Le destin de l’Homme, la conscience de notre propre mortalité

Article : Le destin de l’Homme, la conscience de notre propre mortalité
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16 février 2021

Le destin de l’Homme, la conscience de notre propre mortalité

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Ce que nous sommes – via Canva
Ce texte traite de l’inéluctabilité du destin de l’Homme et de la conscience de notre propre mortalité. Ame sensible et frileuse, abstiens-toi d’aller plus loin dans la lecture de ce texte.  

Une des choses les plus immuables et les plus vraies qui existent en ce bas monde est que nous allons tous mourir. Aussi longtemps que le temps suit son cours, nous n’y couperons pas. J’étais très (trop) jeune quand je me suis rendue compte que cette horreur biscornue qu’est la mort est tranquillement assise dans le salon de ma vie. Elle attend son heure tel un prédateur guettant sa proie. Elle sirote délicatement sa tisane verte en prenant son mal en patience. 

La deuxième chose que j’ai réalisé, c’est que je ne serai plus jamais aussi jeune que je l’étais au moment précis de cette réalisation. Parfois, en me regardant dans le miroir, j’admire l’harmonie de mes traits, la courbe gracieuse de mes lèvres, mon visage dénudé de rides, ma peau ferme et le rendu si harmonieux de mon corps de femme noire (Oups, l’ai-je dit? :)). Et je sais que je ne serai plus jamais aussi jeune qu’en ce moment-là.

Je ne serai plus jamais aussi jeune que quand j’ai commencé à donner vie à ce texte. Avant la fin de la rédaction, que cela me prenne cinq minutes, deux jours ou trois semaines, mes cellules seront plus dégradées que quand j’ai commencé. A chaque seconde qui passe nous sommes diminués. Les effets du temps ne sont peut-être pas visibles à l’œil nu, mais ils n’en sont pas moins réels. Je serai peut-être plus mince qu’aujourd’hui, plus grosse, plus attirante, plus riche, plus pauvre, plus musclée, plus et plus. Mais plus jamais je ne serai aussi jeune. C’est le triste destin de l’Homme. La triste réalité. Je vois des personnes âgées dans les rues, des personnes qui ont du mal à se redresser, qui tiennent debout avec l’aide précieuse de leurs cannes, et je sais que ce destin est le mien. Les rides, la peau relâchée, les cheveux blancs, etc, mon destin. Notre destin.  

Simulation vieillesse d’une jeune femme (moi – même) via FaceApp
Plus que la vieillesse, la mort nous guette à chaque pas.

Par les temps qui courent, bien peu de personnes meurent de leur belle mort. Alors là très peu. Les vieux meurent, mais les jeunes meurent aussi. Les enfants rencontrent la mort. C’est la sombre réalité. L’historien grec Hérodote a dit qu’en temps de paix, les fils ensevelissent leurs pères, mais qu’en temps de guerre, les pères ensevelissent leurs fils. La première fois que j’ai entendu cette citation, elle a capté mon attention avec force. J’y ai pensé des jours durant. Si je considère cette réflexion comme étant vraie, l’humanité a-t-elle jamais connue des temps de paix ?

Voici le rivage que ma réflexion a accostée. Hérodote avait raison. Les innombrables guerres l’ont prouvé tout au long des années. Quand les mitrailleuses crépitent ou que les sabres sont dégainés, les fils sont les premiers à tomber. Maintenant, nous sommes en temps de « paix ». Les armes se sont tus, et les sabres sont sagement rangés dans leurs fourreaux. Et pourtant, des pères ensevelissent leurs fils chaque jour. Des larmes de tristesse dévalent les joues de pères et de mères en détresse. Ai-je dit « temps de paix » ?

Alors, si je dois répondre à ma propre question, je dirais non. Non, nous n’avons jamais connu la paix. Les croix surplombant les tombes de fils tombés trop tôt, prouvent que nous sommes effectivement en guerre. Remarquez bien pour ceux qui croient en l’histoire du jardin d’Eden. Souvenez-vous, Adam a enterré Abel. Et ça remonte sacrément loin ! « Alors, avec qui sommes-nous en guerre ? », me suis-je demandée. Qui combattons-nous ? J’ai retourné cette question dans ma tête et je suis tentée de répondre : notre propre humanité. Notre adversaire, c’est notre condition de mortels.

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Squelette ricanant symbolisant la mort – via Giphy

Le mot « mortels » veut dire ceux qui sont sujets à la mort. Littéralement, ceux qui doivent et vont mourir. C’est un destin qui est gravé dans nos cellules sanguines, dans notre code génétique. Et aussi longtemps que nous serons des mortels, eh bien nous mourrons. C’est inéluctable. Chaque tic-tac marquant les secondes qui s’égrènent, nous conduit là. Ça vous perturbe ? Eh bien trouvez le moyen d’arrêter l’horloge ou vous y passerez. Ne nous faisons pas d’illusions. Ça se saurait si un humain vivait depuis 1954 ans sans être mort, ne croyez-vous pas ? A moins que vous ne croyiez aux histoires des créatures de la nuit. Vous savez l’affaire de Vlad Țepeș et tutti quanti. Les vampires enrobés d’ombre, façonnés dans le même matériau que l’ombre elle-même, drapés d’ombre et cachés dans les ombres.   

Conscience ou pas conscience ?

La plupart du temps, il y a comme un voile qui nous empêche de vivre chaque seconde avec la conscience de notre propre mortalité. Et ça a du bon, à mon humble avis. Si nous sommes conscients à 10 000 % que chaque seconde pourrait être la dernière, je ne pense pas qu’on le supporterait. Vous vous imaginez vivant chaque journée en ayant l’absolue conscience que la suivante pourrait être votre dernière ? Mais ne sachant pas avec certitude si elle l’est. On aurait bien du mal à avancer. De la façon dont je vois les choses, nous ne pourrions rien faire. Nous serons tellement si paralysés par l’écrasant fardeau de notre mort imminente, que nous ne ferons qu’attendre la faucheuse en regardant dans le vide. Personne ne se réjouirait de donner la vie en étant bloqué sur le fait que ce bébé, avant même d’être de ce monde, est condamné. Je ne vous parle même pas des fêtes d’anniversaire qui marque notre déclin. Oui, en étant conscient h 24 de notre condition, nous aurions bien du mal à avancer.  

Mais réaliser ceci et l’intégrer à notre base de données interne est une bonne chose par certains côtés. Ça nous fait, je pense, relativiser pas mal de choses. Ça nous fait donner de la valeur à ce qui en a. Ça nous aide à nous remettre en question fréquemment. Parce que le destin nous fait tous descendre à un seul et même arrêt. Je le sais et vous le savez. Mais parfois, pour ne pas dire souvent, nous vivons comme si nous n’allons jamais rencontrer notre mort. C’est vrai que le fait de le ressasser ne change pas grand-chose à l’affaire. Mais je me dis qu’en être conscient, nous permet de garder une forme de lucidité. 

Beaucoup de personnes n’aiment pas entendre parler de ça. Mais quelle importance ? C’est une vérité qui s’impose à nous, même si nous ne voulons pas la voir. La mort ne s’inquiète pas que vous soyez prêt. Elle s’en brosse le nombril avec le pinceau de l’indifférence. Elle n’en a rien à carrer d’être ignorée. Les riches meurent. Les puissants meurent. Les pauvres meurent. Les rois. Les personnes belles y passent. Les pas-trop-belles aussi. Les femmes avec des formes voluptueuses n’y coupent pas. Idem pour les moins bien pourvues par la nature. Les hommes musclés, les stars qui telles des étoiles illuminent le firmament de leur splendeur. Tous, hommes, femmes y passent. Les battants, les fainéants. Et les courageux et les couards. Les audacieux aussi bien que les pusillanimes. Tout ce que vous voulez, y compris les Blancs, les Noirs, les Jaunes. Et même les Violets, Bleus et autres Safran si vous-y tenez. Les gens gentils autant que les méchants. Les bons citoyens tout autant que les mauvais.

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Représentation de la Mort armée sa faux – Image par OpenClipart-Vectors de Pixabay

Je ne prône pas l’art d’être de mauvais citoyens. Ni d’être méchants. Ni tout ce qui peut vous passer par la tête. Non. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. J’expose juste une vérité. Cruelle certes. Mais qu’y puis-je ? La vie humaine est vouée à la mort. Vous y passerez, et j’y passerai. Sauf, sauf si nous réussissons à trouver le secret de la vie éternelle. Le secret de ne plus être des mortels. Le secret de ne plus vieillir, le secret de ne plus mourir. Pensez-vous que nous y arriverons ? Vous souriez en lisant ces mots ? J’ai envie de dire ceci : on ne sait jamais.

L’illusion de la jeunesse  

L’être humain est très vaniteux. C’est un constat que j’ai fait. Et ceux qui le confessent et ceux qui ne le confessent pas. La beauté, la richesse, la gloire, les honneurs nous attirent comme la flamme, le papillon. En soi ce n’est rien de bien méchant. Mais parfois, ces choses nous égarent. Au fait, en parlant de choses qui nous aveuglent. La jeunesse. Grande, belle, insolente et orgueilleuse Jeunesse. Et pourtant la jeunesse ne dure pas tant que ça.

Un homme très sage de mes amis m’a dit une fois de considérer un jeune homme dans la fleur de l’âge. Le genre beau, fort, grand, solidement bâti, et plein de vigueur. Il a ajouté que si on lui donne quelques couchers de soleil en plus, sa jeunesse s’en ira comme fumée dans le vent (si tu passes par là, sir B !). Juste quelques couchers de soleil. C’est la stricte vérité. La jeunesse s’étiole, se fane, disparaît. Elle est aussi éphémère que les splendides lueurs du crépuscule de la journée d’hier. Vous entendrez : « Quand j’étais jeune ». Le mot clé de la phrase étant le verbe « étais ». Au temps passé. On dira : elle était très belle. Au passé. Il était fort. Au passé. La jeunesse donne une sensation d’invulnérabilité, de toute puissance. Mais ô combien trompeur est ce ressenti ! Ne nous-y méprenons pas. La vie entière se résume à ces 3 verbes : naître, vivre, mourir. Sombre tableau, mais l’un des tableaux les plus authentiques qui ait jamais été peint. 

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Vieille femme – Photo by Medsile via Iwaria

Je n’essaie pas de nous plomber le moral. Je dis juste ceci : vivons bien. Trouvons ce qui en vaut la peine et battons-nous pour l’obtenir. J’ai vu des gens négliger leurs familles, s’esquinter la santé pour avoir un zéro de plus sur leurs comptes en banque. Je les ai entendus dire : « Je me reposerai au cimetière ». Dans ma tête je me disais : « Hein ? ». Vous vous reposerez peut être là-bas, peut-être. Peut-être pas. Mais je ne crois pas que vous aurez l’occasion de serrer votre enfant contre votre cœur là-bas. Je ne sais pas ce que vous en pensez. Dites-moi.  

Parfois nous avons besoin d’une piqûre de rappel. Vous savez, comme quand on est en voiture et qu’on voit un accident terrible. On se remet en question pendant deux jours et après la vie reprend son cours. Tranquille Emile. Ou quand quelqu’un s’en va trop tôt. Trop jeune, si beau, si talentueux. Mais ça ne dure jamais longtemps. Nous nous remettons à vivre nos vies en ayant oublié. Jusqu’à la prochaine fois. Puisse ce texte faire office pour chacun de nous de piqûre de rappel. Oui, nous sommes des mortels.

En tout cas, le jour où quelqu’un s’affranchira de la mort, je crois que ça fera beaucoup de bruit. Le jour où quelqu’un brisera le cycle infernal de notre destin, fera infléchir la barque de notre mortalité… Petite minute de silence pour visualiser ce jour. Eh bien, espérons-le ce jour. Comme j’ai dit, on ne sait jamais. Tout ce que nous pouvons faire en attendant, c’est de vivre le mieux possible. 

A nous, les mortels

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Les étapes de la vie – Image par maz-Alph de Pixabay
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Commentaires

Ecclésiaste Deudjui
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Excellent papier. Chacun d'entre nous devrait être conscient de sa mortalité et profiter des vraies valeurs au maximum. La vie passe tellement vite. Et peut-être qu'elle est justement belle parce qu'elle a une durée limitée.

Délivrance
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Peut-être est-ce effectivement ce qui en fait la beauté. Merci Ecclésiaste Deudjui