L’ivresse de la vitesse

Article : L’ivresse de la vitesse
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28 février 2021

L’ivresse de la vitesse

Aimez-vous la vitesse ? Aimez-vous les motocycles ? Je vous emmène avec moi pour une virée.
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Un chien à moto – via giphy

J’enfourche l’engin. Je retire mes lunettes et j’enfile mon casque. Faire tourner la clé. Moteur On. Je presse le bouton du démarreur. Je sens la machine se réveiller entre mes cuisses. Ses divers composants sortent de leur torpeur. Ils ronronnent d’anticipation.

Mon esprit distille le contentement. Je sens le plaisir s’infiltrer dans mon sang. Je sais que c’est un de ces jours où je vais faire un avec la machine. J’enfile mes gants. Je réajuste la sangle de mon sac à dos.

Passer la première vitesse, faire tourner la poignée de l’accélérateur. La moto se met en mouvement. Des fourmillements parcourent mes doigts. Les battements de mon cœur gagnent en intensité. Je commence à rouler tout doucement. Je savoure les premiers effleurements timides de ma main sur l’accélérateur. J’anticipe le moment où rien d’autre n’aura de l’importance si ce n’est la vitesse. Où je serai ivre de vitesse.

Au bout de quelques kilomètres, je n’arrive plus à brider mon excitation. Le temps d’y aller en douceur est révolu. J’enchaine les changements de vitesse à toute allure. Je me sens bien. Une voiture devant moi lambine. Je la dépasse. Je remarque ses lignes racées. « Fais vrombir le moteur », je m’adresse mentalement à la personne derrière le volant.

Les véhicules sont dispersés sur la voie. Aucune importance. Je slalome entre les motos, les voitures, les poids lourds. Queue de poisson, regard noir des conducteurs. Je m’en contrefiche. Je veux accélérer. La poignée ne tourne plus. Oh. Vitesse maximale, déjà ? Obstacle droit devant. J’attends le dernier moment pour freiner. Jouissive imprudence.

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Moto – via giphy

Le vent fouette mon visage. La visière de mon casque n’est pas rabattue. Un léger sourire ourle mes lèvres. Je ne fais qu’un avec la moto. Mon corps suit ses mouvements dans les virages. Elle répond à chacune de mes sollicitations avec avidité. Je ne sais plus où je finis et où elle commence. Nous formons une seule et même entité. Je ne sais plus qui mène la danse. Je me laisse juste entrainer. Zéro incompréhension. Entente maximale. Synchronisation totale. Mon corps vibre. Vite, plus vite. Je suis ivre. Ivre de vitesse. Je sens la force du vent qui cherche à m’arracher à ma partenaire. Concentration absolue. Tout peut arriver si vite. L’adrénaline coule dans mes veines avec force.

Je veux dépasser ce pick-up. La conductrice accélère. Je ne peux rivaliser avec la puissance de son moteur. Un peu plus loin, je la retrouve coincée dans les bouchons. Je jubile. Joie enfantine. Je me faufile où son pick-up ne peut prétendre passer. Je laisse mes doigts effleurer fugacement sa carrosserie. Je la regarde. Elle me regarde. Je sais que mes yeux scintillent comme des escarboucles. Je pourrais m’envoler d’une seconde à l’autre. Je suis dans mon élément.

Certains jours sur cette même moto, je suis maladroite comme une authentique débutante. Ne sachant où placer mes mains. Je tâtonne, j’hésite, timide et nerveuse. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui je revendique chaque centimètre de ces routes. Courbes. Tournants. Je me sens bien. Ici et maintenant. Je veux ne jamais m’arrêter.

Feux tricolores. J’ai envie de passer outre. Reste de bon sens. Je freine. J’entends : «  Tu ne conduis pas comme une femme ». Sur ma droite. Je tourne la tête. Un homme. Evidemment. Je choisis de le prendre comme un compliment. Ça veut dire quoi d’ailleurs conduire comme une femme ? Conduire comme une timorée ? Conduire en étant cramponnée aux guidons, raide comme une planche ? Rouler à 5 à l’heure ? Être assise au bord du siège, craintif chaton abandonné à lui-même ? Ne pas vouloir faire la course avec l’autre crétin qui veut me jeter sa testostérone au visage ? Alors non. Et tant mieux si ça fait de moi… pas une femme.

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Femme à moto – Image par Atky de Pixabay

Je dépasse un lambinard. Lui qui allait en promenade, se découvre subitement une urgence. Brusque accélération. Typique. Une femme ne peut le dépasser. Il me course. Je ralentis légèrement. Il me dépasse. Triomphante bêtise. Je n’ai rien à prouver. Plus maintenant. Pas à lui.

Agent de la circulation droit devant. Il lève la main pour stopper le flot de véhicules. Je m’arrête à quelques centimètres de lui. Il élève la voix. Je sais qu’il s’adresse à moi. Il pue la désapprobation. Rien à fiche. Je ne l’ai pas percuté, si ? Je le regarde. 2 minutes, puis 3, puis 5. Il donne la priorité à une artère où l’affluence est quasi inexistante. Punit-il tous ceux qui attendent à cause de mon « impertinence » ? Possible. Je ronge mon frein.

 Il nous fait signe de passer. A contrecœur j’ai l’impression. Je démarre sur les chapeaux de roue. Son regard est une cible tracée entre mes omoplates. Vitesse. Je fonce droit dans les bras de la nuit tombante. Je me sens bien. Je suis la reine du monde. Vitesse, plaisir. Osmose.

 J’arrive à destination. Déjà ? Déjà. Les regrets alourdissent le mouvement que fait ma jambe pour enjamber le siège. Je tapote le siège de la moto pour la remercier. Beau travail ma jolie. Retirer les gants. Retirer le casque. Je sais que j’ai l’air du chat qui a avalé la souris juteuse du débarras. La musique s’arrête. La danse est finie. Mon corps s’immobilise. Fin de la virée.

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Une femme debout, appuyée contre un scooter – Image par Brigitte is always pleased to get a coffee de Pixabay
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