement de travers. Ses dents de bonheur sont exposées face au monde. Elle rit. Sa joie est pure. 

Une onde de choc balaie la salle. Les murmures feutrés deviennent des filets arides, se taisent. Mute. On n’entend qu’elle. Sa joie. On ne voit qu’elle. Sa joie. On ne ressent qu’elle. Sa joie. 

Et sa joie n’en a cure. Sa joie rit. Elle resplendit. Sa joie chatoye. 

Je n’ai jamais rien vu d’aussi ridicule de toute ma vie. J’ai rarement vu quelque chose de si peu approprié. Pourtant, jamais vision n’a autant transfiguré mon esprit que celui de cette authentique joie.

Là d’où est venue la joie

Je sens des bulles aériennes se former depuis les niches secrètes en mon sein. Elles remontent mon oesophage à toute allure. Elles chatouillent mon palais, ma langue et mes lèvres. Elles menacent de sortir. Elles veulent sortir. Je les sens légères, douces & colorées à l’arrière de mes lèvres. Elles se disputent gentiment le privilège d’être la première à s’élever vers les cieux. Libres de toute entrave.

 Je ne peux leur refuser le passage. J’éclate en un rire sonore et disgracieux. Ma joie éclabousse les murs et les voilettes guindées qui m’entourent. Mon rire réveille en sursaut mon cœur somnolent. Au fond de mes yeux se sont réfugiés les flammes chaleureuses du flamboyant crépuscule.

Ça faisait très longtemps que je n’avais pas ressenti cette émotion aussi brute de décoffrage. Il aurait juste fallu d’un beau souvenir.

Une pulsion trop forte. Incontrôlée. Joie. 


Perte et compassion

J’ai rarement autant expérimenté la force du mot « Perte ». J’ai rarement autant eu le blues. Je me rends compte que je n’ai jamais réellement été percutée par la force des émotions que véhiculent les mots : « Je me sens… vide » avant cet instant.

Malgré tout ce par quoi je suis passée, tout ce que j’ai vécu et expérimenté, tout ce que j’ai perdu, ce vide est venu par un canal qui ne me touche ni de près, ni de loin. Ni même de plus loin que ça. Peut-être est-ce justement ça. Ici et maintenant, je n’ai pas besoin d’être forte.

Perte
Perte – Via Canva

Sa perte

Je peux juste laisser le ressac de la perte d’autrui me balayer par vagues furieuses. Je peux juste laisser une perte qui n’est pas mienne, me mettre la tête sous l’eau. Je n’ai pas à prétendre être un roc immuable. Je peux laisser les torrents me malmener tout leur saoul. Laisser les rochers abrupts m’écorcher, un pan de chair après l’autre, jusqu’à ce que mon cœur soit des lambeaux de chagrin en tourmente.

Séparation définitive

Tout est parti de ce billet que j’ai lu il y a quelques minutes. Des mots tellement poignants. Si bien choisis. Des mots sans fioritures inutiles, mais qui exsudent la douleur et qui parlent de tragédie. Je me retrouve embarquée dans une perte qui n’est pas la mienne.

Et au moment où j’écris ces lignes, je ressens un vide énorme à l’intérieur de moi. C’est comme si quelqu’un m’avait violemment arraché quelque chose à l’intérieur de la poitrine. Et qu’on me demandait ensuite, de vivre sans.

Soucaneau Gabriel – Quête de liberté

Comment ces mots peuvent-ils avoir autant de pouvoir sur moi ? Des phrases parlant de la brûlure d’une séparation définitive et irrémédiable, j’en ai lu des tas et des tas. Des séparations définitives et irrémédiables, j’en ai personnellement expérimenté le cinglant fouet, jusqu’à ce que ma chair se déchire et que mon cœur en ressorte haché.

Qu’ont ces mots de si particulier, qu’ils me happent et m’aspirent dans un vortex sans fin où tout n’est que Solitude, Larmes et Contemplation muette ? Perte. Compassion. Étendue désolée. Je le plains. Je plains cet inconnu triste et solitaire. Je suis solidaire de sa perte. La compassion me balaie comme un raz-de-marée.

Je comprends, je compatis

J’aimerais le serrer contre mon cœur, lui caresser les cheveux, et lui promettre que tout ira bien. Une promesse que je sais ne pouvoir tenir. Je prononcerai ces mots malgré tout. Je veux essuyer ses larmes, lui faire à manger et le border dans son lit.

Un si grand élan du cœur pour un inconnu. Un trou noir s’est créé au centre de mon être qui n’a cessé de grandir depuis que j’ai lu ces mots. Ces mots par lesquels il déverse son cœur, sa détresse, son mal-être, son incompréhension et la violence du choc qu’il a subi.

Quand à la fin de la journée, je n’ai plus de réunions, plus d’appels, plus de rencontres, dans l’obscurité de ma chambre, je laisse les larmes couler.

Il y a tellement de choses que je n’ai pas eu le temps de lui dire.

Soucaneau Gabriel – Quête de liberté

Je commence à avoir froid. Enfiler un pull n’y change que peu de choses. Ses mots, je me les suis appropriés. Sa douleur et sa perte sont devenues miennes. Je suis une éponge qui se gorge d’une eau aux relents de stagnation.

Alors, j’écris pour m’en débarrasser. J’écris pour remettre le compteur à zéro. J’écris pour expulser ce qui n’est pas à moi, et qui pourtant alourdi ma besace. Le plaindre certes, mais garder mes distances émotionnelles par rapport à sa perte. L’encourager plutôt que de sombrer avec lui. J’ai du mal à ne pas laisser sa perte me dévaster. Mes doigts virevoltent sur le clavier. Mon cœur se déverse dans les mots.

De mon cœur au sien

Perte & Compassion
Perte et Compassion – via Canva

Cher Monsieur,

Nous ne nous connaissons pas. J’ai lu votre texte sur le deuil via la plateforme commune que nous utilisons. Il m’a infiniment parlé. Votre détresse est si palpable à travers vos mots que je n’ai pu m’empêcher de vous écrire.

Si vous me permettez, perdre un être cher, c’est comme être amputé d’un membre. Il ne repousse jamais. Par contre la sensation fantôme perdure. Parfois, on essaye de se servir de ce membre machinalement sans y penser. Parce qu’il a toujours été là où il devait être, jusqu’à ce qu’il n’y soit plus. Et on se souvient avec un temps de recul qu’il n’est plus là.

Ça m’a fait cet effet à moi. Mais, on vit avec. Ou plutôt, on apprend à vivre avec. On accepte ce sur quoi on n’a pas de prise. Vous ne guérirez pas complètement, mais la plaie ne sera pas indéfiniment à vif. Elle cicatrisera même.

Personne ne comprend vraiment. Et comme vous l’avez souligné, chacun le vit à sa manière. Ça prendra le temps que ça prendra. Mais, je vous souhaite de parvenir à redresser la tête. Je m’excuse de m’octroyer le droit de vous envoyer cette note. En espérant qu’elle vous trouvera bien portant.

Encore une fois, toute ma sympathie.

Signé : Moi

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Sourire de Duchenne : ces cinq choses qui me font le dégainer

Sourire
Sourire – via canva
Quand nous vivons des vies aussi absurdement stressantes que les nôtres (sauf si les vôtres ne le sont pas – ô les chanceux que voici !), dans un monde aussi stressant que celui dans lequel nous vivons (sauf si vous avez devancé Elon Musk sur Mars – mais alors trop de chance les gars!-), tous les petits plaisirs et le sourire sont bons à prendre, qu’il soit ou non doté de fossettes aussi altières et éphémères que le rayonnement d’une étoile filante. (Oui, je sais que la phrase est longue, mais nous sommes en 2023. Faites un effort voyons ! Y a pas que les images et les vidéos dans la vie).


Cinq minutes piochées ici et là, qui vous font souffler, sourire, inspirer profondément, et expirer. De quoi vous armer de courage avant de plonger de nouveau dans la mêlée. Et quelle mêlée mes aïeux ! (Essayez de lire cette phrase en scandant les mots. C’est ainsi que je les perçois dans mon esprit en écrivant. C’est toute une histoire 🙂 ) Ces minutes sont précieuses et appréciables. Sinon, on a tôt fait de devenir chèvre. Vous savez, comme le bovidé que vous avez l’indélicatesse de raffoler rôti au four.


Je fais ici une liste mini de ces choses qui me font marquer une pause, et exhiber mon sourire de Duchenne. The sourire. Celui qui va au-delà de la forme attirante des lèvres. Le sourire de duchenne est celui qui, depuis le fond des yeux nous fait voir la brillance créée par des émotions positives, qui laisse deviner la sincérité. Le regard ne fuit pas et étreint en profondeur.

Un peu de légèreté pour commencer l’année (déjà bien entamée, hein l’année) en beauté.  Si vous n’avez jamais essayé, foncez ! M’enfin, il est vrai que certains seraient un peu … comment dire ?… difficile à tester pour le mâle virile shooté à la testostérone.



1- Le wangash.


Du vrai please!
Pas cette mangeaille insipide faite avec je-ne-sais-quel-lait horrible, et qui s’effrite sous la dent. Non. Je parle de ce joyau à la rencontre duquel la dent s’avance avec une délicieuse anticipation. Celui dans lequel elle s’enfonce avec ravissement, en se disant : « Hummm! Yummy. »

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Du mangas : Crédit photo – Rhosta Wangash Lomé-Togo avec leur aimable accord


Pour les non-initiés (Je ne vois vraiment pas comment une telle chose serait possible. Mais bon. On ne sait jamais. Toutes sortes de zozos traînent dans le coin. En même temps, tout le monde ne vit pas au Togo ou sur la côte ouest de l’Afrique. Ou encore dans des ailleurs où ils sont assez futés pour en consommer. Ce serait la seule excuse recevable d’ailleurs), le wangash est un fromage fait à base de lait de vache. Certains diraient que ce n’est pas très digeste pour un corps adulte, vu que le lait lui-même prête à polémique.

Mais. Mais, quand vient le moment d’en manger, quand mes narines perçoivent la délicieuse odeur absolument licencieuse de ce mets de choix, toutes les autres considérations passent par pertes et profits. Je fonce dessus avant même que la partie consciente de mon cerveau ne me dise : « As-tu eu la courtoisie de demander à qui ça appartient ?». Oupsi. A ce stade, j’en ai déjà dévoré 4 morceaux avec un grand sourire béatement ridicule de contentement.

Vous l’aurez compris, j’aime le wangash. Si vous passez par Lomé, faites un tour à Rhosta Wangash. Ils en font le genre qui fait sortir un brave de sous les draps en pleine nuit, pour contenter sa tendre épouse qui attend un enfançon. Ai-je besoin d’expliciter que c’est un vrai délice ?

A cette étape de ma liste, je rajoute les seiches et les calamars. Et purée ! Mais qu’est-ce que c’est bon ! Sérieusement les amis. Cet instant de félicité absolue, où les dents entrent en contact avec cette tendre chair. Où ce goût exquis explose sur les papilles, comme mille merveilles d’antan perdues, et retrouvées dans mon assiette. Tout mon corps se relâche. J’inspire, j’expire, je m’adresse un léger sourire à moi-même. Et pendant une fraction de seconde, le monde se délite en mille supernovae tournoyantes. Un petit moment de détente et de plaisir absolu.

Seiches : Image par a226622663 de Pixabay

Ah. N’oublions surtout pas les crevettes. Il m’arrive de penser : « Un rayon de sourire s’est invité dans mon assiette. » #SoupirsDeBien-Etre



2- Les accessoires pour cheveux

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Serre-tête ou Bibi ? – photo by me

Je porte les cheveux crépus, (No sir. Ils ne sont pas rêches et pénibles à coiffer. On en reparle bientôt ?).

On n’en a jamais assez de ces accessoires ! Des pinces, des rachels (bah ouais, des ornements pour cheveux ont apparemment des noms de femme. A moins que ce ne soit plutôt qu’une femme s’est levée un matin en se disant : « Trop cool ce nom d’accessoires cheveux. Je le donne à ma fille à naître ». Le père a tiré la tronche, mais devinez qui a remporté la bataille ? La légende retiendra que c’est ainsi que nous avons aujourd’hui sur terre des femmes prénommées Rachel. Si une Rachel passe par ici 😉 ).

Je prends les barrettes aussi. Les perles, les cerceaux brillants, les broches, les peignes, les serre-têtes, les chaînettes, les cauris, les bibis … Tout ce beau monde éventuellement customisé avec des tissus et accessoires africains, et/ou des perles de chez nous. Absolument tout ce qui peut être délirant et décoratif et élégant.

WiinkiiH Art_Lomé_Créatrice de belles choses
La splendidement douée WiinkiiH Art – Crédit photo : Dom’s studio. Avec l’amicale permission de WiinkiiH en personne

(Vous avez cinq secondes pour trouver les cauris planqués dans la photo ci-dessus :))

Tout ce qui peut rehausser la magnificence de ma superbe crinière de femme Noire. (Yas! La modestie s’est fait la malle). Je me mire avec un grand sourire quand j’ai fini de m’apprêter. Et j’arbore ce même sourire quand les gens me regardent du coin de l’œil en faisant semblant de rien.



3- Les boubous New gen.

Ou peut-être old génération, et c’est seulement maintenant que je les découvre moi, petite chose qui vit en déphasage complet du monde.

Je n’ai jamais été très attirée par les boubous. En tout cas, ça c’était avant. Je trouvais informe et vieux jeu. Mais, il faut croire que j’ai grandi. Ou mûri, ou que je prends un coup de vieux. Ou plus simplement que mes goûts évoluent. Ou que les modèles du moment me séduisent étonnamment délicieusement ? Ou alors mes aînées n’avaient vraiment aucun goût en la matière (Pardon, chères aînées. Consolez-vous en ce que dans quelques années, je serai l’aînée qui une fois eut un goût … insolite. Héhé).

Prenez par exemple les modèles sahéliens. Avez-vous vous jamais croisé pareilles beautés ? Le retombé. Le drapé. Le tissu. L’impeccabilité des finitions. Les détails de folie, broderies ou pas. Le truc !  Il y en a des à-tomber-par-terre et à mettre des plombes à s’en relever. De ouf !

Boubous Keinya _sourire
Boubous Keinya. A gauche, vert turquoise. Modèle : Francine Pips – Crédit photo : kingmakh / A droite Nude. Modèle : Scheena Donia
ByBoubouQueens, Made in Sénégal. Avec la gracieuse autorisation de Mariam



Juste les regarder en image, oblige mon rythme cardiaque à décélérer  et me donne un immense sourire. C’est beau hein, les mises Africa made.


4- Parlons maintenant perles !

Comme une odeur de suranné, de Perles et un sourire : Image par Myriams-Fotos de Pixabay



Des perles ! Des perles ! Mon royaume pour des perles ! Les perles, les amis. Les perles. J’adore les perles. C’est la parfaite complétude pour un habillement élégant. Oui, oui. Le tour de passe-passe avec les perles, c’est que rien qu’à elles seules, elles confèrent de la majestuosité. Fait établi. Elles rayonnent dans tous les genres. Nacrées, irisées, colorées, incandescentes, limite foudroyantes, elles annoncent la fête même quand il n’y en a pas en vue.


Il est vrai qu’il y en a qui coûte une blinde dans le genre que-c’est-cher-purée-mais-que-c’est-cher ! C’est, comment dire ? Très légèrement abusé (euphémisme mon amour). Mais qu’est-ce qu’elles sont belles !

Des perles, les amis ! 🙂 Juste le mot me fait sourire. Des grosses, des moyennes, des petites. Les versions sautoirs qu’on peut enfiler tel quel, ou enrouler en deux, trois voire quatre rangées. Des perles blanches, gris-perle, anthracites. Pleins de belles nuances festives et qui en jettent. Aussi belles qu’une frêle journée à moitié conçue, ou qu’une élégante floraison de jonquilles odoriférantes.

Des mélanges savamment exécutés de grosses, de moyennes, de petites et de toutes petites petites perles. De celles qui vous envoûtent en douceur, à celles qui vous ensorcellent sans ménagement. Ou juste cette unique perle enfilée sur une chaine. Si ce n’est cette exquise larme suspendue au lobe d’une oreille aussi gracieuse qu’une ballerine le soir du final de sa vie.

Image par Uwe Baumann de Pixabay



Donc, histoire d’enfoncer une porte béante, j’adore les perles. En colliers, en bracelets, en tout ce que vous voulez. Des plus simples, aux plus extravagantes. Des délicates, à celles qui misent sur l’assemblage en averse. Customisées avec d’autres pierres, ou enfilées sur des anneaux. Je les aime aussi cousues sur des vêtements. Quand elles déferlent en vagues mouvantes sur des cambrures enchanteresses.

J’aime me mirer quand je les porte. J’aime les voir tressauter à mon cou. Mais, mais, en fait je raconte n’importe quoi. J’aime tout autant les voir tressauter aux cous d’autres personnes. Je les aime tout à la fois couchées sur un écrin, que portées à la cheville d’une belle chica. Ou encore esquissant une valse tout en gaieté à la taille d’une femme (petit coup d’œil discret où nos yeux ne devraient pas trainer sans permission. On l’a vous croyez ? 🙂 )

Je prends plaisir à admirer leur superbe flamboyance. J’aime les frôler des doigts pendant que je parle. Elles vibrent à mon contact. Je vous assure ! Ça me fait inspirer et sourire pendant une petite seconde. Une seconde pendant laquelle la terre s’arrête de tourner, pour écouter le chant plaintif mais magnifique, du battement ouaté d’un cœur rasséréné. Voilà. Tout est dit.



5- Les ambiances cocooning

Sourire_ cocooning
Cocooning, sourire – Image par ErikaWittlieb de Pixabay

Quand j’ai découvert que j’aimais les choses traditionnellement associées aux femmes, j’ai été si déçue que j’en aurais presque pleuré. Moi, Délivrance de mon état, aimer le rose, les trucs pelucheux, les décorations dans les tons pastel et doré ? Ce fut semblable à un coup de foudre en pleine canicule.

Tu parles d’un cliché. J’ai détesté cette découverte. Détesté de la maison Détestement. Et pourtant, on ne va pas si facilement à l’encontre de sa nature. Alors, au fil du temps, je me suis habituée à aimer à la fois le cuir et la douceur. La morsure de la lanière et le velouté du foulard. Je suis les deux. Noire et Dorée. Cinglante ( ou cinglée ? A vos plumes ! Le bar à suppositions est ouvert.) et Adorable. Haha.

J’adore les petites ambiances cosy. Les endroits où on peut se pelotonner et se sentir … en paix avec soi-même. Les endroits où, seules la sérénité et la douce caresse d’une plume ont l’autorisation de franchir le pas de la porte. Ça me fait respirer. Et sourire.

noire et dorée : Image par Gernot de Pixabay

J’ai listé dans le désordre, certaines de ces choses qui me font sourire. Avoir un petit moment de détente, pour fugace que ce soit. Je ne peux juste pas mettre ici, tout ce qui m’arrache un authentique sourire petit ou grand. Comme ces robes qui tourbillonnent dans le vent, et qui n’en font qu’à leur tête. Je ne vous parle même pas des chats. Eux, méritent que je leur dédie un texte entier. Deux même.

Ce que je trouve le plus désopilant, c’est que je ne prenne généralement pas le temps de m’arrêter, de respirer, et de juste profiter de ces choses priceless. Je les sais priceless, inestimable. Tout ce qui nous arrache the sourire l’est. Mais, je n’en profite pas autant que je devrais. Où est le piège ?

Bref messieurs, dames, qu’est-ce qui vous fait marquer un temps de pause, et inspirer un grand coup dans ce monde de fous furieux où nous vivons, soumis à tellement de pression que parfois nous craquons juste de partout ? (Je vous le garantis, rien de tel qu’un bon vieux craquage là où vous vous y attendez le moins, pour tout remettre en perspective). Et qu’êtes-vous prêt(e)s à tester dans ma liste pour cette nouvelle année si ce n’est pas déjà fait ? Dites-moi tout. 2023, nous t’avons dans le viseur !

Inspirer_sourire
Inspiration. Expiration. Sourire – via canva

2022 a été à la fois incroyablement longue et ridiculement courte. Pire que 2020 ? En tout cas, riche en enseignements multiples. Entamons la nouvelle sur une note festive. Déjà passé la mi-Janvier, d’après ce qui se murmure.

En parlant de ça, vous ne trouvez pas qu’il y a un genre de non-sens dans la façon dont le temps file comme si les cavaliers de l’apocalypse sont à ses trousses ? Et nous en train de cravacher nos montures pour qu’elles se jettent tout droit dans les bras énigmatiques et incertains de Février ?


Besoin

Il a un besoin : je ne peux vivre sans mon père. Longtemps, très longtemps, si longtemps que les limbes du temps s’en sont emparés, et que les arachnides ont tissé leurs toiles dans les trames de cette faim, il a vécu avec ce besoin de connaître son père. Pas une envie, un Besoin.
Père et fils enlacés
Père et fils – par Bernd de Pixabay

Envie/Besoin

Une envie est un appel qui nous demande d’atteindre quelque chose que l’on n’a pas. Certes. Mais c’est un quelque chose superflu, non nécessaire à notre survie. A contrario, le besoin est une exigence de la vie. Ou une exigence tout court. S’il reste insatisfait, il peut causer la mort par privation biologique ou psychologique (dépression pouvant mener au suicide). Paraphrasé en provenance de cette page.

Un besoin donc. La nuance est non négligeable. L’envie n’est pas vitale. On peut s’en passer, on peut l’outrepasser. On peut vivre avec. On peut admirer cette grosse cylindrée jour après jour. L’on peut se perdre dans un rêve éveillé, où l’ivresse qu’elle pourrait procurer lancée à pleine vitesse rend nos jambes flageolantes, et pourtant continuer à vivre. Mais le besoin fait appel à la notion de : « si je ne lai pas, je crève ». Ça devient rapidement une question de vie ou de mort.

Si je ne rencontre pas mon père, je finirai certainement par en mourir. C’est strictement ça, le besoin ; son besoin. Et ce besoin le consume vivant. Ce besoin lui bouffe les tripes. Ce besoin de rencontrer son père, de s’asseoir avec lui. Le besoin de lui parler, de tenir sa grande main forte. Se perdant dans son étreinte, l’entendant former de sa bouche les mots « mon ami » en parlant de lui. Ce besoin de s’effondrer en larmes, tremblant dans des bras puissants qui le soutiendront, et l’empêcheront de se disloquer intégralement en poussière d’étoiles. Ce besoin le tue chaque jour un peu plus.

Connaître son père

Il veut connaître son père. Il le réclame. Il l’a réclamé pendant des années. A chaque coin de rues, à chaque détour de conversation. Dans chaque silence, dans chaque rire, dans chaque cri. Dans chaque phrase suppliante et balbutiante, dans chaque phrase cohérente et élégamment formulée. Dissimulé dans chaque « bonjour » claironné, et chaque « bonne nuit » murmuré.

Il a besoin de son père. Sans lui, il est comme un infirme. Les ligaments de ses genoux ont lâché. Presque aveugle. Emmêlant sa gauche et sa droite parce que n’ayant aucun repaire. Son père, son compagnon duquel il a été séparé il y a des éternités de cela; il a besoin de lui. Besoin de le retrouver pour enfin trouver son équilibre.

Cœurs se réunissant
Deux cœurs se réunissant – par Gerd Altmann de Pixabay

Dissimuler son besoin

Longtemps, il a essayé tant bien que mal de contenir cette soif, cet appel de son cœur, de son âme même. Longtemps, il a essayé de ne pas être submergé par ce besoin. Longtemps, il a fait au mieux pour ne pas sombrer. Mais, ses yeux parfois – souvent – parlent pour lui. Il y a un gouffre sans fond dans ses regards quand il perd la maîtrise d’acier et de fer qu’il a sur lui-même. Un gouffre où l’on peut entrapercevoir la hantise roder, le poil hérissé et les yeux fous. Besoin, besoin. Et puis la fenêtre de tir se referme. Tout semble redevenu normal. Il claquemure les lucarnes, tire les rideaux, dissimule sa peine, son besoin. Il manoeuvre les vasistas de sorte à voiler pudiquement sa soif de son père aux étrangers, se revêtant d’une apparente sérénité. Il continue certes de parler de sa soif. Évidemment qu’il en parle ! Mais, ça sonne… Mesuré, tel un murmure dans une pièce feutrée.

Je voyais, mais avec une vision floue. Je ne regardais pas.

Ou du moins si l’on veut être complètement honnête l’un envers l’autre, c’est moi qui n’ai rien vu. Je voyais, mais avec une vision floue, ayant ôté mes lunettes sans m’en apercevoir. Je ne regardais pas. Je passais à côté de l’essentiel. Le plus marrant (en fait, ça ne l’est pas du tout. C’est plus un brise cœur. Mais c’est une formulation comme une autre), c’est que je pensais savoir, je pensais voir.

Je pensais avoir une vision claire de ce gouffre sans fond qui s’est ouvert sous ses pieds. Du tréfonds de ces abysses résonnait un appel semblable à celui des sirènes, le conviant à se laisser engloutir. De bien des façons, je suis passée à côté de ses silences, de ses cris, de sa peine, de ses larmes, de son incommensurable détresse, de son insondable besoin. Malgré ses mots, malgré le fait qu’il l’ait répété jour et nuit, je n’ai pas su voir à quel point ce besoin le dévastait rageusement, et l’empêchait presque de respirer.

Maintenant, je peux le voir. Ca scande : besoin, besoin, besoin.

Et puis un matin, toutes les digues qu’il a érigées ont volé en éclats. Est-ce le parapet qui a cédé ou est-ce que j’ai enfin été autorisée à voir ? Dans tous les cas, ce besoin n’a pu plus être caché, même de mes yeux si myopes. Même de mon cœur si lent à la détente. Les éclats projetés ont percé mon foie, mon rein, ma rate. Ils ont sauvagement lacéré mon cœur. J’ai pris de plein fouet la force de ce Besoin qui a jailli de lui comme un geyser en furie. Ca scande : besoin, besoin, besoin. J’ai besoin de mon père. Je ne peux vivre sans mon père. Prenez tout. Le monde. La richesse. La gloire. Les honneurs. La réussite. L’univers même ! Mais pitié, donnez-moi mon père. De grâce, juste mon père. Juste, satisfaites mon besoin.

Ca fuse de partout à la fois. De chaque fissure, des coins et recoins, des cavités, des anfractuosités, des brèches qui n’existaient pas la veille encore. Dévalant les collines comme une avalanche de boue. Rasant des pics montagneux. Dégoulinant de partout. Son besoin est si fort qu’il m’a précipitée sur les genoux, sans force. Petite chose sanglotante et hoquetante. Ébahie, meurtrie et malade de n’avoir rien vu.

Je discerne enfin cet abîme sur la berge de laquelle il se tient en équilibre précaire depuis tant d’années. Ce vortex qui ne demandait qu’à l’aspirer ces éternités durant. Je vois enfin à quel point il est au bord de l’asphyxie. Je me rends compte de sa difficulté à prendre ne serait-ce qu’une inspiration … Sans son père. Ce besoin l’étouffe. C’en est à un point où, ce n’est plus une question de vie ou de mort, mais juste de satisfaction.

Vortex
Vortex – par Alexander Antropov de Pixabay

Il veut rencontrer son père. Qu’importe la vie ou la mort ? Qu’importe la géhenne ou le paradis ? Qu’importe l’amour ou la haine des uns et des autres ? Il a besoin de son père. Il le veut lui et lui seul. Le reste n’a toujours été qu’un bruit de fond sans grande importance. Vivre ? Certainement, mais avec son père. Mourir ? Sûrement, mais avec son père. Même dans la mort, le rencontrer. Impérativement. Rien d’autre n’en a jamais valu la peine.

Parce que ce besoin, tel que je l’ai perçu et que je ne cesse de le percevoir depuis, aurait pu ou peut-être même, aurait dû le rendre fou.

Je me suis demandée comment il a pu vivre si longtemps avec un tel besoin sans sombrer dans la folie. Comment a-t-il pu fonder une famille ? Se faire des amis, vivre un semblant de normalité ? Comment a-t-il pu manger, boire, rire, s’amuser, sortir, faire ces mille choses et plus encore que les humains normaux font ? Parce que ce besoin, ce besoin fait de lui un humain très loin d’être normal. Il est différent. Une différence à nulle autre semblable. Parce que ce besoin, tel que je l’ai perçu et que je ne cesse de le percevoir avec de plus en plus de netteté depuis, aurait pu ou peut-être même, aurait le rendre fou. Complètement et totalement dément.

Imaginez-vous ayant faim

Continuellement. Constamment. Indéfiniment. Couplez à cela une soif constante, perpétuelle. Sans une goutte d’eau pour humidifier vos lèvres gercées. Sans un morceau de pain sec pour tromper votre luette de son attente. Juste une odeur dans le lointain qui vous parle de la promesse d’un festin. Et imaginez-vous restant dans cet état des jours, des mois, des années, des millénaires, des vies toutes entières, alors que des civilisations se font et se défont, alors que des vies se tissent et s’effilochent. Sans en mourir, du moins pas physiquement. Sans cesse haletant et désespéré. Si désespéré ! Il y a de quoi rendre un homme fou. Il y a là assez de substances pour se faire soi-même enfiler une camisole de force.

Jusqu’à ce que ce besoin ne soit satisfait

Il a un besoin. Il veut son père. Il veut ses bras aimants. Il veut sa conduite. Il appelle sa guidance de tous ses vœux, son leadership. Il veut retrouver son harmonie. Il veut le voir, le toucher, s’extasier devant sa beauté, sa splendeur, sa force. Il veut l’admirer, il veut l’étreindre et se laisser étreindre de lui. Il veut ses biceps forts et musclés autour de lui. Il veut lui appartenir et qu’il lui appartienne en retour. Il veut que son père, de ses baisers pleins d’amour efface la douleur. Que chaque baiser efface la solitude. Que le suivant, gomme les peines, celui d’après faisant fondre la gangue de glace qui a pris son âme en otage. Que la présence effective et réelle de son père le réchauffe de l’intérieur. Et qu’un baiser après l’autre, que finisse par disparaître jusqu’au souvenir même de ce long moment passé loin de son bien-aimé père.

Il veut son père. Il veut que cette solitude prenne enfin fin. Il soupire pour que ce vide dans son âme soit comblé. Enfin. Il veut être abreuvé de tous ces mots doux dont si longtemps, il a été sevré. Fils, intime, cher et tendre, bien-aimé, chéri, mon tendre et précieux ami. Il désire ardemment cette complétude de leurs deux cœurs, cette fusion de leurs deux âmes, où voir l’un signifie voir l’autre. Si seulement cette dernière pièce du puzzle peut s’imbriquer.

Puzzle dernière pièce
Besoin, dernière pièce du puzzle – par Hebi B. de Pixabay

Il veut son père. Il est à vif. Il est à cran. Il doit plonger dans cet océan d’amour qu’est son père. Sinon, à quoi bon la vie ?

Plongeant dans l'amour
Plonger dans l’amour – Image par Dorota de Pixabay


Avis de recherche : où est passée Lucrezia ?

Il y a quelques mois de cela, je me suis achetée un nouveau numéro de téléphone. Je ne savais pas que par cet acte anodin, je ferais entrer dans ma vie Lucrezia. Lucrezia voyez-vous, a semble-t-il disparu. Aujourd’hui, je lance un avis de recherche pour la retrouver. Je vous raconte tout.
Affiche Wanted vierge
Recherchée : Image par Prawny de Pixabay

Tout a commencé très banalement. Vers la fin de l’année passée ou peut-être un peu plus loin, j’ai poussé la porte d’une succursale de l’opérateur mobile Togocel. Pour en savoir plus sur cette illustre entité, référez-vous à Lomé -Togo et à ses deux seuls opérateurs mobiles. N’est-ce pas un tantinet déprimant ? Moi je trouve. Bref, en ouvrant cette porte, je n’avais qu’une mission : me trouver un second numéro. Je me suis acquittée en vitesse de mon office et j’ai fichu le camp. C’est là que tout a commencé.

Les coups de fil

Quelques semaines après, je reçois un coup de fil vers 21h. A l’autre bout du fil une voix masculine. « Bonsoir Lucré. Ça va ? Ça fait un bail. » Je me dis que le pov missié s’est trompé de numéro. Après tout, je le saurais si je me prénomme Lucré non ? Donc je lui réponds fort poliment, qu’il se pourrait fort bien, qu’il parle fort malheureusement à la mauvaise personne. Il insiste. Il dévale à toute vitesse la pente de « Je suis un gros lourdaud ». Je pense que nous avons déjà tous eu affaire à des zozos du genre, qui ont l’air de penser qu’on a cambriolé une maison au cours d’un épisode de somnambulisme. Et qu’après nous être réveillés, nous avons juste complètement disjoncté, nous appropriant dans la foulée un numéro qui n’est pas le nôtre. Vous voyez le genre. J’ai donc raccroché.

Quelques jours après, c’était au tour d’une voix féminine. Cette fois, on voulait parler non plus à Lucré, mais à Lucrezia. Tout au long des mois qui ont suivi, le même scénario s’est reproduit plus de fois que je ne peux m’en souvenir. Des hommes, des femmes, voire même des non-binaires ont appelé. Tous voulaient avoir le privilège de parler à Lucrezia. Certains m’invectivaient. D’autres me traitaient de noms d’oiseaux pas très sympathiques. Naturellement, je ne me privais pas de raccrocher au nez de cette engeance particulière. D’autres encore pensaient que je leur faisais une farce. Pardon, que Lucrezia leur faisait une farce.

Une de ces voix dépourvues d’existence réelle à mes yeux, a même mentionné le nom de la grande sœur de Lucrezia, pour me faire retrouver la mémoire au cas où ma vie serait à mon insu tirée de La Mémoire dans la peau. « N’es-tu pas la petite sœur d’une telle ? (Je n’ai pas retenu le nom) ». Je riais toute seule à la pensée que les amis de Lucrezia, ne me reconnaissaient pas la légitimité de me servir de ce numéro. Comme si quelque part, je n’étais rien d’autre qu’une vulgaire usurpatrice.

Mais entre le premier coup de fil et le 1200ème, je ne m’étais toujours pas transformée en Lucrezia. Aux dernières nouvelles, j’étais toujours moi, Délivrance de mon état. Evidemment j’ai compris assez vite, qu’avant de se glisser malicieusement dans mon téléphone, ce numéro avait été celui sur lequel on joignait Lucrezia. J’en ai eu la confirmation par une amie. Elle avait commencé à se servir de Truecaller, une application qui permet entre autres d’identifier un appelant et de bloquer les indésirables indésirés. Et là, associer à mon numéro, le nom Lucrezia. Évident, vu que je ne me sers pas de l’appli, comme c’était visiblement le cas de ma prédécesseure. Le bon numéro mais le mauvais nom. Me servant d’un autre numéro, j’ai moi-même recherché le 91……, et là j’ai découvert avec fascination la mystérieuse disparue. J’ai songé à lâcher l’affaire, mais finalement j’ai laissé ma légendaire curiosité avoir le dernier mot.

Après les appels, il y a eu les messages sur WhatsApp. Je me réveillais certains matins pour découvrir qu’un « on » indéfini, m’avait ajoutée à des groupes de discussions aux noms étranges et aux buts difficilement déterminables. Je me contentais d’appuyer sur le rouge « Quitter le groupe ». Ça m’énervait, mais ça m’intriguait encore plus. Certaines personnes m’envoyaient des messages, et refusaient d’accepter l’évidence que je ne suis pas celle dont ils semblaient tous rechercher activement l’attention. Je répondais et je les bloquais quand ils insistaient. Une personne m’a même accusée de jouer à la « lady », ignorant que j’en suis une, moi qui étais à l’autre bout du fil à la place de la tant désirée. Bon j’avoue, elle ne m’a pas traitée de lady mais de quelque chose de moins beau. Elle a dit olé « djra » (confère le bas de page de mon texte sur le droit des femmes pour avoir la signification de ce mot en dialecte Mina 🙂 )

Bref, c’est ainsi que Lucrezia est entrée dans ma vie. Ce qui m’a frappée après coup à propos de ces appels, c’est le fait que c’étaient toujours des appels nocturnes. Ça a encore plus excité ma curiosité, et je me suis mise à songer à des scénarios quand je ne dormais pas la nuit.

Lucrezia, je te crée de toutes pièces avec les bribes d’informations que j’ai recueillies sur toi !

Je me suis mise à penser à cette Lucrezia. Je ne l’ai définitivement pas fait consciemment. Mais je me suis rendue compte que quelque part dans un coin de ma tête, j’ai accordé une certaine attention à ce que j’appelle l’énigme Lucrezia. Il y avait un tiroir étiquetté « Lucrezia » dans ma tête, que j’ouvrais sur mon temps libre. Dans ce tiroir se trouve un jeu de quête en haute définition. Je suivais les petits bouts de pain laissés par les divers appelants, pour essayer d’atteindre la personne mystère cachée derrière le nom.

Quel genre de personne es-tu Lucré ? Je ne m’avance pas beaucoup en disant qu’elle devrait être le genre boute-en-train qui connait pas mal de gens. De beaucoup des coups de fil et des messages textes que j’ai reçus, j’ai déduit qu’elle est le genre de personne qui parle aux gens avec facilité. Je dirais qu’elle n’est pas une renfermée ou une timide. Du moins elle le cache bien si elle l’est. Le ton qu’ils emploient me laisse penser, que ce ne sont pas juste de vagues connaissances qui appellent le 36 du mois d’avril de chaque année bissextile. Je dirais que beaucoup de ces personnes entretiennent une relation amicale avec elle.

J’estime aussi qu’elle est jeune. Je ne lui donne pas plus de 24 ans et pas moins de 18. Je ne pense pas me tromper. La plupart des personnes qui sont à sa recherche sont jeunes. Les voix le sont et les messages aussi. Le ton l’est et le choix des mots employés le confirme à mon sens. Certains mots et expressions argotiques ne cadrent pas avec l’hypothèse que Lucrezia soit plus proche de la trentaine que de la vingtaine. Pour défendre ma supposition, j’appelle à la barre l’agitation et l’impatience que j’ai devinées, dans chacun des mots de la plupart d’entre eux. Evidemment, je pose sur eux un regard biaisé par ma propre expérience. Je me découvre plus calme avec les années qui défilent, et la grande majorité de mes connaissances est dans le même cas. Mais je ne pense pas me tromper, même si je me laisse une marge d’erreurs.

Imagination, que mon imagination s’emballe. Et ainsi fut-il !

Je m’imagine aussi qu’elle n’est pas très grande de taille. Ici, c’est mon esprit fantasque qui est entièrement aux commandes. Je me figure qu’elle fait autour de 1m62. En même temps, ce n’est pas loin de la moyenne de taille des femmes Togolaises d’après ce que j’ai observé. Vous me direz : « Qui te dit qu’elle est Togolaise » ? Elle pourrait tout aussi bien être une Rwandaise née à Abidjan de parents diplomates, ayant fait le primaire à Nairobi, le secondaire à Kuala Lumpur et ayant atterri sur les rives togolaises il y a deux ans, pour intégrer l’Ecole Nationale des Auxiliaires Médicaux de Lomé (ENAM-L). Mais il se trouve qu’elle parle forcément Mina, vu que 75% des appelants le parlent en pensant s’adresser à elle. Donc si elle est la Rwandaise que j’ai décrit, elle a dû apprendre le Mina via l’application « Apprendre le Mina » qui n’existe que dans mon esprit. N’oubliez pas, j’imagine. Tous les délires sont permis (Quoique l’idée de cette application n’est pas si délirante que ça !).

Certains esprits irritants doués dans l’art de la contradiction, me diront qu’il existe des humains détenteurs de la faculté d’apprendre les langues dans des délais ridiculement records. En deux ans, ils auront ainsi eu 100 fois la possibilité d’apprendre les différents dialectes du Togo. Je sais, je sais. Mais ici nous sommes dans mon esprit. Alors laissez-moi définir les contours de l’architecture. Ma pensée vagabonde s’arrête donc sur la Togolaise pas très grande de taille. Je pense qu’elle est pétulante. Tant de personnes ne chercheraient pas à entrer en contact avec une personne grognon, gronchonne, renfrognée et casse-pied.

Je m’imagine qu’elle a souvent de longues mèches colorées sur la tête. Très longues, les mèches. Elles lui arrivent au bas du dos. Je me la représente avec un piercing dans la narine gauche. Je me plais à m’imaginer qu’elle a une préférence pour les perles, en ce qui concerne les boucles d’oreilles. J’aimerais la rencontrer un jour, pour savoir dans quelle mesure je me suis trompée. Ou peut-être découvrirai-je avec ravissement, qu’elle est littéralement mes délires fait chair. Comme si mes pensées ont trouvé le moyen de se refléter dans un miroir, et ensuite de s’en extirper pour venir se pavaner sur terre (petite pause rêverie dans un rêve) ! Mais plus que tout, j’aimerais savoir ce qui lui est arrivé.

A la recherche de Lucrezia – via canva

Lucrezia, où es-tu ?

Changer de numéro peut arriver à tout le monde. Mais de là à ne pas communiquer le nouveau numéro à un si grand nombre de personnes ? Qu’est-ce qui a bien pu faire qu’elle les ait tous juste blacklister du jour au lendemain ? As-tu voyagé Lucrezia ? Partie pour un lointain pays et désireuse de rompre définitivement avec le passé ? As-tu été témoin d’une chose pas très jolie, et intégré le programme de protection des témoins ? (Pourquoi pas après tout ? Il est vrai que je suis grandement dubitative sur l’existence d’un programme du genre au Togo. Mais dans le doute, je n’écarte pas cette option). As-tu juste décidé du jour au lendemain que tu as assez vu toutes ces personnes qui faisaient partie de ta vie ? Ou as-tu fait quelque chose de pas très réglo et tu as donc préféré disparaitre de la circulation ?

Où que tu te trouves, si jamais tu tombes sur cet avis de recherche, contacte-moi sur ton ancien numéro. J’aimerais beaucoup te parler.

Pourquoi je lance un avis de recherche

Il y a un peu plus de deux semaines, mon téléphone a sonné et la femme à l’autre bout du fil la cherchait. Encore et toujours Lucrezia. Mais il y avait quelque chose de particulier dans le timbre de sa voix. Elle m’a donnée l’impression d’être nettement plus âgée que la majorité de ceux qui cherchent habituellement à lui parler. Sa voix était calme, posée, et trahissait de la fatigue. Elle était aussi très polie. Et j’ai apprécié ce point en particulier. C’est peut-être pourquoi je me suis surprise à lui expliquer que je ne connais pas Lucrezia. Que beaucoup de personnes appellent pour lui parler. Que j’ai juste acheté le numéro sans savoir qu’il avait déjà été utilisé. Et que je ne peux fâcheusement pas l’aider. Elle m’a écoutée sans m’interrompre, a dit « OK », s’est excusée et a raccroché. Cette femme m’a touchée. Alors, sans y avoir pensé avec lucidité, je me suis retrouvée à écrire dans mon bloc-notes dans le dossier intitulé « idées de billets » : Où est passée Lucrezia.

Si vous connaissez une personne portant ce nom et étant dans la bonne tranche d’âge, dites-lui que je la recherche. Il se pourrait que ce soit la bonne personne. Dites-lui de me contacter. Dites-lui que des gens cherchent à la joindre. Dites-lui surtout qu’une femme à la voix triste s’inquiète peut-être pour elle.


Syndrome prémenstruel : parlons des choses des femmes

Syndrome_prémenstruel
Le syndrome prémenstruel – Crédit : Dessin de @fannylng avec son aimable permission
Tous les jours, beaucoup de femmes sont confrontées au syndrome prémenstruel. Pour moi personnellement, ces mots ne voulaient pas dire grand-chose il y a peu encore. J’étais alors une si bienheureuse ignorante ! Parlons-en un peu. PS : Je partage ici mon expérience et mon coup d’œil sur la question. C’est par moments un peu violent, mais qu’y puis-je ? Vous voilà prévenus. Mettez vos ceintures babies ! J’embraie.

Aujourd’hui, je voudrais que nous abordions ensemble un sujet sérieux. Celui du SPM. Any messieurs dans le coin ? Ou même des filles/femmes, à qui ces lettres ne disent rien du tout ? S comme Syndrome, P comme Pré et M comme Menstruel. Le Syndrome PréMenstruel donc. 

Mais tout juste avant… Bonjour chers tous. Comment allez-vous depuis le temps ? Ai-je entendu un « Bien »? On en a déjà parlé non ? Ça m’intéresse réellement de savoir comment ça se passe chez vous (Ou pas tellement. Mais pour le bien du vivre ensemble, partez du principe que oui, je m’y intéresse comme jamais rien ne m’a intéressée 🙂 ). Sous mes cieux, ça va. Ou plutôt ça peut aller. Il y a des jours avec et des jours sans. Mais, ainsi va la vie. Life goes on babe !

Comme je l’ai mentionné plus haut, j’ignorais totalement il y a quelques années encore, ce que signifient les mots « syndrome prémenstruel ». Du temps où j’étais une fringante pré-adolescente avec des étoiles plein les yeux, – ne vous inquiétez pas, leur éclat a vite pâli – je ne me doutais pas qu’en plus de devoir gérer la coulée de sang mensuelle qui me semblait déjà assez effrayant, il existait une réelle possibilité que je doive en plus dealer avec autre chose.

Je m’attendais à ce que les règles fassent mal. Beaucoup de femmes en parlaient. « Ça fait mal », « ça fait très mal », « c’est douloureux », « c’est la souffrrrrance ! », … toutes les déclinaisons auxquelles vous pouvez penser pour exprimer la douleur.  Évidemment, toutes ne s’en plaignaient pas. Mais j’étais mentalement préparée à en souffrir. Enfin, je le pensais jusqu’à cet illustre vendredi, et à l’épisode de la quiche (Pense-bête : Penser à leur raconter cette histoire). Bref, ça c’est un tout autre sujet.

En grandissant, j’en entendais parler ici et là (le syndrome prémenstruel, pas les menstrues) et j’ai lu pas mal de choses sur la question. Je suis tombée dessus un peu par hasard, parce que je lis un tas de choses tant utiles et instructives, que hautement inutiles et futiles. Mais personne ne m’en a jamais vraiment parlé.

Aujourd’hui, je me demande, je m’interroge sur le pourquoi du comment est-ce que personne ne nous en a parlé en cours de SVT par exemple. Pourquoi est-ce qu’alors que les professeurs nous instruisaient sur les choses de la vie de femme, ils n’ont pas jugé utiles de nous fournir des informations sur une chose aussi cruciale ? Mais, je leur accorde le bénéfice du doute. Peut-être n’ai-je pas suivi ce cours. C’était peut-être un jour pluvieux, et je suis restée sous la couette en faisant semblant d’être souffrante. Mais en réalité j’inspirais, j’expirais et je me laissais séduire. Peut-être. Bref, ne nous égarons pas. Aujourd’hui, j’ai vraiment la tête ailleurs. On parlait de quoi déjà ? Ah oui, le syndrome prémenstruel.

Syndrome_prémenstruel
J’ai syndrome prémenstruel – via Canva

Le syndrome prémenstruel est en gros un ensemble de troubles d’ordre physiques et/ou psychologiques qui touchent la femme quelques jours avant les règles. Et parfois depuis le moment de l’ovulation. Ce sont des désordres entraînés par le dérèglement hormonal qui survient dans le corps de la femme à ces moments clés du mois. Suivez ce lien et voyez ce qu’on en dit ailleurs.

Jusqu’à récemment, je ne ressentais pas particulièrement les effets qui auraient éveillés ma conscience à la réalité de ce « mythe ». Peut-être que je ne faisais pas assez attention à moi-même. (Il y a certainement de ça. J’avais autre chose à faire que de m’inquiéter du début de dialogue de mon corps qui luttait pour instaurer quelque chose avec moi. Malheureusement.) Ou, (Roulement de tambours, roulements d’yeux horrifiés, expression dégoûtée) je prends de l’âge !!! C’est une réelle possibilité. Le fait d’avoir quelques cheveux blancs dans ma belle tignasse doit y être pour quelque chose. Mes cellules se dégradent, et donc mon corps encaisse moins bien. Ça fait énormément de spéculations, je sais. Ce n’est que ma théorie, donc ne dites rien. Sauf si ce n’est pas pour souligner une évidence.

Décidément, je me disperse énormément. Revenons au syndrome prémenstruel. Je souligne encore une fois – la répétition étant semble-t-il pédagogique – que je partage ici mon expérience personnelle. Le pléonasme est voulu, merci bien.

Je vais mettre en lumière quelques symptômes que j’ai observés chez moi au moment du SPM. J’ai pris le temps de les observer, de les noter, de m’écouter un mois après l’autre. Le but étant de savoir quelle est la part du hasard dans ce que je ressens au cours de la phase lutéale (période entre l’ovulation et les règles suivantes) de mon cycle. Ils ne sont pas toujours au rendez-vous et violents. La plupart du temps, ils arrivent seuls ou par petits groupes de 2 ou 3. Ils sont généralement d’intensité moyenne. D’autres fois, ils prennent tous des vacances et je ne les vois pas (Mois heureux !). Mais de temps à autres, je touche le jackpot et je les combine tous à l’échelle Gogeta Super Saiyan 4.

1- Syndrome Prémenstruel : La fatigue extrême, abusée et la faiblesse
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Fille fatiguée symbolisant le syndrome prémenstruel – Image par Piyapong Saydaung de Pixabay
  • Fatigue extrême et abusée

L’une des choses qui vraiment me mettent KO durant cette période, c’est la fatigue. Quelques jours avant le début des menstruations, mon énergie baisse énormément jusqu’à atteindre des abyssales vallées. En me réveillant le matin, je n’ai même pas la force de poser l’ongle du petit orteil par terre. J’arrive à peine à bouger mes membres pour me rendre dans les cabinets d’aisance (Voyez comme j’ai à cœur de protéger vos oreilles sensibles ! ).

 Mon corps devient un poids inerte que je ne fais mouvoir que par la force de ma seule volonté. Et même la volonté n’est pas toujours au rendez-vous. Pour faciliter votre visualisation, je vous donne un exemple concret. Il m’est arrivé une fois de me réveiller à 7h du matin, pendant cette période ô combien peu propice à la fiiieeeessta déjantée ! Je n’avais pas le désir de sortir de sous mes draps, mais j’ai vaqué à mes occupations comme une brave fille. J’ai puisé dans les tréfonds de mon être la volonté de me bouger, parce que certaines choses n’attendent pas que vous ayez la forme. Elles veulent absolument être faites pour avant-hier. Et certaines personnes attendent de vous que vous les fassiez pour la semaine surpassée.  

 Malgré le fait que j’étais en mouvement et point alitée, il sonnait presque 13h avant que je ne sorte de ma torpeur. Presque 5h de temps montre en main depuis mon réveil, avant que mes muscles sortent de leur léthargie, et que mon corps accepte de commencer à laisser se dissiper le brouillard de la fatigue auquel il était agrippé comme à une bouée de sauvetage.

Dans ces moments-là, je suis un moteur diesel de 25 ans d’âge. Ca rame, ça grince, ça a des ratés, ça gémit, ça agonise, ça toussote, ça s’arrête presque, et ça part finalement avec un soupir audible et larmoyant. Ce n’était pas une journée de perdue, mais j’étais dans un état de semi-conscience. Sur une échelle de 10, j’évalue mon niveau de fatigue  à 11. C’est vous dire. Certains mois sont pires que d’autres à ce niveau.

  • SPM : je suis aussi faiblesse

 Évidemment, mon syndrome prémenstruel n’en serait pas s’il n’y avait pas de faiblesse. Si je ne me sens pas malade et complètement à bout de force. Si je ne perçois pas le fait d’aller ouvrir le portail pour laisser entrer le visiteur indésirable, indésiré et inattendu, comme la fin du monde connu et un plongeon dans l’inconnu. Déjà qu’ouvrir à la personne que j’attends relève de la géhenne… Mes membres sont flasques. J’ai la sensation d’avoir gentiment été « débarrassée » de mes os.

2- Syndrome prémenstruel et déprime

Je déteste déprimer voyez-vous. Être dans cet état où vous avez le sentiment que rien ne sera plus jamais beau. Vous ressentez jusque dans vos tripes, que tous les oiseaux de la création se sont tus à jamais. Vous savez que les guépards ne feuleront plus. Que les lions ne rouleront plus la superbe mécanique de leurs musculatures insolentes et fascinantes. Que les taches sur le pelage des léopards, ne captiveront plus jamais votre cœur. Vous comprenez diffusément que l’espoir qui fait pétiller les yeux des petits enfants, s’en est allé dans un ailleurs à jamais inaccessible. Vous coulez dans les fonds marins, là où il n’y a que des pieuvres et des prédateurs aux grandes dents. Vous y êtes ? Alors vous savez tout.

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Déprime – Image par Marta Simon de Pixabay

 La déprime est parfois atroce. Je deviens une loque triste, morose et abattue. Ça ne sonne pas très joli-joli et ça ne l’est pas. Je ne vous le souhaite pas. Les jours où le syndrome prémenstruel est à son sommet, sont vraiment les pires en matière de déprime.

3- Syndrome prémenstruel, sauts d’humeur et irritabilité

Êtes-vous des disciples convaincus du lunatisme ? Le genre à changer d’humeur d’une seconde à une autre ? De tic à tac ? Non ? Alors vous aurez du mal à appréhender ce volet. Durant le règne du SPM, je suis la reine des changements d’humeur. Je suis consciente que ça ne change pas beaucoup de mon habitat naturel. Ha! Mais là, j’atteins vraiment les cimes élevées. Je peux vous sourire ici et maintenant, et vous sauter à la gorge avant que vous finissiez de lire la phrase suivante. Je deviens aussi extrêmement irritable. Je m’énerve ultra rapidement. Vous savez, le genre d’énervement dû au fait que vous avez roulé le « r » de mon prénom une demi seconde de trop ? Voilà. Ce genre d’irritable là.

 J’essaie au maximum de me contrôler. Mais c’est difficile dans la mesure où, ce ne sont pas des décisions conscientes que je prends d’agresser tout le monde. Alors ma méthode gagnante c’est vraiment d’éviter tous les humains de la création ( Avec les chats, ça passe). Eviter les confrontations, laisser passer les conflits, céder le passage aux crises et raser les murs. Mais si vous me cherchez, vous allez très certainement me trouver. Malheureusement, je suis très – trop – douée pour frapper là où ça fait le plus mal. Quitte à le regretter une fois les nuages dissipés.

4- Syndrome prémenstruel, seins lourds et tétons douloureux

Je pense que les mots se passent d’explications supplémentaires. Mes seins se gonflent et se gorgent. J’ai la sensation qu’ils doublent littéralement de volume. Contrairement à ce que certains esprits lubriques peuvent s’imaginer, ça n’a rien d’agréable. Loin de là.

Mes tétons sont douloureux. Affreusement douloureux et sensibles au point où, juste le frottement d’un certain genre de tissus du type dentelle, est extrêmement désagréable. S’habiller devient une vraie gageure. J’ai des dessous et des vêtements dans mon placard étiquetés : SPM et SPM seulement.

5- Syndrome prémenstruel et Emotivité ++

Aaaaah.  Émotivité. À tort ou à raison, ce mot est généralement associé aux femmes en tout temps et en toute saison. Mais je vous parle ici de la version 3.0 de l’émotivité.

Je ne suis pas le genre de personnes à pleurer pour un oui ou un non mal articulé. Vous ne verrez pas mes yeux s’embuer parce que la mariée est si belle et les vœux si émouvants ! Du tout. Mais, quand on commence à parler de SPM, ça devient du grand n’importe quoi. Un chat un peu trop mignon me ferait remplir un bassin de 100m3 de larmes cristallines. Une belle robe me fera brailler et de beaux escarpins me feront sangloter comme un bébé. Si vous êtes un peu trop gentils avec moi, c’est à vos risques et périls. Vous voilà prévenus. Non, vous ne vous faites pas des idées : ça craint vraiment. Un max. 

6- Syndrome prémenstruel ou comment décupler les douleurs déjà existantes

Ce point particulier fait partie des tout derniers que j’ai répertoriés. Je me rendais bien compte que parfois, la douleur que je ressentais à tel ou tel autre endroit du corps, crevait le plafond et se faisait exponentiellement merdique. Mais il m’a fallu du temps, énormément de temps passé à faire attention, à écouter, à essayer de déterminer la raison, pour enfin réaliser que ça avait un lien avec cette période particulière.

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Emoji grimace douloureuse – Image par GraphicMama-team de Pixabay

Ce n’est donc que récemment que j’ai su pourquoi la douleur que je ressentais à l’épaule, me faisait tellement souffrir à certains moments. Et une fois que j’ai mis le doigt dessus, j’ai fait encore plus attention. Au bout de plusieurs cycles, je pense pouvoir dire sans me tromper que oui, le SPM donne de la force aux douleurs déjà existantes. En tout cas dans mon p’tit corps.

7- Syndrome prémenstruel et performances
  • Performances physiques

Avant, quand je lisais des articles où il est question de prévoir ses activités en fonction de la période du cycle, je ne comprenais pas vraiment. Je n’avais aucun problème à faire ceci ou cela peu importe le moment du mois ou de l’année. Maintenant je pense sérieusement à offrir un verre à tous ces messieurs/dames que j’ai injustement regardés de haut.

Depuis un bout de temps maintenant, je suis obligée de planifier jusqu’à mes séances de sport en fonction de mon cycle. Les séances hardcore qui pompent grandement de l’énergie, sont à bannir pendant cette période. Les fois où je m’y suis risquée voulant jouer les Margaret Tchatcher, je me suis arrêtée à moins de 10 minutes de séance. Faute à pas d’énergie.

Une fois, j’ai essayé de passer outre. J’ai fait 3 essais dans la même journée. Brassière, short de sport, étirements en règle. Au bout de quelques minutes, j’ai sonné la retraite. Deuxième essai après quelques heures, même son de cloche. Au bout de la troisième tentative où je me suis retrouvée affalée au sol ahanante et pathétique, j’ai signé la reddition.

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Soulever péniblement une charge – Image par ElisaRiva de Pixabay
  • Performances mentales

Même mon cerveau tourne au ralenti. J’ai l’impression de ramer. Ce symptôme en particulier m‘arrive assez peu souvent. Mais parfois, je me surprends à relire dix fois un texte sans piper mots. Je me retrouve à plancher des heures durant sur des quizz basics, sans trouver le fin mot de l’histoire. Écrire devient un calvaire comme vous pouvez vous en douter. Les mots ont toujours leurs saveurs jouissives, mais je n’arrive pas à leurs faire dire de belles choses. Juste comme si une brume dense noie le paysage de mon esprit, me contraignant à ne regarder que mes pieds.

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Fatigue mentale – Image par padrefilar de Pixabay
8- Syndrome prémenstruel, anxiété, angoisse et fébrilité

J’ai l’impression qu’une tuile va me tomber sur la tête. Non seulement l’impression, mais la certitude. Je marche le nez en l’air, mais étant convaincue que quoi que je fasse, l’irréparable va arriver. Je suis énormément fébrile, et rien ne me fait retrouver la tranquillité. Je ressens une souffrance presque physique parfois. Je ne trouve pas de mots plus justes que ceux-ci pour en parler. L’angoisse est intense et étouffante. J’en parle ici, même si j’atteins très très rarement le degré que j’y décris. Mes peurs existantes sont démultipliées.

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Anxiété – Image par Pete Linforth de Pixabay
Clap de fin

Vivre avec le SPM, exige d’avoir une certaine force mentale. Sans quoi, on resterait au lit à glander que dalle pendant ces jours-là. Le syndrome prémenstruel est une question de limites et de zone rouge. Alors pour les moins chanceuses d’entre nous femmes, il s’agit de serrer les dents et de se forcer à avoir une vie plus ou moins normale durant cette période. Je précise que je ne souffre pas du trouble dysphorique prémenstruel (TDPM), la forme sévère du SPM.

Quand la fenêtre se referme sur cet espace de temps, j’ai l’impression que mes oreilles se débouchent après un long moment passé en altitude. Ou que je peux remonter à la surface après avoir été contrainte de rester en apnée pendant de longues minutes. Remonter et prendre la goulée salvatrice d’air.

Notez que cette liste n’est pas exhaustive. De ce que j’en sais, beaucoup de symptômes sont répertoriés que je n’ai pas. Chez moi par exemple, il y a d’autres symptômes qui se manifestent que je n’ai pas cités. Les maux de tête notamment. Je n’en parle pas, parce que ce mal chez moi est plus violent en période de menstruations. Ou encore un gonflement au niveau de mon bas ventre, plus ou moins du côté de l’ovaire droit. C’est assez désagréable mais sans plus. De légères douleurs dans le bas du ventre s’invitent aussi parfois. Je ne vous parle même pas des cauchemars gluants qui parasitent mes nuits pendant cette période.

Notez aussi que je ne mets pas sur le dos du syndrome prémenstruel absolument tous les maux dont je souffre. Je peux parfois présenter des symptômes cités plus haut, sans pour autant que ça ait un lien avec le sujet qui nous réunit.

Je peux être extrêmement fatiguée tout bêtement parce que j’ai enchainée 5 nuits d’insomnies et autant de longues journées de travail. La douleur cuisante à l’épaule, peut être due au fait que j’ai un peu trop forcé au cours des 2 dernières semaines, ou dormi dans une mauvaise position. La baisse de performance au fait que je fais une carence en vitamines et en acide aminés. La déprime parce que,… eh bien parce que c’est moi voyons ! 🙂 L’émotivité parce que j’accuse le contre coup d’une période excessivement stressante.

Bref, c’est pour dire que le but n’est pas de diaboliser le SPM. Pas plus que de lui faire une couche moelleuse d’ailleurs. Tout ceci se résume à ces mots : ça peut arriver et ça arrive. Certaines ne les connaitront jamais et c’est tant mieux pour elles. D’autres devront vivre avec. À ma connaissance, il n’existe aucun remède miracle contre ce syndrome. Mais, une ou deux astuces peuvent les apaiser. Ceci pourrait vous intéresser, si vous en souffrez. Si vous avez des astuces, je vous en prie, partagez avec la classe.

Ce sujet est très sérieux. Beaucoup de choses viennent avec le fait d’être « une femme ». Et ce n’est pas toujours gai. J’aimerais que les adolescentes de mon chez-moi Togo, puissent être toutes prévenues de l’existence de cette bête, avant de plonger dans le grand bain. Que chaque petite fille qui passe la transition fille-femme, soit informée et prête à y faire face, si d’aventure elle y est confrontée.

J’ai regardé un peu autour de moi, et je me suis rendue compte que beaucoup de jeunes filles ne savent même pas qu’une telle chose existe. Il me semble qu’elles auront d’autant plus de mal à identifier le cas échéant, la source de ce mal être récurrent.

C’est un sujet grave mais très peu évoqué, surtout dans nos sociétés. Et c’est dommage. L’ignorance est en très grande partie à indexer. Mais pas que. Entourer de pudeur une réalité qui a la capacité de rendre socialement inapte une femme plusieurs jours par mois, est ridicule. Je pense que c’est avant tout une question de santé. Alors parlons-en.

Et vous mesdemoiselles, mesdames ? Pouvez-vous me dire à quel(s) symptôme(s) vous faites face d’entre ceux que j’ai listés ? Et si vous êtes confrontées à d’autres que je n’ai pas répertoriés, je suis intéressée. Si vous le voulez bien, partagez avec moi, partagez avec nous toutes.

Messieurs, je ne vous oublie pas. Peut-être avez-vous une compagne, une sœur, ou une amie qui en souffre ? Ou vous ne saviez pas du tout qu’une telle chose existe ? A moins que vous n’en souffriez aussi ? 🙂 Promis, je ne vous jugerai pas. Je suis preneuse quoi que vous ayez à dire. 

Bien à vous.

Votre pas-si-humble-serviteuse 🙂


Le plaisir de marcher

J’adore marcher. Si je remonte d’une dizaine d’années dans le temps, ce devait être ma deuxième activité préférée après la lecture.
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Silhouette femme en train de marcher : Image par OpenClipart-Vectors de Pixabay

C’était un moment propice à la rêverie et à l’introspection, à la découverte et à la création. Je sortais le soir vers 18h et je marchais. Parfois sans itinéraire précis. Souvent sans but. J’aimais énormément emprunter des routes que je ne connaissais pas. M’aventurer dans les coins qui m’étaient inconnus. Je marchais. J’endormais ma soif d’aventures en rêvassant.

Réinventer le monde

Je prenais plaisir à inventer la vie de ceux que je croisais. Je me plaisais à deviner le passé de ce couple dont la femme a la main négligemment posée dans le creux du coude de l’homme. J’aimais me figurer qu’ils sont des amants fougueux et un couple heureux. Ou des personnes qui ont quitté leur lointain pays en proie à la guerre, pour vivre leur rêve d’ailleurs sous le chaud soleil de mon chez-moi. Jusqu’à ce que je surprenne parfois un bout de conversation qui me fasse comprendre que ce sont juste des frères qui profitent d’un moment de complicité. Ma bulle implosais alors dans un léger « pop ». Et je me retrouvais toute penaude.

Automne symbolisant la rêverie : Image par Karolina Sikora de Pixabay

J’adorais essayer de décrypter les liens qui unissent cet homme à son voisin de table. Déduire leur relation de leur langage corporel. Je façonnais le monde à l’envie. Je créais un monde neuf. Un monde vibrant où j’étais seule à décider.

Totalement tournée vers mon moi intérieur

Il y avait aussi les jours où je ne voyais rien ni personne. Je me laissais bercer par le rythme de mes pas, aveugle à tout ce qui m’entourais. Insensible au monde réel. Totalement tournée vers mon moi intérieur. Passant au peigne fin mes envies, mes besoins, mes désirs. Je les sortais les uns après les autres des tiroirs étiquetés dans lesquels je les avais rangés. Je les admirais, je les cajolais, je les astiquais et je les remettais à leur place.

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Solitaire : Image par Free-Photos de Pixabay

Certains jours je les pleurais doucement quand mon esprit surchauffé m’indiquait que mes rêves étaient destinés à n’être que ce qu’ils sont, des rêves. Dans ces moments-là, je n’étais pas aux commandes. Je ne prenais aucune décision consciente. Je ne faisais que marcher, me laissant porter par le rythme hypnotique que mon esprit en mode pilote imprime, et que mes pieds suivent.

J’aimais adapter mes foulées à mon humeur. J’allais vite quand je me sentais attirée comme jamais par cet ailleurs qui semblait indéfiniment inaccessible. Chaque pas m’éloignait de la monotonie de mon quotidien et de la détresse sourde qui glaçait mes os.

Solitude, sourire & plaisir

D’autres fois, quand j’étais tournée vers le réel, j’aimais prendre mon temps. Aller lentement, observer les façades mille fois vues. Me gorger du simple plaisir de voir vivre les autres. J’aimais plus que tout flâner à la nuit tombante. Quand les ténèbres descendent de leur marchepied et commencent à fouler la terre avec légèreté et grâce de leurs pas éthérés.

Je continuais à marcher jusqu’à ce qu’elles aient totalement établies leur domination éphémère sur le monde. J’aimais marcher à la lueur des lampadaires, couvrir de longues distances en rêvassant sous la lueur dorée de ces sentinelles omniprésentes. J’étais souvent seule. Soliloquant et souriant à la pensée que les passants perçoivent le grain de folie qui semble perpétuellement tapi dans mon esprit.

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Marcher à la lueur des lampadaires : Image par kirillslov de Pixabay

Laisser ma main être enserrée

Mais parfois, je prenais plaisir à avoir de la compagnie. A laisser une main forte ou douce enserrer la mienne. A mêler mon rire à un autre. A laisser d’autres mots entrelacer les miens. A laisser d’autres pieds décider de la cadence de mes pas. A laisser un autre souffle apposer une broderie délicate sur le mien quand le vent frais se lève pour chasser la chaleur de la journée.

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Marcher en bonne compagnie : Image par Michael Drummond de Pixabay

Je pense immanquablement à cette compagnie en particulier. On s’évadait souvent dans nos rêveries personnelles alors que nos doigts s’effleuraient sans toujours se trouver. Je revis les splendides moments d’un silence complice et apaisant. Je pétillais des bulles de son rire qui marquait ponctuellement nos pas. Marcher prenait alors une signification plus nuancée. C’était aussi le partage d’une chose qui nous procurait un plaisir intense à tous les deux. Des moments de volupté qui ont laissé leurs empreintes sur le sable du temps.

J’aimais tellement marcher. J’aime toujours autant marcher. Mais un jour, tout ça a volé en éclats tranchants.


Sur le chemin du retour à Kpalimé, il pleut

L’année dernière, au moment où Miss Covid a débarqué chaussée de gros souliers là où les lutins se font évanescence et grâce, je me suis rendue à Kpalimé*. J’ai fait une rencontre fa.bu.leu.se. sur le chemin de retour. J’ai retrouvé l’autre jour dans mes notes le parfum persistant de ce tendre moment partagé.

Sur le chemin de retour de Kpalimé, il pleut. Derrière la vitre, les arbres sont courbés sous la force du vent qui cravache la création entière. La pluie cingle le toit de la voiture de gouttes rageuses et vengeresses. Des gouttes d’eau dégoulinent à n’en plus finir sur le pare-brise. Les essuie-glaces ne savent plus où donner de la tête. Ils ont le vertige à force de tourner follement.

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Il pleut, vu par la vitre d’une voiture : Image par tookapic de Pixabay

Derrière nous, les montagnes se profilent au loin, auréolées de brume et de mystères. De temps en temps, de petits hameaux se dessinent sous la pluie. Le peu de véhicules qui sillonne la route roule avec grande prudence. Ce n’est, certes, pas le moment de jouer les as du volant. La visibilité est nulle au fur et à mesure que les éléments gagnent en confiance. Parmi les plus prudents, certains automobilistes se garent en bordure de route et patientent. Sous la pluie battante, des barrages de police. Pluie ou pas pluie, les gendarmes s’assurent de contrôler les véhicules qui passent. Covid oblige.

Une jeune femme marche aussi tranquillement que si le temps était du plus pure des bleus. Peut-être aime t-elle autant la pluie que moi ! Je l’envie. J’entrouvre la vitre. J’inspire l’air frais avec délectation. Les gouttes de pluie attirées par ma chaleur, me piquent la peau tel un amant qui me rudoie légèrement dans sa précipitation à me combler. J’aime cette sensation. Je sais que rien de mal n’en découlera.

paix_pluie
I find peace in the rain via Giphy
Entracte

Brusquement, il se produit une éclaircie. Je regarde devant moi et je trouve un sol presque sec dans un court rayon. Mais plus loin, je vois le sol en train de succomber à l’assaut de charme de la belle. Derrière moi, la pluie s’en donne à cœur joie. Là où je suis, elle n’est qu’illusion et rêve. J’ai l’impression d’être projetée dans une poche de réalité alternative. Je suis fascinée. Encore quelques mètres, et voilà. Il pleut à nouveau. A nouveau cette pluie ensorcelante.

De plus belle

Les roues de la voiture patinent dans un virage. C’est dangereux, mais exaltant. Les nids de poule de la chaussée qui se dissimulent malicieusement sous le manteau de l’eau de pluie n’arrangent pas les affaires des conducteurs. Mon oncle est concentré sur la route. Sa nuque est légèrement raide. Je perçois sa concentration comme une émotion qui essaie vainement de parasiter ma paix.

L’eau des flaques giclent sous les roues de la voiture. Un automobiliste s’échine à changer son pneu sur le bord de la route. Je compatis de tout cœur. Je compte deux motocyclistes sur des kilomètres. Ils sont futés. Il ne fait pas bon être à moto quand la nature règle ses comptes. La végétation resplendit. Les arbres – essentiellement des palmiers et des tecks – frétillent de joie. Le sol hurle au bonheur. La pluie règne en maître. En maîtresse, plutôt. Vêtue de cuir et maniant sa cravache avec nonchalance, précision et intensité. Elle a mis du temps à venir mais la voilà enfin.

Les cieux s’illuminent de plus belle. Il pleut avec détermination. C’est un fabuleux spectacle. Par la vitre entrouverte, des gouttes d’eau égarées caressent ma peau attirées par la chaleur. Et je me sens bien. Installée bien au chaud, les pieds calés contre le repose-tête devant moi, j’admire la furie de mère nature. Son faste et sa beauté ravageuse et déchirante. J’aime vraiment, – beaucoup, trop, à la folie – la pluie.

Fin de la représentation
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Nature après la pluie – Image par Gundula Vogel de Pixabay

La pluie s’arrête. La bonne odeur du sol gorgé d’eau me parvient par la vitre ouverte. Des arbres ont cédé sous l’assaut du vent et sont tombés sur la chaussée, masses lourdes et dangereuses sous le gris perle délicat des cieux. Les dégager prend un temps fou et une file interminable de véhicules se forme. D’où viennent-ils d’ailleurs, ces véhicules ? Je n’ai pas souvenir de les avoir vu sur les derniers kilomètres. Mais peut-être étais-je trop absorbée par la beauté de la pluie. Ils nous faut prendre notre mal en patience. Je ne suis pas réputée pour ma patience. Tout ceux qui me connaissent un tant soit peu vous le diront. Mais je me sens encline à la tolérance après cet épisode de plaisir brut.

Très cher tous, mon amie de toujours, la pluie !
Ovations. Le rideau tombe.

*Kpalimé : Ville du Togo


Agitation

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Mer agitée représentant ici un esprit ravagé par l’agitation : Image par Dimitris Vetsikas de Pixabay
Les lignes qui suivent essayent de décrire au mieux l’agitation occasionnelle de l’esprit et du cœur humain.

Encore une fois, mon esprit s’est immergé dans l’agitation. Je me sens fébrile, même si je n’ai pas ingurgité une seule goutte de café. Mon cœur a sombré dans l’agitation. Encore.

Je ne tiens pas en place. Et pourtant, la journée en a été une relativement acceptable. Pourquoi me retrouver dans cet état à la fin du jour ?


Est-ce le poids des ténèbres qui m’oppressent ? L’ombre qui pousse sur mon esprit pour s’emparer de ce qui n’est pas sien ? La noirceur qui tel du goudron essaie d’enduire mon être ?

J’ai le sentiment que des abeilles furieuses bourdonnent sous mon crâne. La paix de l’esprit à défaut de celui du cœur me fuit comme une pestiférée. De l’envie d’échanger avec un autre être humain, il ne reste rien. Le sol s’est ouvert sous mes pieds encore une fois.

Quand quelqu’un m’adresse la parole, je ne m’attends qu’à du négatif. Je demande : « Encore un problème ? ». Je suis sèche, tranchante et désagréable avec tout ceux qui osent outrepasser mon air rébarbatif pour m’adresser la parole. Courageux de leur part.

Comment fait mon entourage pour me supporter ? J’ai envie d’arracher ma peau et d’en enfiler une autre. Si seulement !

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Femme en proie à l’agitation qui se cache le visage : par Anemone123 de Pixabay
S’isoler

Je tire une tronche de 10 mètres mais je suis dans l’incapacité totale de dire d’où vient le problème.

Je m’enferme dans mon mutisme mais malheureusement, ça n’aide pas. Au contraire ça ne fait qu’aggraver le problème.

Je sais déjà que la nuit s’annonce compliquée. Je vais certainement passer les heures les plus sombres à espérer que la lumière vienne baigner la terre de son éclat. Et mon esprit avec. Un face à face douloureux et indésiré avec mon cœur agité et mon esprit qui l’est plus encore.


Et le matin venu, si mon esprit empreint d’agitation ne s’est pas calmé, je sais avant même de reprendre pleinement contact avec le monde physique que la journée s’annonce sombre. En tout cas, une de celles où le soleil semble ne pas vouloir assez vite rejoindre sa tanière nocturne.

Je sais que c’est un de ces jours où on veut juste rester couchée les rideaux tirés. Loin de tout, loin du monde, tâchant de garder l’agitation éloignée du cœur. Prétendant y parvenir. Pelotonner dans mon lit prétendant avoir l’esprit vide de toute amertume. Jouer à l’autruche en espérant que ça passe vite.

Mais je ne le puis. Le poids des obligations m’étouffent. J’ai le désir intense de m’en aller vivre en Tasmanie sans regarder derrière moi.

Essayer de faire face

Je m’oblige à adoucir mon visage. Je ne veux pas que ceux qui m’aiment s’inquiètent encore plus pour moi qu’ils ne le font déjà. Alors, j’écoute de la musique en espérant que les belles sonorités apaiseront mon esprit meurtri. En espérant que le petit esprit malin veuille bien coopérer. Je ne demande qu’à respirer, tout simplement.

Tout doucement, les ombres se dissipent. D’abord un petit éclairci, puis un pan plus large se dégage. L’agitation cède le pas. La souffrance reflue. Et finalement, je reprends pieds avec le monde réel.

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Silhouette aérienne de femme libre : Image par Jill Wellington de Pixabay

Je réapprends à respirer. Je reprends possession de mon corps. J’examine mentalement chaque parcelle de mon être pour m’assurer que je suis revenue intact. Je hais ces moments où j’ai la sensation qu’un esprit malicieux s’amuse à tirer le tapis sous mes pieds.


Je regarde autour de moi et je suis reconnaissante que le monde ne se soit pas effiloché durant « mon absence ». La vie suit son cours pendant que secrètement je crains que la prochaine vague ne me détruise.


In memoriam : je te dis non point adieu, mais aurevoir

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Aurevoir mon amie – via Canva
J’ai l’habitude de dire que ce ne sont pas les liens de sang qui font une famille. Pas toujours. Et je sais que c’est la vérité. En tout cas, c’est ma vérité. Certaines personnes font partie de ma famille, avec lesquelles je ne partage pas une seule goutte de ce précieux liquide. Je les aime sans calcul, sans retenue. Et j’aime à croire qu’elles me rendent la pareille.

Tu en faisais partie. En faisais. Le passé. Mon cœur a encore du mal à y croire. Tu as été une tante que je n’attendais pas. Tout à la fois sœur de ma mère, sœur de mon père et ma sœur. M’offrant ton amitié, ton sourire et ta bonne humeur comme autant de gages de ton affection pour moi.

Ces dernières années, je ressentais un vide quand je passais un long moment sans te voir. Parfois, je n’étais pas consciente de ce manque jusqu’à ce que je te vois. Je sentais alors les choses se mettre à leur juste place. Et je réalisais que j’étais en manque sans m’en rendre compte.

Je ne saurais dire quand j’ai commencé à te considérer comme un membre à part entière de ceux que j’appelle les miens. Mais tu étais sans contexte un des miens.

Il est arrivé des moments où nous n’étions pas sur la même longueur d’ondes. Il y a des sujets sur lesquels nous ne nous sommes jamais mises d’accord. J’entends les échos portés par le vent de ma mémoire de certaines de nos conversations… musclées 🙂

Mais au-delà de toutes ces choses, je t’aimais. Et tu m’as rendue ce sentiment sans compter. Ton humour décalé va me manquer. Nos chamailleries et nos plaisanteries vont me manquer. Me manquent déjà.

Ma respiration se coupe à l’idée de ne plus entendre ton gros rire. Le vide que tu laisses est grand. Mais je suis très consciente que c’est notre destin en tant que mortel. Je suis reconnaissante d’avoir brandi le glaive à tes côtés pendant un moment. De toi, je garde des souvenirs précieux. Des souvenirs de qualité. Ils m’écrasent le cœur certes, mais ils me font aussi sourire.

A toi ma sœur et amie qui repose maintenant en paix, aurevoir.

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In memoriam – Image par M. H. de Pixabay


L’ivresse de la vitesse

Aimez-vous la vitesse ? Aimez-vous les motocycles ? Je vous emmène avec moi pour une virée.
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Un chien à moto – via giphy

J’enfourche l’engin. Je retire mes lunettes et j’enfile mon casque. Faire tourner la clé. Moteur On. Je presse le bouton du démarreur. Je sens la machine se réveiller entre mes cuisses. Ses divers composants sortent de leur torpeur. Ils ronronnent d’anticipation.

Mon esprit distille le contentement. Je sens le plaisir s’infiltrer dans mon sang. Je sais que c’est un de ces jours où je vais faire un avec la machine. J’enfile mes gants. Je réajuste la sangle de mon sac à dos.

Passer la première vitesse, faire tourner la poignée de l’accélérateur. La moto se met en mouvement. Des fourmillements parcourent mes doigts. Les battements de mon cœur gagnent en intensité. Je commence à rouler tout doucement. Je savoure les premiers effleurements timides de ma main sur l’accélérateur. J’anticipe le moment où rien d’autre n’aura de l’importance si ce n’est la vitesse. Où je serai ivre de vitesse.

Au bout de quelques kilomètres, je n’arrive plus à brider mon excitation. Le temps d’y aller en douceur est révolu. J’enchaine les changements de vitesse à toute allure. Je me sens bien. Une voiture devant moi lambine. Je la dépasse. Je remarque ses lignes racées. « Fais vrombir le moteur », je m’adresse mentalement à la personne derrière le volant.

Les véhicules sont dispersés sur la voie. Aucune importance. Je slalome entre les motos, les voitures, les poids lourds. Queue de poisson, regard noir des conducteurs. Je m’en contrefiche. Je veux accélérer. La poignée ne tourne plus. Oh. Vitesse maximale, déjà ? Obstacle droit devant. J’attends le dernier moment pour freiner. Jouissive imprudence.

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Moto – via giphy

Le vent fouette mon visage. La visière de mon casque n’est pas rabattue. Un léger sourire ourle mes lèvres. Je ne fais qu’un avec la moto. Mon corps suit ses mouvements dans les virages. Elle répond à chacune de mes sollicitations avec avidité. Je ne sais plus où je finis et où elle commence. Nous formons une seule et même entité. Je ne sais plus qui mène la danse. Je me laisse juste entrainer. Zéro incompréhension. Entente maximale. Synchronisation totale. Mon corps vibre. Vite, plus vite. Je suis ivre. Ivre de vitesse. Je sens la force du vent qui cherche à m’arracher à ma partenaire. Concentration absolue. Tout peut arriver si vite. L’adrénaline coule dans mes veines avec force.

Je veux dépasser ce pick-up. La conductrice accélère. Je ne peux rivaliser avec la puissance de son moteur. Un peu plus loin, je la retrouve coincée dans les bouchons. Je jubile. Joie enfantine. Je me faufile où son pick-up ne peut prétendre passer. Je laisse mes doigts effleurer fugacement sa carrosserie. Je la regarde. Elle me regarde. Je sais que mes yeux scintillent comme des escarboucles. Je pourrais m’envoler d’une seconde à l’autre. Je suis dans mon élément.

Certains jours sur cette même moto, je suis maladroite comme une authentique débutante. Ne sachant où placer mes mains. Je tâtonne, j’hésite, timide et nerveuse. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui je revendique chaque centimètre de ces routes. Courbes. Tournants. Je me sens bien. Ici et maintenant. Je veux ne jamais m’arrêter.

Feux tricolores. J’ai envie de passer outre. Reste de bon sens. Je freine. J’entends : «  Tu ne conduis pas comme une femme ». Sur ma droite. Je tourne la tête. Un homme. Evidemment. Je choisis de le prendre comme un compliment. Ça veut dire quoi d’ailleurs conduire comme une femme ? Conduire comme une timorée ? Conduire en étant cramponnée aux guidons, raide comme une planche ? Rouler à 5 à l’heure ? Être assise au bord du siège, craintif chaton abandonné à lui-même ? Ne pas vouloir faire la course avec l’autre crétin qui veut me jeter sa testostérone au visage ? Alors non. Et tant mieux si ça fait de moi… pas une femme.

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Femme à moto – Image par Atky de Pixabay

Je dépasse un lambinard. Lui qui allait en promenade, se découvre subitement une urgence. Brusque accélération. Typique. Une femme ne peut le dépasser. Il me course. Je ralentis légèrement. Il me dépasse. Triomphante bêtise. Je n’ai rien à prouver. Plus maintenant. Pas à lui.

Agent de la circulation droit devant. Il lève la main pour stopper le flot de véhicules. Je m’arrête à quelques centimètres de lui. Il élève la voix. Je sais qu’il s’adresse à moi. Il pue la désapprobation. Rien à fiche. Je ne l’ai pas percuté, si ? Je le regarde. 2 minutes, puis 3, puis 5. Il donne la priorité à une artère où l’affluence est quasi inexistante. Punit-il tous ceux qui attendent à cause de mon « impertinence » ? Possible. Je ronge mon frein.

 Il nous fait signe de passer. A contrecœur j’ai l’impression. Je démarre sur les chapeaux de roue. Son regard est une cible tracée entre mes omoplates. Vitesse. Je fonce droit dans les bras de la nuit tombante. Je me sens bien. Je suis la reine du monde. Vitesse, plaisir. Osmose.

 J’arrive à destination. Déjà ? Déjà. Les regrets alourdissent le mouvement que fait ma jambe pour enjamber le siège. Je tapote le siège de la moto pour la remercier. Beau travail ma jolie. Retirer les gants. Retirer le casque. Je sais que j’ai l’air du chat qui a avalé la souris juteuse du débarras. La musique s’arrête. La danse est finie. Mon corps s’immobilise. Fin de la virée.

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Une femme debout, appuyée contre un scooter – Image par Brigitte is always pleased to get a coffee de Pixabay


Le destin de l’Homme, la conscience de notre propre mortalité

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Ce que nous sommes – via Canva
Ce texte traite de l’inéluctabilité du destin de l’Homme et de la conscience de notre propre mortalité. Ame sensible et frileuse, abstiens-toi d’aller plus loin dans la lecture de ce texte.  

Une des choses les plus immuables et les plus vraies qui existent en ce bas monde est que nous allons tous mourir. Aussi longtemps que le temps suit son cours, nous n’y couperons pas. J’étais très (trop) jeune quand je me suis rendue compte que cette horreur biscornue qu’est la mort est tranquillement assise dans le salon de ma vie. Elle attend son heure tel un prédateur guettant sa proie. Elle sirote délicatement sa tisane verte en prenant son mal en patience. 

La deuxième chose que j’ai réalisé, c’est que je ne serai plus jamais aussi jeune que je l’étais au moment précis de cette réalisation. Parfois, en me regardant dans le miroir, j’admire l’harmonie de mes traits, la courbe gracieuse de mes lèvres, mon visage dénudé de rides, ma peau ferme et le rendu si harmonieux de mon corps de femme noire (Oups, l’ai-je dit? :)). Et je sais que je ne serai plus jamais aussi jeune qu’en ce moment-là.

Je ne serai plus jamais aussi jeune que quand j’ai commencé à donner vie à ce texte. Avant la fin de la rédaction, que cela me prenne cinq minutes, deux jours ou trois semaines, mes cellules seront plus dégradées que quand j’ai commencé. A chaque seconde qui passe nous sommes diminués. Les effets du temps ne sont peut-être pas visibles à l’œil nu, mais ils n’en sont pas moins réels. Je serai peut-être plus mince qu’aujourd’hui, plus grosse, plus attirante, plus riche, plus pauvre, plus musclée, plus et plus. Mais plus jamais je ne serai aussi jeune. C’est le triste destin de l’Homme. La triste réalité. Je vois des personnes âgées dans les rues, des personnes qui ont du mal à se redresser, qui tiennent debout avec l’aide précieuse de leurs cannes, et je sais que ce destin est le mien. Les rides, la peau relâchée, les cheveux blancs, etc, mon destin. Notre destin.  

Simulation vieillesse d’une jeune femme (moi – même) via FaceApp
Plus que la vieillesse, la mort nous guette à chaque pas.

Par les temps qui courent, bien peu de personnes meurent de leur belle mort. Alors là très peu. Les vieux meurent, mais les jeunes meurent aussi. Les enfants rencontrent la mort. C’est la sombre réalité. L’historien grec Hérodote a dit qu’en temps de paix, les fils ensevelissent leurs pères, mais qu’en temps de guerre, les pères ensevelissent leurs fils. La première fois que j’ai entendu cette citation, elle a capté mon attention avec force. J’y ai pensé des jours durant. Si je considère cette réflexion comme étant vraie, l’humanité a-t-elle jamais connue des temps de paix ?

Voici le rivage que ma réflexion a accostée. Hérodote avait raison. Les innombrables guerres l’ont prouvé tout au long des années. Quand les mitrailleuses crépitent ou que les sabres sont dégainés, les fils sont les premiers à tomber. Maintenant, nous sommes en temps de « paix ». Les armes se sont tus, et les sabres sont sagement rangés dans leurs fourreaux. Et pourtant, des pères ensevelissent leurs fils chaque jour. Des larmes de tristesse dévalent les joues de pères et de mères en détresse. Ai-je dit « temps de paix » ?

Alors, si je dois répondre à ma propre question, je dirais non. Non, nous n’avons jamais connu la paix. Les croix surplombant les tombes de fils tombés trop tôt, prouvent que nous sommes effectivement en guerre. Remarquez bien pour ceux qui croient en l’histoire du jardin d’Eden. Souvenez-vous, Adam a enterré Abel. Et ça remonte sacrément loin ! « Alors, avec qui sommes-nous en guerre ? », me suis-je demandée. Qui combattons-nous ? J’ai retourné cette question dans ma tête et je suis tentée de répondre : notre propre humanité. Notre adversaire, c’est notre condition de mortels.

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Squelette ricanant symbolisant la mort – via Giphy

Le mot « mortels » veut dire ceux qui sont sujets à la mort. Littéralement, ceux qui doivent et vont mourir. C’est un destin qui est gravé dans nos cellules sanguines, dans notre code génétique. Et aussi longtemps que nous serons des mortels, eh bien nous mourrons. C’est inéluctable. Chaque tic-tac marquant les secondes qui s’égrènent, nous conduit là. Ça vous perturbe ? Eh bien trouvez le moyen d’arrêter l’horloge ou vous y passerez. Ne nous faisons pas d’illusions. Ça se saurait si un humain vivait depuis 1954 ans sans être mort, ne croyez-vous pas ? A moins que vous ne croyiez aux histoires des créatures de la nuit. Vous savez l’affaire de Vlad Țepeș et tutti quanti. Les vampires enrobés d’ombre, façonnés dans le même matériau que l’ombre elle-même, drapés d’ombre et cachés dans les ombres.   

Conscience ou pas conscience ?

La plupart du temps, il y a comme un voile qui nous empêche de vivre chaque seconde avec la conscience de notre propre mortalité. Et ça a du bon, à mon humble avis. Si nous sommes conscients à 10 000 % que chaque seconde pourrait être la dernière, je ne pense pas qu’on le supporterait. Vous vous imaginez vivant chaque journée en ayant l’absolue conscience que la suivante pourrait être votre dernière ? Mais ne sachant pas avec certitude si elle l’est. On aurait bien du mal à avancer. De la façon dont je vois les choses, nous ne pourrions rien faire. Nous serons tellement si paralysés par l’écrasant fardeau de notre mort imminente, que nous ne ferons qu’attendre la faucheuse en regardant dans le vide. Personne ne se réjouirait de donner la vie en étant bloqué sur le fait que ce bébé, avant même d’être de ce monde, est condamné. Je ne vous parle même pas des fêtes d’anniversaire qui marque notre déclin. Oui, en étant conscient h 24 de notre condition, nous aurions bien du mal à avancer.  

Mais réaliser ceci et l’intégrer à notre base de données interne est une bonne chose par certains côtés. Ça nous fait, je pense, relativiser pas mal de choses. Ça nous fait donner de la valeur à ce qui en a. Ça nous aide à nous remettre en question fréquemment. Parce que le destin nous fait tous descendre à un seul et même arrêt. Je le sais et vous le savez. Mais parfois, pour ne pas dire souvent, nous vivons comme si nous n’allons jamais rencontrer notre mort. C’est vrai que le fait de le ressasser ne change pas grand-chose à l’affaire. Mais je me dis qu’en être conscient, nous permet de garder une forme de lucidité. 

Beaucoup de personnes n’aiment pas entendre parler de ça. Mais quelle importance ? C’est une vérité qui s’impose à nous, même si nous ne voulons pas la voir. La mort ne s’inquiète pas que vous soyez prêt. Elle s’en brosse le nombril avec le pinceau de l’indifférence. Elle n’en a rien à carrer d’être ignorée. Les riches meurent. Les puissants meurent. Les pauvres meurent. Les rois. Les personnes belles y passent. Les pas-trop-belles aussi. Les femmes avec des formes voluptueuses n’y coupent pas. Idem pour les moins bien pourvues par la nature. Les hommes musclés, les stars qui telles des étoiles illuminent le firmament de leur splendeur. Tous, hommes, femmes y passent. Les battants, les fainéants. Et les courageux et les couards. Les audacieux aussi bien que les pusillanimes. Tout ce que vous voulez, y compris les Blancs, les Noirs, les Jaunes. Et même les Violets, Bleus et autres Safran si vous-y tenez. Les gens gentils autant que les méchants. Les bons citoyens tout autant que les mauvais.

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Représentation de la Mort armée sa faux – Image par OpenClipart-Vectors de Pixabay

Je ne prône pas l’art d’être de mauvais citoyens. Ni d’être méchants. Ni tout ce qui peut vous passer par la tête. Non. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. J’expose juste une vérité. Cruelle certes. Mais qu’y puis-je ? La vie humaine est vouée à la mort. Vous y passerez, et j’y passerai. Sauf, sauf si nous réussissons à trouver le secret de la vie éternelle. Le secret de ne plus être des mortels. Le secret de ne plus vieillir, le secret de ne plus mourir. Pensez-vous que nous y arriverons ? Vous souriez en lisant ces mots ? J’ai envie de dire ceci : on ne sait jamais.

L’illusion de la jeunesse  

L’être humain est très vaniteux. C’est un constat que j’ai fait. Et ceux qui le confessent et ceux qui ne le confessent pas. La beauté, la richesse, la gloire, les honneurs nous attirent comme la flamme, le papillon. En soi ce n’est rien de bien méchant. Mais parfois, ces choses nous égarent. Au fait, en parlant de choses qui nous aveuglent. La jeunesse. Grande, belle, insolente et orgueilleuse Jeunesse. Et pourtant la jeunesse ne dure pas tant que ça.

Un homme très sage de mes amis m’a dit une fois de considérer un jeune homme dans la fleur de l’âge. Le genre beau, fort, grand, solidement bâti, et plein de vigueur. Il a ajouté que si on lui donne quelques couchers de soleil en plus, sa jeunesse s’en ira comme fumée dans le vent (si tu passes par là, sir B !). Juste quelques couchers de soleil. C’est la stricte vérité. La jeunesse s’étiole, se fane, disparaît. Elle est aussi éphémère que les splendides lueurs du crépuscule de la journée d’hier. Vous entendrez : « Quand j’étais jeune ». Le mot clé de la phrase étant le verbe « étais ». Au temps passé. On dira : elle était très belle. Au passé. Il était fort. Au passé. La jeunesse donne une sensation d’invulnérabilité, de toute puissance. Mais ô combien trompeur est ce ressenti ! Ne nous-y méprenons pas. La vie entière se résume à ces 3 verbes : naître, vivre, mourir. Sombre tableau, mais l’un des tableaux les plus authentiques qui ait jamais été peint. 

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Vieille femme – Photo by Medsile via Iwaria

Je n’essaie pas de nous plomber le moral. Je dis juste ceci : vivons bien. Trouvons ce qui en vaut la peine et battons-nous pour l’obtenir. J’ai vu des gens négliger leurs familles, s’esquinter la santé pour avoir un zéro de plus sur leurs comptes en banque. Je les ai entendus dire : « Je me reposerai au cimetière ». Dans ma tête je me disais : « Hein ? ». Vous vous reposerez peut être là-bas, peut-être. Peut-être pas. Mais je ne crois pas que vous aurez l’occasion de serrer votre enfant contre votre cœur là-bas. Je ne sais pas ce que vous en pensez. Dites-moi.  

Parfois nous avons besoin d’une piqûre de rappel. Vous savez, comme quand on est en voiture et qu’on voit un accident terrible. On se remet en question pendant deux jours et après la vie reprend son cours. Tranquille Emile. Ou quand quelqu’un s’en va trop tôt. Trop jeune, si beau, si talentueux. Mais ça ne dure jamais longtemps. Nous nous remettons à vivre nos vies en ayant oublié. Jusqu’à la prochaine fois. Puisse ce texte faire office pour chacun de nous de piqûre de rappel. Oui, nous sommes des mortels.

En tout cas, le jour où quelqu’un s’affranchira de la mort, je crois que ça fera beaucoup de bruit. Le jour où quelqu’un brisera le cycle infernal de notre destin, fera infléchir la barque de notre mortalité… Petite minute de silence pour visualiser ce jour. Eh bien, espérons-le ce jour. Comme j’ai dit, on ne sait jamais. Tout ce que nous pouvons faire en attendant, c’est de vivre le mieux possible. 

A nous, les mortels

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Les étapes de la vie – Image par maz-Alph de Pixabay


2020 s’en est allée

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2020 n’est plus – réalisé via Canva
L’année 2020 s’est achevée cédant sa place à 2021. Prenons un moment pour faire le bilan du règne de la reine déchue, et examinons les espoirs que nous plaçons en la tête nouvellement couronnée.

Au moment où je commence à rédiger ces lignes, 2020 se meurt tout doucement. Elle n’est pas encore complètement partie. Mais déjà, le vent nouveau qui se lève, brouille ses empreintes de pas sur le sable du temps.

Lentement, les secondes deviennent des minutes. Les minutes se rallongent en heures et les journées s’éteignent à contrecœur comme attristées de s’en aller définitivement. L’année qui demeurera à jamais gravée dans l’histoire, s’en va en trainant le pas, alors même qu’elle est arrivée avec de gros sabots, piétinant les récoltes avec une joie mauvaise. Egorgeant les poules, tel le loup aveugle à tout autre chose si ce n’est à sa rage écarlate.

Mais le moment venu de tirer sa révérence, j’ai l’impression que 2020 quémande la miséricorde et la compassion alors qu’elle n’en a eu aucune. Elle sait qu’une fois partie, elle ne reviendra plus jamais. Donc tout en suppliant, elle s’assure de frapper fort même dans ses derniers instants, histoire de rendre son passage éphémère dans l’histoire aussi épique que possible.

An de grâce 2020, la COVID-19 vue par ma fenêtre

Cette année écoulée a repoussé les limites de l’étrange plus loin qu’elles ne l’ont jamais été. Nous devons cet état de choses à la Covid-19. Evidemment, comment parler de 2020 sans faire une dédicace spéciale à la Covid-19 ? Ce fut sournois, inattendu, terrible.

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Covid-19 courant après un homme – Crédit : Sick Corona GIF Par Camdelafu via Giphy

Bien à l’abri dans le cocon de mon Lomé côtier, le coronavirus est apparu dans mon horizon comme une rumeur venue d’Orient. Elle a enflé en ralliant l’Occident puis l’Amérique, et un beau jour j’ai ouvert ma porte et elle était là. Prétendument réservée mais armée de la faux de la mort.

Mon père parle souvent d’un insecte qui se déplaçait à la surface des eaux stagnantes quand il était enfant. Cet insecte semble-t-il bougeait si vite qu’il en devenait flou. Je ne connais pas son nom. Mais la Covid me fait indubitablement penser à lui. Si vive que personne n’a pu ni la voir venir, ni prédire ses mouvements suivants.

La lady encapuchonnée et porteuse de mort a eu deux effets distincts sur nos côtes. D’un côté un vent de panique a soufflé sans discontinuité dans certains cœurs. De l’autre côté, il y avait ceux qui n’en avaient absolument rien à fiche.

Je me souviens des courses effrénées effectuées au petit matin. Je revois la désinvolture de certains qui préconisaient de prendre quelques verres de sodabi* pour prévenir le mal. Il y a ceux qui ont complètement sombré dans la paranoïa. Et entre parenthèses j’estime qu’à ce moment-là, cette paranoïa était légitime et justifiée. Nous faisions face à un mal dont personne ne maitrisait le codage. Il s’agissait d’avancer sur la pointe des pieds.

Je revois les lave-mains pousser comme de la mauvaise herbe. Ma maman était aux anges, elle qui est si maniaque en termes de propreté. Je réentends les spéculations quant à la genèse du corona. Entre nous, jusqu’aujourd’hui je trouve toute cette histoire un tantinet nébuleux. Rien de ce qui se dit n’est véritablement recevable à mes yeux. Bref.

Je revois les horreurs des violences policières qui ont suivi le premier couvre-feu instauré à Lomé. La dame à la faux -la Covid-  a entrainé dans son sillage sauvagerie, barbarie et une bonne dose d’inhumanité. Il est vrai que la Covid-19 a plutôt bien servie les intérêts politiques au Togo. Elle est tombée fort à propos dans le bras de fer qui s’est déroulée tout au long de 2020.

Je réentends le bruit assourdissant des commerces qui se cassent la figure. Je perçois le son grinçant de l’économie qui s’effrondre sur elle-même. Elle qui était déjà bien malmenée, la pauvre.

Je nous revois dépassant nos amis dans les rues sans les reconnaître. 2020 a été l’année qui la première a lancé cette mode. Vous savez les masques et toussa toussa. 2020 a été létale à souhait.

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Jeune homme noir portant un masque – Crédits : Photo by HaryisAf via Iwaria

Oui, c’est une année absolument mémorable que celle qui s’est achevée. Une année qui a fait de nous tous des soldats de l’hiver sur la face de la terre. Il ne nous manque que le panache meurtrier de ce bel homme et la mitrailleuse sanglée à son dos.

Pendant ce temps dans mon chez-moi personnel…

En ce qui me concerne, 2020 a été une année difficile à bien des niveaux. Je me revois assise au chevet de ma sœur clouée au lit avant et après son opération. Je jette un coup d’œil en arrière et je la vois se contorsionnant sous l’intense douleur. Je me vois à son coté la veillant et priant pour qu’elle se rétablisse vite. Une partie de mon esprit était alors tournée vers mon frère ainé que j’ai une fois pareillement veillé mais qui s’en est allé.

Je me souviens de mon autre frère perdant conscience dans la nuit profonde. Je réentends le bruit sourd qu’a fait sa grande masse en heurtant le sol. Je sens mon cœur saigner à nouveau en repensant à cette période. Oui, ce fut incontestablement une année difficile.

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J’ai survécu à 2020 – via Giphy

Ce fut aussi une année pleine de leçons. J’ai été confrontée à des choses que j’aurais préféré ignorer jusqu’à la fin du temps qui m’a été impartie sur terre. J’aurais aimé ne pas savoir certaines choses. Ne pas en entendre d’autres. Je me suis rendue compte que j’ai joué à l’autruche pendant longtemps sur des vérités qui pourtant me crevaient les yeux. Pourquoi les affronter alors que je pouvais juste les balayer sous le tapis ? Tant que je fermais mon esprit à leur réalité, ils ne pouvaient pas m’atteindre. Mécanisme de défense un rien puéril.

Mais 2020 s’est assuré de m’ôter les œillères. D’un coup sec et bien placé, cette année a arraché ma couverture. Elle m’a mise face à tout ce que je savais de manière diffuse sans me l’avouer. J’ai été obligée de faire face. Ce fut pénible, horrible. Ça m’a mise à genoux et presque emportée comme une feuille par grand vent.

Aujourd’hui, je vois bien que je ne suis plus la même personne qui a fermé les portes de décembre 2019 et franchi le seuil de janvier 2020. Je pense que c’est notre cas à tous. Mais je suis contente que le bruit monstrueux qu’a fait 2020 ait noyé le son ténu de mes pétages de plombs personnels (J’adore le rendu de cette phrase. Pas touche !).

2020 n’a certes pas été des plus tendres. Mais je suis reconnaissante d’en sortir grandie et la tête haute. Reconnaissante pour les mille et un moments volés qui maintiennent le navire à flots. Et aussi, quoi qu’ait fait cette année, je suis contente de pouvoir le traduire en mots sur ce blog.

2021, comme tu roules étrangement sur ma langue !

Que nous réserve l’année qui est maintenant installée dans notre intimité ? Nous ne le savons pas plus que nous n’avons su ce que 2020 avait dans sa valise pour nous. Oui, nous avons pris nos vieilles casseroles de 2020 par la main pour les emmener avec nous en 2021. Pas moyen de faire autrement. Et oui ! Dans les faits tout ce qui s’est produit c’est que la nuit est tombée et le soleil s’est levé une fois de plus. Et contrairement à tout ce qui se murmure, la vraie vérité c’est que 2021 a en elle le potentiel de faire bien pire que 2020. Tellement tellement pire ! 2021 s’étend devant nous tel un vaste champ. Nous moissonnerons en abondance où nous pleurerons nos récoltes brûlées.

Alors à défaut de connaître l’avenir avec certitude, nous ne pouvons qu’entretenir la flamme de l’espoir. Nous tâchons malgré la houle de préserver notre capacité à espérer. Nous nous tournons tous vers 2021 telles des fleurs avides de soleil pour éclore, soupirant après son étreinte chaleureuse.

2021
2021 – Image par Gerd Altmann de Pixabay

A titre personnel, je suis toute disposée à voir 2021 comme un champ plein de semences arrivées à maturité. Belles belles semences qui attendent d’être moissonnées. Je peux presque lécher sur mes doigts le gout sucré du nectar des fruits exotiques de cette grande récolte. Je peux humer la senteur capiteuse des fleurs arc-en-ciel. Je peux sentir se lever le vent délicieusement parfumé qui parle de belles choses à venir. Oui, je suis plus que disposée à croire que ce jour nouveau qui se lève verra une moisson abondante. Quoi que nous ait apporté le passé (et je pense que nous sommes tous soulagés de remiser 2020 dans la case « passé »), je me plais à croire que le meilleur est devant nous. The best is surely yet to come y’all.

Alors avez-vous fait un bilan de l’année 2020 ? Positif, négatif ou mitigé ? Et vos espoirs pour 2021, quels sont-ils ? Plein de personnes disent que le fait de nous souhaiter une bonne année ne nous a rien apporté de positif pour 2020. Mais j’aime autant jouer la carte de l’espoir et vous souhaiter une bonne année 2021. Bien de choses à vous.

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Homme mettant 2020 à la poubelle – New Year Reaction GIF by Robert E Blackmon

*Sodabi : Boisson locale togolaise hautement alcoolisée extraite du vin de palme


Les travaux ménagers : l’hydre de Lerne

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Outils pour travaux ménagers – Crédits : par Clker-Free-Vector-Images de Pixabay
Avez-vous remarqué comme les travaux ménagers sont quasi omniprésents dans nos vies quotidiennes ? Et pas d’une façon qui pourrait être qualifiée d’agréable. Ils sont plutôt assimilables à la fameuse hydre qu’Hercule a affrontée.

Petit cours de mythologie pour ceux qui ne sont pas branchés folklore. Parlons mythologie grecque. Hercule/Héraclès était un demi-dieu, fils de Zeus et d’Alcmène. Ayant dans un excès de folie tué sa femme et son fils, il se voit imposé de réaliser douze travaux réputés irréalisables.

Arrêt sur le numéro deux de la liste des douze : l’hydre de Lerne. L’hydre était un monstre possédant plusieurs têtes dont la centrale est immortelle. Pour la tuer, il fallait couper toutes les têtes en une fois ou elles repoussaient plus nombreuses encore. Il a finalement accompli ce travail avec le concours d’Iolaos. L’hydre versus Hercule : Hydre 1 – 1 Hercule.

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Illustration d’une hydre symbolisant ici les travaux ménagers – Crédits : par SilviaP_Design de Pixabay
Les travaux ménagers, monstre à têtes multiples

En mon for intérieur, je suis convaincue que les travaux ménagers sont une espèce de monstre venu d’une autre réalité. Ce monstre, les armes humaines ne peuvent visiblement pas le tuer. Il y a quelques années, j’étais le genre de fille assez barge pour aimer les travaux ménagers. Vous savez, laver, balayer, frotter, récurer… J’avais ce délicieux sentiment de travail fait et bien fait une fois que j’avais fini. Je contemplais mon œuvre avec fierté. Les carreaux étincelants me comblaient d’aise. Un lit bien dressé me ravissait. Les divers objets rangés à leur juste place m’émoustillaient grandement. En général, les travaux ménagers bien exécutés me laissaient pantelante au seuil de la jouissance. J’étais à ce point « dérangée ».

Mais, il se trouve que quelque part en cour de route, j’ai pigé tout le non-sens de la chose. L’hérésie de ma passion pour la bête immonde à têtes multiples, j’ai nommé les travaux ménagers, m’est apparue un beau jour.

Maintenant en passant la serpillière, je ne peux m’empêcher de penser que demain, après demain ou la semaine prochaine il faudra le refaire. Le sol sera sale à nouveau. Surtout avec l’Harmattan* qui pointe le bout de son nez plein de poussière et d’éternuements intempestifs. En passant l’aspirateur, je ne peux pas ne pas penser que les tapis ne resteront pas impeccables très longtemps. En faisant la vaisselle, même son de cloche. Ils repousseront tels de gigantesques champignons vénéneux déterminés à me pourrir la vie. Pareil pour la lessive. Nous lavons nos vêtements pour mieux les salir. Faire le lit ? Il se défait. Ne me dites pas que nous le défaisons nous-mêmes dans les affres de notre non-sommeil. J’ai dit il se défait. Point. Idem pour le balayage, surtout quand on sait à quel point les habitantes de Lomé sont des balayeuses compulsives.

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Femme noire en train d’effectuer un de ces travaux ménagers – Crédits : Photo by Medsile via Iwaria

Les travaux ménagers sont vraiment comme ce monstre à têtes multiples de la mythologie grecque. Coupez-en une et deux autres repoussent aussi sec. Elles n’attendent que ça ces têtes. Que vous ayez la folle idée de les couper pour qu’elles repoussent plus grandes, plus fortes. Plus emmerdantes.

L’hydre intemporelle

Nous avons vraiment affaire à un monstre tenace. Mais contrairement à Hercule, je ne pense pas que nous puissions en venir à bout. Parce que devinez quoi ? La tête immortelle de la masse grouillante est notre propre humanité. Aussi longtemps que nous sommes en vie, il nous faudra tailler le gazon n’est-ce pas ? Laver les assiettes, balayer un endroit ou un autre, faire la lessive, laver la douche et tout ça.

Il serait bien évidemment impensable d’utiliser des sanitaires pendant 20 ans sans un petit coup de brosse. L’ image dégoutante que vous avez à l’esprit s’impose d’elle-même. Nous sommes condamnés à trancher dans ces têtes immondes pour le restant de nos jours. Nul Iolaos ne viendra à notre secours.

Je sais, ça a l’air horrible présenté comme ça. Mais ce n’en est pas moins la vérité. Rien que la stricte vérité exposée crument en pleine lumière. Nos ancêtres étaient soumis à ces lois et nous le sommes tout autant.

Femme passant l’aspirateur – Crédits : par mohamed Hassan de Pixabay
Travaux ménagers, commander autoproclamé

Pensez à n’importe lequel des travaux ménagers que vous effectuez, ceux qui vous obligent à poser le genou à terre. Parce que dans l’histoire les vrais maitres ce n’est pas nous. De vulgaires travaux ménagers brandissent le bâton royal, le sceptre plaqué or du chef de village. Mesdames, messieurs faites une ovation aux travaux ménagers. (Applause. Le rideau tombe)

Si vous pouvez penser à une seule de ces têtes sifflantes, – comprendre travaux ménagers – , une que vous n’ayez dû couper encore et encore, une qui ne repousse pas une fois coupée, je vous prierai de bien vouloir partager avec la classe. Tout ce à quoi je peux penser, je l’ai déjà fait et refait dans ma vie certes courte mais témoin de tant de souffrances. Et je vois devant moi de longs jours où je vais devoir les refaire encore et encore jusqu’à ce que la mort nous sépare. Drôle d’union que la nôtre.

L’hydre versus Moi

En ce qui me concerne, je suis parfois tentée de laisser l’hydre couler ces vieux jours en paix, histoire de ne pas voir pousser d’autres têtes. Les poubelles déborderaient allègrement. Les assiettes s’empileraient jusqu’à ce que j’en sois réduite à me servir des feuilles des arbres. Je me baladerais aussi peu habillée qu’au jour de ma naissance pour ne pas avoir de linge sale. Je prendrais ma douche au grand air et ferais mes besoins en pleine nature. Exit les corvées du genre laver la salle de bain. Je mettrai tous les travaux ménagers à la porte d’une façon ou d’une autre. Ah ! Les douces joies de la rêverie.

Depuis que j’ai découvert la face cachée des travaux ménagers, mon ressenti est très mitigé. D’un coté je les hais d’une haine féroce, farouche, implacable. Je me sens submergée par ce monstre. Surpassée en force, en ruse et en malice sournoise. Je me demande pourquoi les monstres n’ont la décence de crever que dans les légendes. De l’autre coté, j’éprouve encore maintenant une pointe de satisfaction mal placée devant des surfaces que j’ai rendues étincelantes par mon dur labeur. Hydre 100++ 0 Délivrance. Elle est pas belle la vie ?

nettoyage-maison
Nettoyage de la maison – Crédit : par Please Don’t sell My Artwork AS IS de Pixabay

Et vous, de quelle team êtes-vous ? Barge-j’aime-les-têtes-sifflantes ou J’embauche une femme de ménage ?

* Harmattan : Vent chaud et sec qui souffle en Afrique subsaharienne de Décembre à Février – Mars


Comment ça va ?

Ça va bien
Ça va bien – Image par S K de Pixabay
Ça va ? Une question anodine qui revient inlassablement dans les relations humaines. Découvrons dans quelle mesure ces deux mots sont porteurs d’un réel intérêt.

Oui, dès potron-minet jusqu’à l’ombre vespérale et vice versa, cette question revient, répétée à l’infini. Pouvez-vous vous souvenir d’une journée où cette question ne vous a pas été posée à un moment ou à un autre ? Moi pas.

Et souvent la réponse varie plus ou moins du spectre de l’habituel et attendu : « Ça va, merci et toi ? », à celui de : «  Ce n’est pas la grande forme, mais on fait avec ». Grosso modo. Nous mettons tous en œuvre un certain degré d’artifices quand il s’agit de répondre à cette question.

Etant nous-mêmes des humains, je pense que nous sommes assez bien placés pour comprendre que ces réponses cachent parfois, voire souvent, des choses pas très reluisantes. Moi par exemple, je sais que ce n’est pas souvent que je vais bien, alors que ma réponse à cette question est quasi invariable.

Mais la vraie question que nous posons ici, n’est pas de savoir si la personne à qui nous adressons ces mots se porte effectivement bien. Ce serait plutôt de déterminer si nous qui posons la question, voulons vraiment savoir ce qu’il en est. Entendre la vraie réponse.

Question machinale

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais je ne peux m’empêcher de penser que le fameux « Ça va ? », est une question plus machinale qu’autre chose. Je ne pense pas que qui que ce soit veuille réellement savoir que vous n’allez pas bien. Pas dans les détails du moins.

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Comment ça va? – Via Giphy

Pensez-vous que votre collègue au boulot veut absolument savoir que vous avez passé votre nuit à vomir ? Ou que vous vous inquiétez pour l’avenir de vos enfants ? Ou encore que vous avez contractés des dettes pour payer les soins de santé de vos parents, et que vous n’arrivez pas à tenir les échéances ?

Ah, ah, ah. Vous n’y avez peut-être pas pensé. Tout le monde (ou presque) s’en contrefout que vous ayez une peine de cœur ou que vous souffriez d’une dépression.

Nous vivons dans un monde où chacun est occupé à vivre sa petite vie égoïste. Généralement, on vous pose cette question en espérant de manière inconsciente que vous ayez la décence de cacher votre mal-être. On attend de vous d’avoir la sagesse ou la gentillesse de prétendre que vous allez bien même si intérieurement vous suffoquez. De cette façon, l’auteur de la question se paye une bonne conscience.

Je ne dis pas que c’est vérifié dans 100% des cas, mais pas loin. Si, si. Ne vous la jouez pas : «  Je ne fais pas partie du lot. Bien sûr que je demande pour savoir ». Ne vous réfugiez pas derrière votre vertueuse indignation. De toute façon, nous allons vérifier vos dires prompto.

Imaginons

Je vous invite à imaginer un scénario de la vie courante. (Oui, vous n’avez pas besoin de me le faire remarquer. Je sais que j’ai une nette propension à m’imaginer beaucoup de choses, et à une fréquence scandaleusement élevée qui plus est. Bref.)

Donc vous rencontrez un ami. Et voulant engager la conversation vous lancez l’incontournable : « Ça va ? ». Et là, plutôt que de vous donner la réponse conventionnelle à laquelle vous vous attendez certainement, il répond : «  Pas trop la forme ». Là encore, ça va. Vous vous posez toujours comme le big boss de l’empathie. Mais avant que vous ayez le temps d’en placer une, le voilà qui embraie.

Question - réponse
Question et Réponse – Image par Gerd Altmann de Pixabay

« Je ne vais vraiment pas bien. En ce moment je me réveille dans un lit intégralement humide. Mes oreillers sont humides de larmes et pour le reste du lit, je souffre d’incontinence. Les larmes c’est vraiment parce que ma vie est merdique en ce moment. Ma femme m’a quitté. Elle est partie sans un regard en arrière. Direction le lit de ma boss.

Et ça veut dire évidemment que je la croise de temps à autre quand elle vient lui rendre visite au travail. Ça veut aussi dire que je suis un objet de pitié au boulot. Celui que l’on plaint devant le ayimolou* du midi, à qui on fait des sourires dégoulinant d’hypocrisie à 14h, et dont on rit en buvant du tchouk* à 18h.

Je suis réduit à l’état de loque. Et avec ça, je dois m’occuper des enfants. Faire bonne mine. Limiter les dégâts que pourraient occasionner cette situation sur leur devenir.

Chaque matin je me découvre de nouveaux cheveux blancs. Tout ce stress et ce désarroi provoque mon incontinence. Ma vessie se relâche à l’envie et évidemment c’est un cercle vicieux. Plus je suis stressé, moins je me contrôle. Et plus je me réveille baignant dans mon urine, plus mon stress atteint des sommets inégalés. Bref, c’est la merde. »

A chaque fois que votre ami prend une inspiration, vous essayez de réorienter la conversation. Mais il semble qu’il soit très en verve. A fond dans le mode logorrhée.

Il continue s’en donnant à cœur joie. Il se lamente pendant d’interminables minutes pensant visiblement avoir trouvé une oreille compatissante. Ou pas. Vous êtes juste le pauvre imbécile sur lequel est déversé son trop-plein.

Vous vous sentez dépassé. Mais que faire ? Vous avez posé la question. Vous n’allez tout de même pas l’interrompre en lui disant : «  Ecoute vieux, tes déboires ne m’intéressent pas tant que ça finalement. J’ai les miens propres à gérer ». Non, comme un brave petit vous restez là à subir. Vous avez cherché à savoir après tout. Du moins c’est ce que votre question suggérait.

Nous voici donc vous et moi entre quatre yeux. Comment réagiriez-vous ? Dites-moi tout la main sur le cœur. Vous soutenez toujours mordicus que vous voulez vraiment savoir ?

Contente-toi de prétendre

La plupart du temps, nous ne réfléchissons même pas avant de sortir les mots «  ça va ? ». C’est juste une phrase standard dans notre lexique pour engager la conversation.

Mais tout le monde s’en tamponne le coquillard que vous n’alliez pas si bien que ça. Contentez-vous de prétendre et passons à autre chose. Et même si la question est posée avec un réel intérêt, s’étendre en long en large et en travers sur vos états d’âme pourrait être malvenu. Personne ne veut porter votre fardeau en plus du sien. Les apparences dears, tout est dans le paraitre.

Comment je vais

Ça-va
Ça va? – Via Giphy

Là tout de suite c’est assez compliqué à définir. La dérision coule dans mes veines avec délectation en un flot paresseux. Je suis ivre de mots et d’ironie.

A part ça, je me tracasse pour l’avenir de mes enfants, enfants que je n’ai pas, soit dit en passant. Je crains que mes épisodes dépressifs empirent.  Je m’interroge sur l’accueil que vous allez réservez à ces lignes. Je me sens mal pour vous si vous n’aimez pas, parce que quel genre de drôle-de-luron pourrait ne pas aimer ?

Je m’inquiète que la fatigue mentale finisse par avoir raison de moi. En plus, mon cœur et mon esprit sont englués dans une colère noire.

J’ai envie de me plaindre de mon chat qui ne veut pas que je le caresse. Je n’en peux plus de ce Pixie-Bob qui me prend de haut. Pixie-Bob c’est mon chat. Suivez un peu! En même temps, ma journée a été particulièrement fructueuse. Il a plu et vous savez déjà ce que la pluie me murmure au creux de l’oreille.

Mis l’un dans l’autre, je dirais que ça va une seconde et plus trop les minutes d’après. Mais posez-moi la fameuse question je vous en prie.

– Vous : « Ça va Délivrance ? »

– Moi : « Ça va, merci ! »

Le plus beau sourire de mon répertoire qui va avec la réponse est cadeau. Vous voyez ? Je suis une gentille fille qui a bien appris sa leçon. La vraie réponse serait trop intense pour vos oreilles, donc je ne vous fais pas porter mon fardeau.

Alors et vous, ça va ? Dites-moi tout. Ça m’intéresse hautement.

Ça va vraiment ?
Comment vas-tu vraiment ? – via Giphy

* Ayimolou : plat de riz aux haricots

* Tchouk : boisson locale alcoolisée à base de maïs ou de sorgho fermenté. Made in Togo


À la femme noire

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Femme noire souriante – by Famouz via Iwaria
Les lignes qui suivent chantent la beauté de la femme noire

Je vais être en retard. Je consulte frénétiquement ma montre, mais les aiguilles, ces coquines ne ralentissent pas. J’accélère le pas en croisant les doigts pour ne pas accuser un trop grand retard. 

Tout à coup, juste devant moi, un balancement gracieux et fort distrayant captive mon attention. Une femme noire tout aussi pressée que moi. Elle avance vite de cette démarche, qui dit : « J’ai une destination précise. Je ne fais pas que déambuler. »

Courbes affolantes

Mais sa démarche est toute particulière. Ses hanches sont larges et son déhanché est aguicheur. Il est de ceux qui peuvent créer des bouchons monstrueux. Et je n’exagère pas en disant ces mots. La vision qu’elle offre me laisse sans voix.


Du peu que je peux en voir alors qu’elle pivote à moitié pour traverser la rue, je sais qu’elle n’est plus toute jeune. Mais sa posture est impeccable. Je ne peux malheureusement discerner les traits de son visage. Je me fais la réflexion que la femme noire est vraiment un régal pour les yeux. 

Femme - noire - courbes
Femme noire – Crédit Photo : Délivrance Tse


Je regarde alors autour de moi et mon regard croise celui d’une jeune femme. Elle porte sur la tête un présentoir à pains dans lequel sont alignés des sandwichs. Machinalement je la parcours du regard. Ses pieds poussiéreux indiquent qu’elle a parcouru une longue distance avec son fardeau. Son pagne est élimé. Remarquant qu’elle se dirige vers moi je secoue la tête. Je ne veux rien acheter.

Noire comme l’ébène


 Mais elle ne s’arrête qu’à quelques pas de moi. Elle me dit : « Le pain est croustillant. Vous devriez vous laisser tenter. » Mais ses paroles se perdent dans le brouhaha des pensées qui s’entrechoquent violemment sous mon crâne. A présent, je peux discerner ces traits, je suis hébétée. 


Sa peau est noire et possède la pureté et la brillance de l’onyx. L’une des nuances les plus sombres que j’ai vue de ma vie. Son regard est franc. Ses cils sont scandaleusement longs. Ses joues sont pleines et ses pommettes hautes. Sa poitrine est agitée d’un doux mouvement sous son haut à bretelles. Ses lèvres sont ni plus ni moins qu’un appel au péché. Tout de suite et maintenant.


Il se dégage d’elle une impression générale d’assurance. Cette femme est vraiment, vraiment (et encore un vraiment !) très belle. Je lui souris. Elle me regarde avec une pointe de méfiance dans le regard.


 Pendant une seconde je me l’imagine si les dés du sort l’avaient fait naître dans une famille aisée. Vision de fraîcheur. Elle se détourne de moi. C’est aussi bien parce que ce serait impoli de ma part de rester là à la dévisager comme une idiote.


Je poursuis ma route en étant complètement distraite et retournée. Je me prends à regarder autour de moi, examinant discrètement les femmes que je croise. Toutes ces femmes noires. Je me rends compte que Lomé regorge de beautés affolantes.

Grande, mince et gracieuse

Je remarque une femme du genre qu’on appelle communément une grande perche. Pas vraiment le genre pourvue de courbes généreuses. Pas du tout le stéréotype de la femme noire toutes en rondeurs. Elle descend d’un Z* et se met à marcher après avoir réglé sa course.

Sa démarche a la fluidité de la soie. Chacun de ses gestes est empreint de grâce. Son mouvement de tête, sa gestuelle, la façon dont elle bouge ses mains alors qu’elle parle au téléphone. 


J’ai la tête qui tourne. J’ai la sensation que toutes les beautés de la race Noire ont organisé une parade à ma seule intention dans une rue poussiéreuse de Lomé. Je suis éblouie.

De l’or en fusion

Dans ma vision périphérique, un teint très clair accroche mon regard. Je me retourne carrément pour mieux la voir. Elle est terne, banale. Je n’ai pas d’autres mots pour la décrire. Ses lèvres sont banales. Son nez, ses yeux, sa posture.


Je ressens une pointe de déception. Mais alors que je la regarde, elle se met à rire. Et là, j’ai l’impression d’assister à un numéro de prestidigitation.


Tout en elle s’éclaire. Dans mon esprit, le mot « banalité » cède le pas à « ravissement » en un claquement de doigts. Elle est splendide. La chrysalide devient papillon sous mes yeux éblouis. Son sourire est de l’or en fusion. Chacun de ses traits est transformé par l’éclat de ce rire.

Le changement est si saisissant que ça en frise le ridicule. Je suis ébahie. Je la dévisage si fixement qu’elle sent la brûlure de mon regard. Elle regarde dans ma direction et fronce les sourcils. Elle dit quelques mots à son amie qui se retourne et me fusille du regard.


J’observe chaque femme que je croise. Je remarque les cuisses toniques et fuselées. Je me gorge des poitrines de toutes les formes et de toutes les tailles. Je prends le temps d’admirer chaque nuance de peau. Ebène. Noir clair. Noir foncé. 1 000 autres nuances que je ne saurais identifier. 

Femme - noire
Femme noire – par Free-Photos de Pixabay


Elles sont toutes pleines de charme et de… autre chose que je ne saurais décrire. Une pureté, un enchantement. Une sensualité qui leur colle à la peau. Telle une éponge, je me gorge de toute cette beauté.

J’admire la jeune fille aux cheveux coupés courts et à la dentition sans défaut.
 Je suis fascinée par la dame aux cheveux grisonnants qui a une chute de reins à se damner. Je m’imagine sans peine les coeurs brisés qu’elle a dû semer dans son sillage étant plus jeune.


 J’observe la jeune maman dont les frisettes denses auréolent le visage telle une couronne de magnificence. Je me laisse captiver par l’éclat d’un bijou passé dans un nombril percé ou dans un lobe délicatement façonné. Je traque avec avidité les perles qui dépassent parfois des pagnes noués aux reins.

J’admire les tresses savamment exécutées. Je me pâme devant les fossettes. Je tombe amoureuse des dents de bonheur, des nez épatés, des lèvres charnues, des cheveux crépus. Je me consume pour ses formes que certains jugent disgracieux, mais qui à mes yeux sont si attirantes.

Femme - noire - sourire
Femme noire – by barman47 via Iwaria


Perdue dans mon rêve éveillé, je bouscule une femme. Je me retourne pour m’excuser. « Babadé loo* » , lui dis-je. Elle hoche la tête et se détourne.  

Noire et splendide

Machinalement je pose la main sur son coude pour la retenir. Je veux parler mais les mots qui sortent de ma bouche sont à peine audible.


Si la perfection physique existe en ce bas monde, je la regarde certainement dans les yeux. Ces cils ne sont pas particulièrement longs. Mais ils sont denses. Ses lèvres sont pleines, mais la lèvre du haut est légèrement plus charnue que celle du bas. A cet instant précis, elle a un pli légèrement agacé, cette lèvre tentatrice.

Elle est assez petite. En tout cas plus que moi. Son nez légèrement épaté est un chef-d’œuvre d’harmonie. Elle a un teint uniforme, d’un noir lumineux. Son visage est vierge de tout maquillage et pourtant elle est radieuse. Sa peau resplendit. Des fossettes creusent ces joues pleines alors même qu’elle ne sourit pas. Des tresses au fil embellissent sa tête.

Je peux presque sentir la douceur de sa peau sous son vêtement. Je vois ses lèvres bouger et je sais qu’elle me parle mais je n’entends pas un traître mot de ce qu’elle dit. Je suis complètement subjuguée.

J’entraperçois des dents de bonheur. Son regard lumineux et attentif me fait chavirer. Je me sens comme une chaloupe emportée par un courant en furie. Le temps se fige pendant quelques battements de coeur.


J’ai la sensation qu’elle comprend parce qu’elle ne s’énerve pas. Elle me considère avec intérêt, et voyant que je ne dis toujours rien se dégage doucement. Je reprends mes esprits. Je l’interpelle : « Vous êtes belle ». Elle sourit et hoche la tête. Sa voix est légèrement basse quand elle me répond : « Merci ». 


J’ai la sensation d’avoir reçu un coup de marteau en plein front. Je me souviens de ce jour où étant petite je suis tombée alors que je faisais la course avec mon frère. Je suis saisie du même genre de vertige dans sa version agréable. Je vois le même genre d’étoiles colorées.


Je continue mon chemin en ayant complètement oublié mon retard. Je suis extatique. Mes soeurs noires, les femmes noires, elles sont belles. J’ai dit belles? Magnifiques. Splendides.


Je me sens petite devant cette splendeur qu’est la femme noire. Mais je me sens grande d’appartenir à ce peuple. Grande d’être une femme noire.

BEYONCE – Brown Skin Girl ( Cover BRYVN ft AYSAT )


*Z : Taxi-moto au Togo

*Babadé loo : Excusez-moi en dialecte Mina


Souffrance

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Souffrance – via Canva
Ce texte parle de la souffrance qui parfois assaille notre être intérieur. Douleur lancinante qui met en cage un esprit humain. Dans ces moments, garder espoir peut relever de l’ordre de l’impossible.

Je la regarde dans les yeux et mon cœur se brise encore une fois. Ou du moins il lutte pour le faire. Mais depuis le temps, il ne reste plus rien à briser. Ça fait déjà longtemps qu’il est en lambeaux, mon pauvre petit cœur.

Il bat très lentement et chaque battement scande tout doucement : souffrance, souffrance, souffrance. S’il bat si lentement, c’est qu’il ne peut faire mieux. Il est occupé à verser des larmes amères au goût de défaite cuisante.

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Cœur en pleurs – par Mariana Anatoneag de Pixabay

Vivoter au lieu de vivre. Grappiller des miettes, au lieu d’avoir la prétention de posséder. Espérant et attendant la délivrance. La désirant plus que tout. L’appelant de tous ces vœux. 

Je m’ouvre à elle. Je m’ouvre à la souffrance, parce que je la connais intimement. Elle s’engouffre en moi. Je reconnais son côté tranchant et abrasif. Je me réapproprie son goût de clous rouillés et de vieilles choses en décrépitude. 

Elle déverse une louche entière de lave en fusion dans mes entrailles. Cette vieille souffrance vibre en moi, tel un instrument de musique mal accordé. Le crissement strident et discordant déchire mes entrailles, et vrille mes tympans avec une rage sans cesse renouvelée. La douleur est intense. Mon esprit chancelle sous les coups.

Le chagrin enlace mes organes vitaux de son étreinte de glace. Le désespoir me traque comme une bête sournoise tapie dans les herbes hautes. Il s’agrippe à moi telle une sangsue géante et hideuse.

J’ai une sensation d’irréalité. La souffrance fleurit sous mes pieds, pareille à une herbe malodorante.

Elle marche sur moi et piétine mon cœur. Elle n’a aucune pitié.  À chaque fois elle me laisse à vif et vulnérable.

La souffrance comme une vieille amie

Mais, j’accueille cette souffrance telle une vieille amie. A force de vivre et de me réveiller avec elle à mes côtés, elle est presque apaisante. Je la hais, mais je l’aime d’une manière assez tordue.  Elle me fait  me sentir vivante.

Ça fait un moment que je ne ressens ni joie, ni plaisir, ni aucun de ces sentiments positifs qui rythment le parcours terrestre de l’Homme.

Alors la souffrance est le seul indicateur que je suis toujours en vie. Qu’Elle ne m’a pas complétement détruite.  Je n’ai même plus la force de me mettre en colère. Il y a longtemps que je suis vaincue, soumise, défaite. Elle m’a mise à genoux depuis belle lurette. Elle a dompté ma fougue et m’a laissée aussi démunie qu’un nouveau-né.

 Son regard posé sur moi est sans pitié. Je ne sais pas ce qui me pousse à poser cette question ultime : « Pourquoi ? ». Elle me toise et esquisse un sourire. 

 Je sens quelque chose qui se décroche dans ma poitrine. J’entends distinctement le bruit que fait un objet aussi fragile qu’un verre de cristal en se brisant.

C’est à ce moment que je me rends compte que contrairement à ce que je pensais, il reste encore quelque chose à briser en moi. J’ai encore de l’espoir. Il se cache dans les replis les plus obscures de mon cœur, là où aucune lumière ne pénètre jamais.

Je prends conscience du fait que j’avais peur de ressentir cet espoir. Peur de vivre dans cette attente secrète.

J’aurais mieux fait de comprendre et d’accepter le fait que mon lot est la souffrance. C’était écrit avant que je ne vienne.

Et ce bruit insignifiant à l’échelle de l’univers, mais tonitruant à mes oreilles, est le son de ce fragile petit espoir qui s’est fissuré de partout.

La souffrance m’étreint violemment. Mon cœur flanche, et pendant un moment je crains presque que cet organe, ô combien vital !, ne s’arrête de battre.

Je crains tout en espérant. Mais tout au fond de moi, je sais qu’il n’est pas encore temps.

Je redresse les épaules. Je me détourne d’Elle. Et un pas après l’autre, je m’éloigne. J’ai la tête haute et le port d’une reine.

Je suis grande et fière. Je m’éloigne tout en sachant que je ne peux lui échapper. Je sens la brulure de son regard dans mon dos. Je m’imagine qu’en ce moment précis elle dessine une cible entre mes omoplates.

Mais je ne m’arrête pas. Je m’efforce d’avancer quel qu’en soit le prix.

Je m’en vais, emportant avec moi mon amie de toujours, la souffrance. Compagne certes peu recommandable, mais compagne malgré tout.

Espoir en dépit de tout

Entre deux battements de cœur, je repense à ce sourire et j’ai un mouvement de révolte. Je réalise que je ne peux pas abandonner la lutte. Je ne le peux. Il me faut continuer.

Il me faut attirer vers la lumière, ce jardin dissimulé où l’espoir existe toujours. Peut-être est-il à l’état de bourgeon rabougri. Il me faudra alors l’entretenir. Le sortir des ombres et le chérir. Et si jardin il n’y a plus, il me faudra alors le faire pousser de mes mains.

 Il me faut croire que cette souffrance me forge et qu’un jour elle me rendra forte. Plus forte que je n’ai jamais osé espérer l’être.

Il me faut croire qu’il y a une porte de sortie. Je me prends à espérer que si la souffrance a été écrite, cette porte a été aussi dessinée. Je finirai bien par la trouver.

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Portes ouvertes – par mcmurryjulie de Pixabay

Il me faut croire qu’un jour je mettrai à la porte cette vieille amie indésirable qu’est la souffrance.

Tant que mon cœur bat, il y a de l’espoir. Je me répète cette phrase comme un mantra en m’éloignant. Tant que mon cœur bat, il y a de l’espoir.

Elle, c’est la Vie.